Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
http://yagg.com/2010/09/07/paroles-…

Publié par Audrey Banegas
Ah, ça y est, ces chères petites têtes blondes, adorables et innocentes, ont retrouvé le chemin de l’école… L’occasion pour Yagg de faire le point sur les questions liées à l’homophobie et à la visibilité à l’école, à travers une série d’articles.
Nous avons interrogé six enseignants et un surveillant, tous homos.
Qu’est-ce que l’homophobie ordinaire dans les cours de récré ?
Qu’est-ce que c’est qu’être un-e prof gay/lesbienne ?
Quelle visibilité s’accorder ?
Quelles difficultés particulières rencontre-t-on alors ?
Comment parle-t-on d’homophobie et plus largement de discrimination aux élèves ? Quel est le rôle de l’Éducation nationale sur ces questions de société ?
Découvrez notre tour d’horizon à travers les histoires personnelles, les anecdotes plus ou moins surprenantes ou inquiétantes de nos interviewés, qui enseignent dans des types d’établissements différents, pro ou généraux, sensibles ou favorisés, en province ou en banlieue parisienne, auprès de jeunes de tranches d’âge variable, de la maternelle au BTS…
Intéressons-nous aujourd’hui aux élèves et à l’homophobie latente et « ordinaire » des cours de récré ou dans les salles de classe, rapportée par l’ensemble des interviewés.
PAROLES DE PROFS HOMOS (1) : HISTOIRES D’HOMOPHOBIE ORDINAIRE
« Pédé ! ». Spontanément et unanimement, l’ensemble de nos interviewés en convient à la simple évocation du thème de l’homophobie à l’école, « pédé » reste l’insulte favorite des plus jeunes, et ce dès l’école primaire.
Emmanuel est enseignant et directeur d’une école maternelle à Grenoble.
Instituteur depuis 10 ans, il a également enseigné en primaire et admet ce constat : « En élémentaire, « sale pédé » c’est l’insulte la plus courante dans les cours d’école. Quand j’y travaillais, j’intervenais évidemment de façon virulente, à chaque fois.
En maternelle, heureusement, c’est beaucoup moins le cas, du moins pas dans le quartier dans lequel se trouve mon école actuelle ».
Une expérience partagée par Mathieu, enseignant en primaire à Paris : « Il y a déjà eu quelques problèmes d’insultes, les enfants surenchérissaient et dans cette montée d’insultes, « pédé » est sorti, mais pour eux, même « SDF » et « alcoolique » étaient des insultes.
On a eu des conversations, des explications sur ce qu’est une insulte et le mal que cela peut faire. Les plus grands lancent des « pédés » peut-être plus facilement mais ce n’est pas non plus si courant que ça dans une école du IVe arrondissement », admet-il.
L’homophobie quotidienne, Mathieu dit ne pas vraiment y avoir été confronté jusque-là.
Au collège et au lycée, au « pédé » vient s’ajouter l’ »enculé » parmi les insultes les plus fréquentes. « Dans les cours de récré, on entend des « pédés » qui fusent, ça fait partie de leurs insultes favorites », raconte à son tour François, prof de math dans la région toulousaine, « en revanche, il n’y a jamais eu d’insultes homophobes pendant mes classes.
Si ça devait arriver, j’interviendrais et j’essaierais de garder mon calme.
De la même façon que pour un comportement raciste ».
Un constat que ne peuvent pas faire Cat et Septembre, qui enseignent respectivement dans un lycée professionnel du Val d’Oise et dans un lycée général et professionnel à Compiègne, pour qui ces insultes s’invitent régulièrement en classe.
Pour Septembre, ces insultes ne sont, la plupart du temps, pas directement destinées à un élève en particulier : « ils vont dire par exemple qu’Oscar Wilde est un « gros pédé »".
« C’EST QUOTIDIEN ET C’EST TRISTE »
« Dans un lycée, tu entends des propos homophobes, mais aussi racistes, toutes les heures », ajoute Cat. « C’est quotidien et c’est triste.
En revanche, ce sont des propos qui ne sont pas forcement destinés à être homophobes et racistes.
C’est juste malheureusement entré dans le langage courant.
Et puis il y a parfois aussi des railleries, des insultes, plus directement dirigées à l’attention d’un élève. Tous les ans, il y a des gamins en souffrance parce qu’ils se font emmerder par d’autres gamins sur leur sexualité.
Ce que je trouve inquiétant, c’est que c’est quelque chose qui s’est assez banalisé et l’adulte, le responsable d’éducation, ne réagit souvent pas aux propos homophobes de la même manière que si le gamin avait dit « sale arabe ».
En revanche, à chaque fois que l’institution a eu connaissance de ces railleries particulières, elles ont toujours été prises en compte et il y a toujours eu des sanctions.
Récemment, par exemple, des gamins ont pris deux ou trois jours d’exclusion pour avoir poussé un gamin homo à bout.
Il y a eu quelques cas de persécutions morales comme celle-là.
Je n’ai en revanche jamais entendu de propos lesbophobes.
J’ai eu un couple de filles dans ma classe qui étaient totalement out, elles ont toujours été laissées tranquille.
Je crois que c’est plus facile pour les filles dans mon lycée ».
Simon, surveillant dans un collège dans l’Oise, en zone rurale, se souvient lui aussi de railleries plus particulièrement dirigées et plus insistantes que de simples insultes lancées en l’air : « un élève était systématiquement attaqué verbalement par d’autres jeunes, il ne pouvait pas parler sans qu’on lui dise « ta gueule pédé », parce que c’est ce qui était supposé, en fait l’élève n’était même pas homo ».
« Je sais qu’il y a eu aussi un gros souci du côté du lycée professionnel, où les choses sont un peu plus difficiles », ajoute Septembre, « un élève a été pris à parti par d’autres, il a d’abord été piégé, un de ses camarades lui a fait croire qu’il était attiré par lui, et ça s’est mal passé…
Mais tout cela reste quand même extrêmement rare dans mon lycée. C’était vraiment un cas isolé ».
Les enseignants interrogés n’ont cependant pas tous partagé ce genre d’expériences désagréables. François, le prof de math en région toulousaine, explique lui qu’il n’a jamais entendu parler de problème de cet ordre dans son établissement.
Pour Ivan, prof d’anglais, qui a enseigné ces cinq dernières années dans divers lycées pro et généraux – sensibles et favorisés – des Hauts-de-Seine, l’expérience de l’homophobie quotidienne s’est un jour retrouvée exacerbée à travers des copies d’élèves : « Je faisais travailler mes élèves sur le conditionnel d’intention « would+verbe » à travers cette question « what would you do to make the world a better place to live in ? ».
Je leur ai ainsi demandé de me donner dix idées pour améliorer le monde, en utilisant la formule « I would do this, I would do that, etc ».
Dans une même classe, trois élèves n’ont pas hésité à me répondre des propos violents et homophobes. Le premier a écrit : « je ferais brûler tous les pédés et les lesbiennes », le deuxième : « je tuerais tous les pédés et les lesbiennes » et le troisième disait : « j’aiderais les pédés et les lesbiennes à redevenir normaux ». J’ai dû faire face à un gros cas de conscience, comment gérer ça ?
Tu sais qu’il y a certainement un problème lourd d’éducation derrière, et c’est là justement que le rôle de l’école devrait être de considérer la lutte contre l’homophobie comme une priorité.
Je suis allé voir la CPE [conseillère principale d’éducation], je suis allé voir ma hiérarchie, et on est tombés d’accord sur le fait que l’homophobie est un délit et qu’il fallait donc intervenir, convoquer l’élève, lui faire faire une recherche sur ce qu’est l’homophobie, quelles sont les peines encourues, expliquer que dire « sale pédé » c’est comme dire « sale arabe », que d’écrire ça c’est comme écrire « je veux brûler tous les gens qui ont des lunettes ou tous les gens qui sont protestants » et lui indiquer qu’aucune discrimination n’avait sa place dans l’école ».
Le constat sur l’homophobie à l’école n’est pas rassurant.
Mais cette homophobie a-t-elle évolué, s’est-elle dégradée ? C’est la question que nous avons posée à ces enseignants et tous ne partagent pas la même perception des choses. Des sentiments différents dus principalement aux types d’établissements dans lesquels ils exercent leur métier.
Pour Cat, qui enseigne depuis 10 ans, la situation de l’homophobie quotidienne à l’école s’est clairement dégradée et « les insultes homophobes font de plus en plus partie du langage courant des gamins », explique-t-elle. « C’est triste mais c’est pire qu’il y a 10 ans. Les élèves de mon lycée ont peut-être également changé, ce n’est plus tout à fait la même population, ils sont plus jeunes… Mais à mon avis, ça s’est dégradé. C’est difficile à expliquer mais c’est le ressenti que j’ai ».
Ce n’est cependant pas celui de François ni de Septembre. « En 10 ans, j’ai personnellement l’impression que ça n’a pas vraiment changé », confie Septembre. « Les insultes homophobes ont toujours pignon sur rue. L’ »enculé » est indémodable.
En revanche, sur la question de la visibilité, je trouve que ça a pas mal évolué, positivement. Les filles se montrent beaucoup, de plus en plus, et puis on voit arriver quelques couples de garçons.
Mais j’ai quand même l’impression que c’est assez particulier dans mon lycée. Dans les autres établissement de la ville, je ne suis pas sûre que ce soit le cas.
Je ne sais pas trop à quoi cela tient. Mon établissement est en quelque sorte un mini havre de paix. Il y a peut-être un effet d’entraînement quand un élève devient plus visible, les autres suivent ».
Même si dans la plupart des témoignages recueillis, les enseignants saluent l’ouverture d’esprit de leurs collègues et de leur direction, et se réjouissent de la bonne entente qui règne entre eux et de la facilité à être out avec eux, quelques-uns rapportent des histoires surprenantes sur le comportement de certains responsables d’éducation. En effet, il arrive parfois à l’homophobie « ordinaire » de se retrouver en salle des profs. Cat et Ivan racontent qu’il arrive qu’entre eux, les enseignants se lancent des remarques du genre « ça c’est pas un truc de pédés ! ». « Ça arrive, même chez l’adulte instruit », commente Cat. « Mais je n’ai jamais entendu plus que cela », ajoute Ivan, « en même temps, j’imagine qu’à partir du moment où je rentre dans la salle des profs, c’est évidemment quelque chose qu’ils ne font pas ».
Simon confirme que cette homophobie n’échappe pas non plus à la salle des surveillants et à la direction de son collège, situé en zone rurale : « Je me rappelle d’une discussion en permanence avec des élèves qui parlaient d’homosexualité. Ça n’a pas été facile de donner mon point de vue, parce que mon collègue pion a tout de suite donné le sien qui était carrément homophobe. Il disait, devant les élèves : « un homme homo c’est pas possible, il dégage, mais une femme lesbienne, c’est pas pareil ».
C’était pour moi délicat d’intervenir.
Aussi, il y a un ou deux ans, pendant une conversation entre pions, ils en sont arrivés à parler d’homosexualité et à tenir des discours du genre « un homme c’est fait pour aller avec une femme ».
« Cette question est très taboue dans mon collège », continue-t-il. « À une époque, un couple de jeunes filles se tenaient par la main, dans le collège.
J’ai eu l’impression que c’était plutôt accepté. Pourtant, suite à cela, le proviseur a interdit à tous les jeunes, hétéros compris, de se tenir la main dans le collège. À partir de ce jour-là, je me suis dit : « tais-toi »… ».
Après Histoires d’homophobie « ordinaire » à l’école, le premier épisode de cette série publié hier, intéressons-nous aujourd’hui aux enseignant-e-s homos à proprement parler, et à leur visibilité ou au manque de visibilité, aux réactions des élèves, de leurs collègues, de leur direction face à leur sexualité, aux conséquences et aux difficultés bien particulières qu’ils ont à affronter.
Comment ces enseignant-e-s vivent-elles/ils le fait d’être tout simplement elles/eux-mêmes, c’est-à-dire des enseignant-e-s homos ?
À la question qui semble un peu bête : « c’est quoi, être un-e prof homo ? », la grande majorité de notre panel d’interviewé-e-s s’exclame « bah c’est juste être un prof tout court, c’est pareil ! ».
Pourtant quelques questions plus tard, sur la visibilité, les difficultés, ou parfois les bonnes surprises qu’ils et elles rencontrent au quotidien à être simplement eux-mêmes sur leur lieu de travail, les choses semblent plus complexes…
La grande majorité des profs interviewé-e-s apprécie les rapports qu’ils et elles ont avec leurs collègues, auprès de qui ils et elles sont « totalement out ».
« Avec ma hiérarchie et mes collègues, je suis complètement out », explique Septembre, prof de français depuis 10 ans dans un lycée à Compiègne.
« J’ai hésité au début, et puis finalement j’ai fait ce choix et je ne rencontre pas vraiment de difficultés. Avec les collègues, quand je parle de mes vacances, par exemple, je parle de ma compagne, sans problème. »
« Auprès de l’administration, ça s’est fait très naturellement », ajoute François, qui enseigne les maths dans la région toulousaine. « Quand je suis arrivé dans l’établissement, j’ai rempli une fiche de renseignements personnels dans laquelle j’ai tout de suite indiqué clairement que j’étais pacsé, j’ai d’ailleurs indiqué le nom et les coordonnées de mon partenaire.
J’ai su, quelque temps plus tard, que le proviseur en avait rigolé, mais rien de plus. Je crois que c’est plus facile aussi à vivre quand on est en couple.
Quand je parle de ma vie, je ne parle pas directement de mon homosexualité, mais de mon compagnon, et je crois que ça rend les choses plus simples, que ça « normalise », si je peux m’exprimer ainsi, ça rentre dans le cadre du quotidien de chacun : « ce week-end on a fait ça, on est parti là… ».
Au début, c’était évidement un petit peu plus difficile pour moi, mais aujourd’hui ça se passe très bien. Je n’ai que des réactions positives. C’est agréable. Mais bon, je sais aussi que rien n’est acquis, j’ai aussi des collègues dans d’autres établissements pour qui les choses ne sont pas si simples, il suffit parfois d’un idiot. »
Pour Ivan, prof d’anglais, les choses se sont faites également assez simplement auprès de ses collègues de travail et de sa direction : « Je n’ai jamais rencontré de problème, j’ai été suffisamment clair dès le départ, je ne veux pas laisser s’installer de doute. Et puis, ça permet aussi de voir quelle est l’ambiance, quelles sont les réactions parmi les membres de l’Éducation nationale. Réactions qui sont pour l’immense majorité des cas des réactions positives. »
Simon, surveillant dans un collège dans l’Oise en zone rurale, échappe malheureusement à cette chance d’être lui-même sur son lieu de travail : « Je ne suis out avec personne », admet-il, « tant que je n’en parle pas, je n’ai pas de problème ».
Pour Cat, prof de vente dans un lycée professionnel dans le Val d’Oise, les choses sont plus mitigées : « Il n’y a rien de secret, mais il y a des personnes avec qui je n’en discute jamais et d’autres avec lesquels je peux plus facilement en parler si le sujet vient.
Au niveau de l’administration, ma proviseure le sait, parce que l’on fait du sport ensemble, mais pour le reste je ne vois pas vraiment l’intérêt d’en parler ».
Cat a également eu à traverser un petit épisode un peu difficile avec ses collègues de travail au mois de juin dernier, alors qu’elle venait de se couper les cheveux un peu plus courts que d’habitude : « J’ai eu droit à plusieurs remarques homophobes sur ma coupe de cheveux de la part de mes collègues de travail.
On m’a dit que c’était « de l’automutilation », ou encore « une volonté de s’afficher »… Mais en 10 ans dans l’établissement, c’était la première fois que l’on me faisait des remarques sur ma coupe. Heureusement, lorsque ces remarques sont arrivées aux oreilles de ma proviseure, elle a poussé une gueulante ».
Tout-e-s les profs interviewé-e-s ont, en tout cas, préféré répondre anonymement. « Je ne suis pas prête à ce que l’on tape mon nom dans Google et que l’on tombe sur cette interview. Je ne suis pas prête à être totalement out.
Pour moi c’est encore un problème », explique Septembre. Un avis que partagent Emmanuel ou encore Mathieu, qui enseignent respectivement en maternelle et en primaire, et qui s’inquiètent d’éventuelles réactions de parents d’élèves. François dit, lui aussi, « préférer ne pas mélanger vie privée et vie professionnelle » et Simon sent que cela pourrait clairement lui poser des problèmes : « parce que je suis en contrat précaire, renouvelable, qui arrivera à terme au mois d’octobre… ».
Dans le rapport aux élèves, les choses sont un peu différentes. Tou-te-s expliquent qu’il est hors de question d’être out avec ses élèves.
« Ils n’ont pas à connaître la vie privée de leurs enseignants, qu’ils soient hétéros ou homos », déclarent-ils à l’unisson.
« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens », ajoute Ivan.
Lui qui a enseigné ces cinq dernières années dans divers lycées pro et généraux – sensibles et favorisés – des Hauts-de-Seine et qui enseigne désormais dans un lycée polyvalent des Pyrénées Orientales, ajoute qu’avec les élèves « il vaut mieux maintenir une ambiguïté, en filigrane, de manière à pouvoir se concentrer sur le travail qu’il y a abattre.
Si tu sors de cette ambiguïté, tu ramasses, forcément.
C’est courageux mais un peu suicidaire, les élèves auront le sentiment d’avoir un levier pour faire pression sur toi, et tu vas finalement passer plus de temps à devoir justifier ton homosexualité qu’autre chose, alors que tant que ce n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres, tu es à peu près tranquille.
Je n’ai rien à cacher, mais je ne vais pas non plus leur livrer en pâture des arguments qui vont m’empêcher de faire mon boulot correctement ».
Et Ivan sait de quoi il parle. Bien qu’il ait toujours fait ce choix de maintenir cette distance avec ses élèves, cela n’a pas toujours suffi.
Il a eu, à plusieurs reprises, à faire face à des confrontations particulièrement violentes avec ses élèves, lorsqu’il enseignait dans des établissements dit « sensibles ».
« J’ai eu droit à trois types d’attitudes, en fait.
La première, c’est le sarcasme : ce jour-là, parce que tu portes des vêtements un peu trop « tendance » à leur goût ou un peu moulants, ou que dans l’enthousiasme tes bras ont tendance à s’agiter un peu plus rapidement que d’habitude, un élève lance à son pote à voix haute un message clairement dirigé vers toi du genre : « C’est quand la gay pride déjà ? ».
Quand tu te prends ça en début d’année, pour ton deuxième cours avec cette classe, c’est dur et il faut réussir à réagir. Il suffit parfois de se retourner et de répondre « ben le dernier samedi du mois de juin, tu le sais très bien Kevin ! », ou de détourner l’attention, ou de l’ignorer, ou de lui rentrer dedans, mais après c’est vraiment à l’appréciation de l’enseignant. Ça peut aussi passer par de petites allusions, un élève qui va trouver tous les prétexte pour utiliser le mot « tapette », ou encore dire « c’est pas un stylo de pédé », sans oublier de te jeter un regard à ce moment-là pour voir ta réaction. »
« Ensuite, il y a le comportement que je qualifierai de mi-complice mi-pernicieux, qui consiste à lancer volontairement des pistes de débats qui vont glisser. Et même si le débat du jour c’est « les armes à l’école » ou « la famille », irrémédiablement ils te feront glisser ça vers les homos, vers l’adoption pour les homos, vers « pédé = pédophile »… parce qu’ils veulent te rentrer dedans, te faire réagir… Non pas pour satisfaire leur curiosité mais parce qu’ils ont la conviction intime qu’ils doivent diffuser ce message. »
« Pour finir, la troisième attitude, c’est la confrontation directe. Le moment où certains élèves te montrent très clairement qu’ils refusent totalement ton autorité. Cet élève ne veut pas de toi et à chaque fois qu’il le pourra, il te retournera la classe. Le jour où tu décides de réagir fermement et que tu lui dis « À partir de maintenant je ne veux plus te voir dans ma classe, tu me présentes des excuses devant toute la classe et tu sors », l’élève s’en va en tapant dans les murs et les portes et en hurlant dans les couloirs : « c’est quoi ce prof, en plus c’est un gros pédé ! », « est-ce qu’on a le droit d’être prof et pédé ! », ou encore « moi je vais me renseigner, je vais porter plainte ! ».
Des phrases toutes faites, du pathos… Ils veulent faire réagir l’autre.
C’est probablement une manifestation de leur propre malaise, mais bon tu ne peux pas perdre 29 élèves pour en garder un à tout prix, parfois il faut couper dans le vif. »
Être prof et homo peut aussi réserver d’autres surprises. Cat et Septembre, toutes les deux enseignantes en lycée, sont ainsi devenues des interlocutrices de choix pour quelques étudiants mal dans leur peau ou ayant besoin de repères.
« Il y a quelques élèves qui viennent me voir justement parce qu’ils sentent que je suis homo – ils ont déjà leur gaydar bien affuté – et parce qu’ils se sentent ainsi plus à l’aise pour me parler, » explique Septembre.
« Ça arrive régulièrement, c’est assez marrant. Ils ne me parlent pas forcément d’ailleurs de leur homosexualité de façon directe.
Ils vont parfois prendre l’occasion d’un sujet de rédaction, par exemple, pour raconter l’histoire de personnages qui se trouvent être homos. C’est une sorte de coming-out par la copie !
L’an dernier, un élève est venu me parler spontanément parce qu’il avait des craintes sur le comportement potentiellement homophobe d’un conseiller principal d’éducation (CPE). Il a dû me sentir plus réceptive, je ne sais pas. Finalement, il s’est avéré que le CPE en question n’était pas du tout homophobe, et qu’il avait juste eu quelques paroles maladroites, mais l’élève se sentait rassuré de pouvoir m’en parler.
Ça se fait parfois aussi à demi-mots : les élèves homos viennent davantage me voir en fin de cours pour un tout autre sujet. Certains sont aussi venus me demander des conseils de lectures gays et lesbiennes.
Au début c’était un peu déstabilisant, je me suis demandé si c’était écrit sur mon front… Mais en fait je me sens utile, j’ai l’impression de leur servir de repère dans l’établissement. J’ai aussi gardé des contacts avec certains anciens élèves homos, avec des élèves hétéros aussi d’ailleurs, mais ceux qui sont homos ressentent en général un peu plus le besoin de garder contact avec moi, de me revoir, on va boire un verre et là du coup, je deviens officiellement out. »
« J’ai eu droit à un certain nombre de coming-outs en direct », confirme Cat. « Tous les élèves, hétéros et homos, viennent me raconter leurs soucis d’une façon générale, mais c’est vrai quand même que plusieurs élèves homos sont venus me voir pour me parler de ce qu’il se passe au lycée, de ce qu’ils vivent dans leur quartier. Je leur donne des numéros de téléphone, je les incite à rencontrer le personnel médical, l’assistante sociale, à consulter des brochures, des sites internet… Je suis en quelque sorte leur interlocutrice privilégiée. Ce sont de jeunes ados, ils ont besoin d’en parler, de le verbaliser. Mais, en fait, je ne suis pas out avec eux non plus, on ne parle jamais de moi, on parle d’eux. C’est leur propre histoire, la mienne ne les regarde pas. De même qu’ils ne deviendront mes contacts Facebook que lorsqu’ils quitteront le lycée. »
Le dernier point, douloureux cette fois, soulevé par les professeurs homos qui enseignent aux plus jeunes est la peur de l’indéfectible amalgame homosexualité/pédophilie.
Emmanuel est instituteur depuis dix ans, en maternelle et en primaire, et directeur d’une école maternelle à Grenoble depuis trois ans ; et c’est sans nul doute ce qu’il redoute plus que tout : « Ce qui me fait le plus peur en tant qu’homme homo en maternelle, c’est l’amalgame homosexuel=pédophile.
Je mets toujours des barrières très nettes pour qu’il n’y ait pas de soupçons.
Par exemple, je n’accompagne jamais un enfant aux toilettes, je ne mets jamais un pied dans la salle de sieste, je laisse les Atsem [agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles, ndlr] s’occuper de tout cela. Je prends toutes les précautions possibles ».
« C’est arrivé à quelques collègues d’être accusés à tort de choses terribles. Et même si les parents se sont toujours rétractés et ont admis avoir menti, ce sont des carrières brisées et des vies personnelles brisées aussi. On ne se remet pas facilement des telles accusations.
C’est vrai que du coup, je fais beaucoup plus attention que mes autres collègues. Pour nous, en maternelle mais aussi en primaire, ce qui nous paraît le plus dangereux c’est que les parents d’élèves apprennent que nous sommes homos.
On a vraiment très peur de cet amalgame. J’ai un secret sur ma vie privée et je fais vraiment attention. »
Le ministère de l’Éducation nationale promettait l’an dernier de faire de la lutte contre les discriminations l’une de ses priorités.
Mais qu’en est-il vraiment ? Que disent les programmes ? Quels moyens les enseignant-es et les chefs d’établissements ont-ils/elles pour mettre faire appliquer cela ?
« Lutte contre les discriminations », mais que fait l’Éducation nationale ?
Comment les enseignants abordent-ils les questions d’homophobie et plus généralement de discriminations en classe ?
La plupart des enseignant-e-s interrogé-e-s disent traiter ces questions en premier lieu quand cela s’impose à eux, après une insulte lancée par un élève par exemple.
« Il y a forcément des moments où tu en parles », explique Cat, qui enseigne la vente dans un lycée professionnel dans le Val d’Oise, « d’autant que je suis toujours leur prof principale.
Quand on entend un gamin tenir un propos raciste, sexiste, antisémite, homophobe ou autre, on réagit forcément.
Et chez moi, c’est peut-être plus épidermique comme réaction, c’est peut-être ça ma particularité en tant que prof lesbienne.
Soit je me fâche, soit j’explique, ça dépend de comment ça a été dit, de ma journée, de mon état d’esprit ce jour-là, de plein de choses…
Et le retour des élèves est plutôt bon lorsqu’on en parle, avec les élèves de la filière vente en tout cas, avec ceux des filières industrielles c’est peut-être un peu plus difficile.
Mais mes élèves sont plutôt conscients de ces discriminations et ils s’imprègnent assez bien du message. Maintenant, bon, ça dure cinq minutes…
Cinq minutes après ils ont oublié ! Il faudrait le leur rappeler à longueur de journée. Et il faudrait surtout commencer à le faire plus tôt. À leur age, c’est déjà presque trop tard ».
Septembre, prof de français dans un lycée à Compiègne, évoque également régulièrement ces questions : « Après une remarque homophobe lancée par un élève pendant un cours, j’interviens toujours, je développe sur le mal que cela peut faire d’entendre cette insulte et j’essaie de faire réagir les autres élèves ; en général, ils réagissent plutôt bien.
Mais j’aborde aussi ces questions à travers des cours explicitement sur les discriminations.
L’Éducation nationale a en effet inscrit ces questions de discriminations dans les programmes. On aborde ainsi le racisme, le sexisme, l’homophobie, l’antisémitisme… parfois en travaillant sur des textes.
Si j’aborde le thème de l’homosexualité, je vais par exemple me servir d’un texte de Nina Bouraoui.
Mais je fais attention à toujours traiter toutes les discriminations, de manière égale, parce que ça me rend un peu parano, je n’ai surtout pas envie d’être accusée de prosélytisme.
Mes collègues hétéros abordent également la question des discriminations mais je n’ai quand même pas l’impression qu’ils fassent grand chose sur l’homophobie ».
« Je n’ai jamais eu de réaction négative de la part des élèves lorsque l’on aborde le sujet de l’homophobie. Il y a forcement des réactions amusées, gênées, des rires intempestifs, mais c’est plutôt bien accueilli, disons que ça ne les choque pas.
C’est vrai aussi que quand on parle d’un auteur homo, s’ils font une fiche sur l’auteur, l’homosexualité reste ce qu’ils vont citer en premier.
S’ils font une fiche sur des auteurs tels que Rimbaud et Verlaine par exemple, ils vont parler de leur homosexualité avant de dire ce qu’ils ont écrit ou avant de parler d’autres éléments de leur vie. On voit que cela reste quelque chose d’exceptionnel à leur yeux, que ce n’est pas encore tout à fait normal, mais la réaction est plutôt positive.
Je n’ai jamais eu non plus de plaintes de la part de parents d’élèves, ni en réunions en tête à tête, sur mes choix pédagogiques. En même temps, ces questions font partie du programme. Ce sont des sujets qu’on nous incite à aborder, je ne fais que mon travail finalement. »
Pendant ses cours d’anglais, Ivan s’emploie également à traiter minutieusement ces questions : « Ça appartient à un bloc du programme que tu retrouves dans chaque classe de la sixième à la terminale : le bloc tolérance/diversité. J’aborde donc cette question de l’homophobie, mais je fais très attention à l’aborder à égalité avec les autres sujets : le racisme, le sexisme, l’exclusion de l’autre d’une manière générale : les gros, les vieux, tout ça… qu’il est important de traiter en même temps. Évidement, les réactions les plus passionnelles s’expriment lorsque l’on parle d’homophobie et de sexisme…
Parce qu’en ce qui concerne le racisme, ils sont tous d’accord pour dire que c’est mal. Dans certaines classes et dans certains établissement, quand tu parles d’homophobie, ça dérive systématiquement vers la pédophilie.
Il y a un amalgame énorme là-dessus, et il faut le traiter.
Tu parles des choix, des questions de plaisir, d’amour, et qu’à partir de là si la mission n’est plus de se reproduire, tant qu’on ne transgresse pas des lois, avec des enfants, des animaux etc, chacun peut faire ce qu’il veut. Là tu es directement dans le rôle de l’éducateur. Et la classe finit par t’écouter parce que tu sors un peu de la mission enseigner et former. Et quand tu sors de ce cours-là, au moins ils ont entendu ».
« On peut aussi traiter ces questions à partir de documents, de pubs, de séries télé… J’ai une collègue qui a fait étudier à ses élèves la pièce de théatre Perthus. Et moi, le dernier truc sur lequel j’ai envie de faire bosser mes élèves c’est la pub McDo, celle-là j’ai vraiment envie de la faire, même si je trouve ça un peu dommage que ce soit McDo qui la fasse et pas le gouvernement… ».
Pour Emmanuel, instituteur depuis 10 ans, en maternelle et en primaire, et directeur d’une école maternelle à Grenoble depuis trois ans, il est important d’aborder ces questions, progressivement, dès le plus jeune âge : « Avec les petites classes, on essaie de travailler sur les stéréotypes.
Les parents inculquent encore des valeurs assez sexistes : « ne pleure pas comme une fille », « ça c’est un jeu de fille et ça un jeu de garçon », etc.
Et c’est en maternelle que le travail sur ces stéréotypes doit se faire. C’est le sexisme qui est en suite à la base de l’homophobie ».
« Il m’arrive aussi de voir des petits garçons se faire des bisous dans la cour de récré, ou des petites filles, à cet âge-là ils ne sont pas cloisonnés encore, je les laisse faire évidement.
Pour commencer à traiter des discriminations homophobes, il y a des livres qui existent pour les tout petits du type Jean à deux mamans, ou Dis mamans.
Mais j’ai du mal à les leur lire parce que je suis concerné, j’ai toujours un peu peur des réactions des parents, j’ai peur qu’on me le reproche.
J’ai des collègues hétéros qui pourraient bien évidement le faire, mais bizarrement ils ne le font pas.
Ces livres sont cependant disponibles à la bibliothèque de l’école ».
« Quant au dessin animé Le Baiser de la Lune, j’aurais été ravi que le ministère ait le courage de parrainer ce dessin animé, mais sous la pression ils n’ont pas été très courageux.
Il y a pourtant un bloc sur la lutte contre les discriminations dans le programme pour les classes de primaire.
En cycle 3, normalement on est censé commencer une approche sur la sexualité, mais c’est plus sur le SIDA et encore c’est rarement fait. Pourtant, notre but est quand même que nos élèves deviennent des citoyen-ne-s qui respectent les autres ».
Mathieu, instituteur lui aussi, en primaire, à Paris, regrette cette affaire autour de ce film d’animation : « Le Baiser de la Lune, ça me semblait intéressant pour des CM2. Ce n’est pas au collège qu’il faut s’y prendre.
Je pense que pour des CM2, c’était un bon âge, un dessin animé ne peut pas faire de mal.
Dans les programmes que le ministère nous donne en début d’année, on parle pourtant bien de discrimination, sous toutes ses formes. On parle des principes de morale, de la liberté de chacun, pas explicitement de l’homophobie, mais de « respect de l’intégrité des personnes y compris la leur » et de « refus des discriminations de toute nature »".
« L’Éducation nationale a une attitude ambiguë sur le sujet », commente Septembre. « D’un coté il y a des campagnes d’affichage, des programmes scolaires qui traitent des discriminations, des consignes pour parler d’homophobie pendant les cours.
Puis, d’un autre côté, il y a des réactions épidermiques, comme avec cette histoire du Baiser de la lune.
On sent que le ministère marche un peu sur des œufs sur ce sujet. Et c’est frustrant ! On aimerait en parler, puis en même temps on reproche le prosélytisme gay, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit avec le Baiser de la Lune. Il y a une ouverture, mais on ne sait pas comment le ministère souhaite traiter ce sujet. Il est toujours plus facile de parler du racisme, de l’antisémitisme, que d’homophobie à l’école. C’est un fait. La sexualité est pourtant une question primordiale chez les ados. Et le ministère devrait faire en sorte que l’école soit un lieu où ils se sentent à l’aise avec ça. »
« Il y a une volonté sur le papier, il y a des consignes sur le papier, mais aucun moyen n’est donné pour la mise en application de ces consignes », s’indigne Ivan, « c’est-à-dire qu’on pond les consignes pour se protéger et ne pas passer pour des attardés au niveau européen, mais on ne met aucun moyen.
Parce que dans le fond ce n’est pas du tout « bankable » au niveau de l’électorat.
Tu reçois des directives administratives dans lesquelles on te dit « cette année la lutte contre les discriminations, dont l’homophobie, est une priorité », mais c’est du vent, il n’y a aucune volonté dans la réalisation de cette consigne, il n’y a que peu de chefs d’établissement qui la fait vraiment appliquer et peu de moyen pour le faire aussi.
Sans parler du cas de certains établissements privés, sous contrat – c’est-à-dire qu’ils doivent s’engager à suivre les lignes du programme officiel du ministère puisqu’ils sont payés quasi exclusivement par l’État – qui ne le font pas du tout parce que ça clashe forcement avec les valeurs de l’église qu’ils représentent ».
Un sentiment partagé par François, professeur de mathématiques dans un collège de la région toulousaine, qui insiste sur les difficultés que les associations rencontrent à intervenir : « Dans l’Éducation nationale il y a des grands discours officiels contre la discrimination et en particulier l’homophobie, que l’on n’entendait pas il y a 10 ans, c’est bien, et c’est bien sûr très important que ce soit marqué dans les textes officiels.
Mais il n’y a par exemple que très peu d’associations homologuées pour intervenir dans les établissements, par exemple, elles ne peuvent pas à elles seules couvrir tout le territoire national.
Et puis en ce moment, il y a des problèmes de budget, des baisses de personnel, on ne peut pas espérer faire quelque chose si déjà on manque de personnel ».
« L’année dernière, on devait faire venir l’association LGBT Contact« , explique François, « ma direction en avait parlé, mais finalement ça ne s’est pas fait.
C’est pourtant très important de faire venir une association dans un établissement pour parler de ces questions, mais je crois que le personnel de l’administration de mon établissement est plutôt conscient de cela.
Dans mon collège, il y a déjà des interventions du MRAP, l’association de lutte contre le racisme, et ça se passe vraiment très bien.
J’espère que l’association Contact pourra venir cette année ».
Cat déplore également pour sa part qu’aucune association n’intervienne sur les questions d’homophobie ni même de discrimination en général dans son établissement : « Dans mon lycée, on a des intervenants sur la santé sexuelle ou sur les drogues mais on n’en a encore jamais eu sur les discriminations.
Ça dépend certainement de la situation géographique de l’établissement, nous on est dans un bled un peu paumé à la campagne, et ça dépend aussi du proviseur, de ce sur quoi il veut insister, des personnels de santé, des équipes, ça varie énormément d’un établissement à l’autre. S’il y avait un texte précis qui disait par exemple : dans telle classe au premier semestre on doit faire ça, puis ça puis ça, on serait obligé de le faire ».
Ivan a plus de chance. Il a vu les associations investir les différents types d’établissement scolaires des Hauts de Seine dans lesquels il a enseigné ces dernières années : « Depuis deux ans, il y a une initiative du CRIPS : une jeune femme, extrêmement bien formée sur toutes les questions de santé mais aussi sur les questions sexuelles, intervient et leur apprend plein de choses. Elle leur fait un tableau sur tout ce que la sexualité évoque pour eux, ils inscrivent dans ce tableau toutes leurs idées, ça va de menottes à fellation, pénétration, homosexualité, sodomie, cunnilingus, sextoys, etc.
Ensuite, elle leur explique que la notion la plus importante qui réunit tout cela c’est le « libre consentement éclairé ».
Elle l’écrit en gros au milieu du tableau puis construit toutes ses explications autour de cela : le libre choix, le consentement et le respect de l’autre puis les risques et la prévention.
C’est vraiment très bien fait et très efficace. On ressent ensuite en classe que pour les élèves qui ont reçu cette intervention-là, c’est plus simple d’aborder les questions d’homophobie ».
Dans l’établissement en zone rurale, dans l’Oise, dans lequel Simon est surveillant, les choses sont franchement plus inquiétantes : « Il y a des réunions, une heure par an, pour les quatrièmes et les troisièmes, sur les discriminations, » explique t-il, « mais les intervenants sont des gendarmes, et ils ne sont pas en civil, non, ils viennent en uniforme avec leur flingue à la ceinture et tout l’attirail. J’y ai assisté l’an dernier. On n’y parle bien sûr jamais d’homophobie, seulement de racisme et un tout petit peu de sexisme.
Et puis c’est très militaire comme type d’intervention et franchement pas du tout adapté ». Simon sent bien pourtant que des interventions d’associations seraient nécessaires dans cet établissement où l’homophobie est particulièrement présente : « Cela permettrait un dialogue.
Je suis sûr que chez les élèves de quatrième et de troisième, cela susciterait un débat intéressant et indispensable ».
« Quant aux cours d’éducations sexuelle, les troisièmes ont une petite heure d’intervention par an. Les intervenantes sont deux vielles dames qui ressemblent à des bonnes sœurs et je ne pense pas que l’homosexualité y soit abordée.
Je ne suis même pas sûr qu’on leur parle de préservatif. Il y a un véritable problème au niveau des interventions dans mon collège, elles se font plutôt à la sensibilité du proviseur.
De toute façon, il y a des décisions qui doivent être prises au niveau du ministère de l’Éducation nationale pour définir clairement et encadrer plus efficacement la mise en place de cette lutte contre les discriminations.
Il faudrait aussi que les académies se bougent un peu plus pour accorder des agréments aux associations pour qu’elles puissent intervenir dans les établissements ».
Un autre point important largement soulevé par nos interviewé-e-s est la question des campagnes d’affichages qui étaient supposées apparaitre dans les collèges et lycées l’année dernière. En effet, lors de la rentrée scolaire précédente le ministre de l’Éducation Luc Chatel mettait en place la campagne d’affichage et de diffusion du dispositif ligne Azur (ligne d’écoute destinée aux jeunes qui s’interrogent sur leur orientation ou leur identité sexuelles) dans tous les lycées. Au mois de février 2010, il annonçait qu’il étendait cette campagne pour la ligne Azur aux collèges.
Une autre campagne de lutte contre l’homophobie organisée par la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne/ou syndicat contre l’homophobie) devait également être mise en place l’année dernière.
Cette campagne d’affichage « Ça te pose un problème ? » montrait un baiser entre deux hommes ou encore un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles étiquetés « PD » et Gouines », et le message était : « L’homosexualité n’est pas un problème, l’homophobie en est un ».
Au mois de mars dernier, le nouveau président de la FIDL déclarait à son tour que « la lutte contre l’homophobie serait la priorité de son mandat ».
Il assurait que cette campagne d’affichage et la mise à disposition de brochures contre l’homophobie seraient intensifiées au cours de l’année scolaire.
Problème. Aucun-e des enseignant-e-s interviewé-e-s – qui travaillent pourtant dans des types d’établissements différents, de degrés différents, dans des régions différentes, en province comme en cœur de ville ou en banlieue – n’a jamais croisé ces affiches de la FIDL ou de l’Éducation nationale.
« Dans mon établissement, il n’y a jamais eu de campagne d’affichage, en 10 ans, ni dans les halls, ni même à l’infirmerie.
Jamais. Ni sur d’autres sujets d’ailleurs. Elles me semblent pourtant totalement indispensables », commente Cat.
Ivan, lui ne les a vues que sur internet et dans les vitrines d’associations.
Simon est le seul à en avoir vu : « Dans mon collège, il n’y a qu’une seule affiche, celle de la ligne Azur. Mais elle est affichée dans l’infirmerie ». Les élèves qui ne seront pas malades cette année ne seront donc pas informés de ce service.
« Toutes ces mesures pour lutter contre les discriminations font pourtant partie des missions de l’école de la République, » confirme Ivan.
« C’est très important. Rien ne pourra se faire sans une banalisation qui passe forcement par la visibilité de l’homosexualité.
On a un retard énorme par rapport à d’autres pays. Je pense notamment aux pays du Nord où ces questions sont dans les programmes scolaires depuis plusieurs années.
Il a notamment été obligatoire, pendant plus de 10 ans, dans tous les collèges et les lycées de Norvège et de Suède, de regarder Sebastian, un film sur un adolescent de 17 ans bien dans sa peau qui découvre son homosexualité . Le visionage est obligatoire dans toutes les classes. C’est par ce genre d’initiatives concrètes que les choses pourront avancer. »
« L’homophobie ne concerne pas que les homosexuels », ajoute François, « elle concerne la société entière, et ça c’est une prise de conscience qui n’est pas évidente.
Non, nous ne faisons pas cela pour que les élèves homos se sentent mieux, mais pour tout le monde, pour faire en sorte que la vie en communauté se passe le mieux possible. »
« En tant qu’enseignants, on a pour rôle d’apporter les bases communes de notre société, l’apprentissage de la vie ensemble », conclut à son tour Cat. « Le respect de l’autre, ça fait partie de l’indispensable. Il faut que l’école le fasse. Et dès le primaire ».

" L’anti communautarisme est un nom pudique pour masquer l’opposition à la culture gay qui fait partie intégrante du multiculturalisme, mais il existe un communautarisme majoritaire, blanc, catholique, hétérosexuel". Heterhomo