Le sexisme n’est pas un lointain vestige du passé ni une forme de domination en cours dans certains pays éloignés.
Le sexisme est partout, dans les sociétés occidentales comme ailleurs, dans les milieux ou règnent la "parité" comme dans les autres.
Lutter contre cette arbitraire discrimination ne se limite pas à partager les tâches ménagères ou à travailler à salaire égal…
Le patriarcat détermine toutes nos existences : comment nous devons nous comporter, être belles, et heureuses, soumises au modèle dominant (inculqué par les hommes et le système patriarcal).
Sifflées, harcelées, exploitées par les hommes et le système qu’ils soutiennent, les femmes en ont assez.
Non, une femme-objet à moitié nue sur une affiche ne met pas en valeur la beauté de la femme.
Elle ne fait que la figer dans un concept d’objet soumis aux fantasmes masculins d’une femme belle, jeune, mince et disponible.
Non, il n’est pas agréable de se faire accoster dans la rue pour s’entendre dire, dans le meilleur des cas qu’on est belles (et c’est vraiment le meilleur des cas).
On n’a pas besoin que vous veniez nous le dire, ni que vous en attendiez une reconnaissance de notre part.
On n’a pas besoin que vous nous autorisiez à nous trouver belles.
- Soit on vous dit merci et notre estime de nous dépend finalement des hommes.
- Soit on explique que ça ne nous plaît pas et on se fait insulter, cracher dessus ou menacer.
Non, si on s’habille "sexy" selon un terme tout à fait patriarcal, ce n’est pas pour aguicher ou allumer, ni pour se faire dévisager de haut en bas.
On veut juste vivre notre corps comme il nous plaît, en étant pas beaucoup habillées quand il fait chaud ou tout simplement si on en a envie, sans avoir à subir les conséquences de l’image sexiste que les hommes s’en font.
Non, ce n’est absolument pas drôle d’entendre blagues ou réflexions sur les femmes-objets, femmes au volant et autres clichés entendus quotidiennement…
Heterhomo : Qu’en pensez-vous, c’est exactement ça, c’est exagéré ? et la femme envers l’homme n’a jamais une attitude équivlente ?

Les exemples de domination quotidienne ne manquent malheureusement pas.
Pour abolir ces discriminations, il faut déconstruire la notion de genre, inculquée et imposée par la société, puis relayée par les hommes et beaucoup de femmes.
Le genre, c’est l’idée selon laquelle on peut associer à un sexe des qualificatifs qui lui appartiendraient en propre.
C’est par exemple dire que les filles sont plus réservées ou sensibles et les garçons plus remuants ou compétitifs.
Quels autres exemples pouvez-vous donner de qualités et de défauts prêté-e-s généralement aux femmes et aux hommes ?
Cela ne vient pas de la notion biologique de fille ou de garçon, mais du conditionnement subi depuis tout-e petit-e, où les garçons ne doivent pas pleurer et les filles doivent être sages, par exemple…
La lutte antisexiste est donc aussi à mener jusqu’au plus profond de soi même.
Garçon ou fille, on doit se demander pourquoi et comment on domine ou on se laisse dominer, pour changer et faire changer tous les comportements qui mènent aux discriminations.
Comment des êtres humain-e-s ont été métamorphosé-e-s en hommes et en femmes
pour les exemples que vous avez donnés, dites comment l’entourage des filles et des garçons a pu les conditionner, et quels sont ces entourages, ces agents créateurs du genre
Extrait de la deuxième partie, La fonction de la sexualité dans l’oppression des femmes, du livre d’Alice Schwarzer La petite différence et ses grandes conséquences - 1977 - Editions des femmes.
Texte Féminisé par nos soins…
Au XIXème siècle encore, le célèbre médecin anglais Acton écrivait : "Toute idée de plaisir sexuel chez la femme est une infâme calomnie".
Esquisser ici l’histoire de la sexualité nous mènerait trop loin, mais il est évident que les derniers temps ont brillé par l’absence de toute sexualité féminine.
Les fillettes, les épouses et les mères étaient censées n’avoir pas de sexualité.
Seule exception à la règle, les putains, payées pour ce faire par les hommes qui en avaient les moyens.
La possession de la femme par l’homme s’étant démocratisée, tout représentant du sexe masculin dispose aujourd’hui d’un personnel féminin comprenant en une seule personne une putain, une mère, une compagne et une servante.
Non seulement notre époque a trouvé de nouvelles normes, mais elle a aussi ses prophètes pour énoncer des commandements déjà établis.
Autrefois nous avions les religions représentantes au moins identifiables d’une morale subjective.
En dépit de la terreur qu’elles exerçaient, elles concédaient au moins une toute petite place à des versions individuelles de leur morale.
Aujourd’hui nous avons la science qui, elle, se veut objective. La psychanalyse et la psychologie qui prêchent la "vérité" de la "nature" humaine ont créé une image quasi irréfutable de la "nature féminine".
Au lieu d’employer les instruments qui leur sont propres pour démontrer comment des êtres humain-e-s ont été métamorphosé-e-s en hommes et en femmes, elles sont devenues elles-mêmes des instruments de manipulation sexiste pour le patriarcat.
La société des hommes a trouvé en ses sciences ses instruments les plus efficaces de dressage de la féminité.
Parmi les rares exceptions, on compte le psychologue professeur John Money et la psychiatre Anke A. Ehrhardt.
Au lieu de manipuler les sujets d’observation, il-elle respectent plus ou moins le mission d’émancipation d’un service au service de l’humanité et dans leurs recherches et leurs observations cliniques posent avec rigueur le problème de l’identité sexuelle.
Selon leurs thèses, l’identité sexuelle - la féminité et la virilité - n’est pas une identité biologique.
Simone de Beauvoir : "On ne naît pas femme, on le devient."
Dans une vaste analyse intitulée "Masculin, féminin", les Américains citent entre autres choses ce cas impressionnant : lors d’une des circoncisions pratiquées habituellement aux USA, l’un des deux jumeaux monozygotes âgés se sept mois a été blessé ; son pénis a été complètement brûlé.
Les parents, un jeune couple qui vit à la campagne, sont désespérés.
Dix mois plus tard, un chirurgien leur conseille d’élever le garçon qui n’a plus de pénis comme une fille (jugeant sans doute avec réalisme que dans notre société, un homme sans pénis n’est pas un homme…)
La mère suit ce conseil. Elle commence à habiller, à coiffer et à traiter l’enfant tout autrement que son jumeau. La mère informe régulièrement les médecins de son évolution et de leurs mesures éducatives.
Elle encourage systématiquement la coquetterie de l’enfant, lui offre des bijoux et des rubans, lui apprend l’ordre et la propreté.
"A quatre ans et demi, rapporte la mère, elle était déjà beaucoup plus ordonnée que son frère.
Elle tient aussi beaucoup à ce que je lui donne son bain. Je n’ai jamais vu une petite fille aussi ordonnée et coquette." Un jour, l’enfant déclaré petite fille fait pipi debout - comme le font d’ailleurs souvent les petites filles.
On le gronde et lui fait comprendre qu’il doit s’accroupir : "Une petite fille ne fait pas ça !" - Dans le même temps, on encourage inversement ces attitudes chez son frère.
Sa mère éclate de rire, quand elle le voit un jour faire pipi sur les fleurs du jardin.
Le garçon imite de plus en plus son père, la fille sa mère.
Le frère claque les fesses de sa soeur, comme son père le fait avec sa mère, il veut devenir plus tard pompier ou policier et voudrait pour Noël un garage avec des autos.
La soeur voudrait une poupée. La mère souhaite que tous deux fassent des études, "surtout le garçon, c’est un homme et il est important qu’il gagne sa vie."
La "petite fille" suit un traitement hormonal. Après la puberté, on lui greffera un vagin artificiel.
Elle sera une femme "normale" - à cette différence près, qu’elle sera stérile. Il est vrai que la faculté d’enfanter reste la seule différence entre homme et femme.
Tout le reste n’est qu’artifice, une question d’identité psychique fabriquée.
Le problème de la transsexualité prouve d’ailleurs bien que c’est l’identité sexuelle psychique qui est déterminante et non l’identité biologique.
Les transsexuel-le-s sont des êtres biologiquement femmes mais qui se sentent hommes - ou vice versa.
Quelque chose s’est "mal" passé lors de leur dressage à l’identité sensuelle, c’est pourquoi une âme d’homme ou de femme habite un corps qui ne lui est pour ainsi dire pas approprié.
La médecine progressiste professe aujourd’hui que dans un tel cas, une seule solution possible est d’adapter le corps à la conscience et non pas l’inverse. La psyché est donc plus déterminante que l’anatomie.
Le tragique de ce drame de l’identité sexuelle réside aussi dans le fait que notre société soi-disant égalitaire n’accorde aucune place a un comportement ambigu : On est soit complètement femme, soit complètement homme.
Etre tout bonnement humain-e, mais ça ne suffit pas ! Bien au contraire, ça peut mener un-e être humain-e à un conflit déchirant qui se terminera bien souvent par le suicide.
Si l’on entre pas dans l’une ou l’autre des deux catégories, on n’a pas de place.
Rien, pas même l’appartenance à une "race" ou à une classe, ne nous marque autant que l’appartenance à un sexe.
Rien ne détermine aussi profondément notre vie et les réactions de notre entourage que notre sexe biologique. Avec l’exclamation, c’est une fille !" ou "c’est un garçon !", les dés sont jetés.
Dès le premier jour, notre sexe sert de prétexte au dressage à la "féminité" ou à la "masculinité". Impossible d’y échapper.
Les parents qui tentent de briser la contrainte de la distribution des rôles n’y parviennent qu’en partie.
L’habitude et l’inconscient leur jouent des mauvais tours.
De nombreuses études l’attestent, telle celle de la psychologue allemande Ursula Scheu : "on ne naît pas petite fille, on le devient" (Fischer, 1977) et celle d’Elena Gianini Belotti dans "Du côté des petites filles" (des femmes, 1974).
La psychologue au CNRS, Irène Lézine à observé le développement psychologique au cours de la première enfance.
Elles ont entre autre chose constaté que les mères allaitent systématiquement leur bébé trois mois de plus si c’est un garçon et qu’elles ne lui apprennent que trois mois plus tard à être propre.
Au cours de l’allaitement, elles laissent aussi aux garçons de plus longues pauses qu’aux filles.
Ce qui signifie que dès l’allaitement, le dressage est plus sévère pour une fille que pour un garçon.
Les filles doivent se soumettre, on brise leur volonté.
Brunet et Lézine concluent que le besoin d’apprivoiser l’enfant est plus fort lorsqu’il s’agit d’une fille.
Si c’est un garçon, bien qu’il soit tout petit et sans défense, il représente déjà le symbole de l’autorité à laquelle se soumet la mère elle-même.
De telles observations remettent enfin en question des constatations de la psychologie progressiste telles que : toutes les petites filles sont plus passives, plus tournées vers les grandes personnes alors que les petits garçons sont plus actifs et plus tournés vers la réalité matérielle.
C’est juste ! Mais ce n’est pas inné, c’est bel et bien inculqué. Dès le berceau !
Ursula Scheu analyse dans son livre l’essentiel des travaux effectués dans tous les pays sur le conditionnement du rôle sexuel de la petite fille.
Elle écrit : "Il est frappant de constater que lorsqu’on aborde la plupart des aspects de la vie (développement de la fibre maternelle chez les petites filles, façon dont on leur apprend à se servir de leurs mains, à être adroites pour les intégrer et les exploiter plus tard dans les tâches ménagères ou professionnelles) un seul domaine reste totalement exclu, celui de la sexualité.
Nous savons, bien sûr, que là aussi les hommes et les femmes se comportent différemment, mais nous jugeons ça "naturel".
Pourtant, c’est dans le processus même de socialisation des êtres que se lient la passivité et la soumission féminines, l’activité et la domination masculines.
En omettant de soulever le problème de la formation d’un comportement spécifiquement sexuel, la science fait croire que le comportement sexuel, tel qu’on le rencontre aujourd’hui, est un comportement naturel".
Qu’en pensez-vous ?

