Éduquer à la mixité
par Hélène Pomme
"On ne naît pas citoyen, on le devient". Cette affirmation de Spinoza, à laquelle fait écho trois siècles plus tard le fameux "on ne naît pas femme, on le devient", indique clairement le but que poursuit dans le système éducatif l’éducation à la citoyenneté. Celle-ci n’est pas en effet une expression aux contours flous, usée à force de servir.
L’éducation à la citoyenneté est une dynamique
Éduquer à la citoyenneté concerne tous les membres de la communauté éducative : élèves, enseignant-e-s, équipe de direction, surveillant-e-s, assistant-e-s d’éducation, personnels de service, parents d’élèves.
Éduquer à la citoyenneté intéresse tous les domaines de la vie d’un établissement scolaire : l’enseignement, les matières enseignées, tout ce qui relève de la vie scolaire, de l’éducation à la santé, à la prévention (par le biais des CESC, entre autres) etc. Tous ces éléments rassemblés, mis en relation peuvent devenir un axe fort de politique académique : c’est le cas, par exemple, grâce à l’impulsion des recteurs successifs, de l’académie de Nancy-Metz où l’éducation à la citoyenneté dispose d’un site bien identifié sur le serveur académique.
Elle repose sur des savoirs, des pratiques, des valeurs. Savoirs, pratiques, valeurs ne vont pas l’un sans l’autre. Comment imaginer des savoirs réduits à eux-mêmes, qui ne soient pas mis en perspective donc guidés par des valeurs ? Que seraient des pratiques sans référence aux savoirs et sans lien nécessairement fort avec des valeurs ? Valeurs qui sont les principes républicains guidant et inspirant notre démocratie : principes intouchables, socle de notre démocratie.
Savoirs, pratiques, valeurs ont une place naturelle et reconnue dans l’ensemble des programmes et contenus d’enseignement - ce qu’on ne sait pas assez - mais particulièrement dans l’éducation civique.
L’éducation civique charpente tout le continuum scolaire
Cette éducation civique existe en effet dès la maternelle sous forme d’apprentissage au "vivre ensemble" dans le respect de l’autre, à la prise de parole et au "débat réglé" : éléments, qui évidemment fructifient au fil des années que les élèves passent à l’école élémentaire. Peu à peu apparaît la notion de responsabilité - en même temps que se met en place une connaissance progressive des institutions.
On retrouve au collège le "vivre ensemble", la prise de responsabilité, la prise de parole, le débat. Les programmes actuels ne sont plus centrés sur l’institutionnel mais d’abord sur la personne humaine et ses droits puis sur la "personne-citoyenne", ses droits et ses obligations. L’élève s’approprie progressivement des concepts, des pratiques et des valeurs. Il apprend ce qu’est la citoyenneté et dans un contexte plus large que les strictes heures réservées à l’éducation civique.
La démarche se poursuit au lycée d’enseignement général et professionnel grâce à l’ECJS. Le travail des élèves sur des thèmes et notions proposé-e-s par des programmes officiels met l’accent sur la vie dans la cité et l’importance du droit, tout cela articulé autour du "débat argumenté".
La pratique amorcée au collège mobilise davantage, en raison de l’âge des élèves, des capacités d’information, de réflexion, d’organisation des idées et de confrontation dans le respect mutuel. Ecouter un autre point de vue que le sien est parfois une rude affaire.
L’égalité hommes-femmes est-elle enseignée ?
Elle peut l’être, mais tout dépend de l’enseignant-e.
Elle a sa place dans les contenus d’enseignement, cela se fait le plus souvent de manière implicite, même en éducation civique où pourtant les occasions ne manquent pas.
En éducation civique, l’égalité est abordée :
en cinquième par le biais de l’égalité et au refus des discriminations ;
en troisième, où la place des femmes dans la société actuelle est l’un des thèmes des débats de la démocratie mais en concurrence avec d’autres thèmes ;
en seconde, dans le cadre de l’ECJS par des notions en relation avec la vie en société relevant de citoyenneté et travail, citoyenneté et transformations des liens familiaux ;
en première, par des notions en relation avec l’exercice de la citoyenneté (y compris politique) ;
en terminale, la citoyenneté et les exigences renouvelées de justice et d’égalité offre des pistes intéressantes.
Ces constats valent aussi pour les lycées professionnels car les notions et thèmes proposés en ECJS sont les mêmes. L’examen des programmes des autres matières d’enseignement (sciences économiques et sociales, histoire-géographie, lettres, etc.) confirme de réelles possibilités d’aborder l’égalité hommes-femmes : mais là encore, mis à part vraisemblablement les sciences économiques et sociales, la pratique verse souvent dans l’implicite ou ne semble concerner qu’une partie somme toute faible des programmes (ainsi en histoire, seuls sont retenus traditionnellement les XIXe et XXe siècles).
Devant ce constat, un groupe de travail académique s’est formé à la demande de Brigitte Dutreil, chargée de mission pour l’égalité des chances dans l’académie de Nancy-Metz et suite à la Convention régionale. Il est composé d’enseignant-e-s (documentation, histoire-géographie, lettres, sciences économiques et sociales éducation civique, puis ECJS), de chef-fe-s d’établissement et d’inspecteurs et inspectrices.
Le but qu’il s’est fixé a été de pointer dans les programmes ce qui peut contribuer à la promotion de l’égalité filles-garçons ou/et égalité hommes-femmes puis de proposer quelques fiches-actions.
Un travail similaire fut mené en parallèle pour la vie scolaire, la vie de la communauté éducative.
Il existe un vaste champ d’application pour développer et faire respecter l’égalité. Il serait évidemment intéressant d’envisager l’apport d’autres disciplines ainsi que les possibilités offertes par les supports pédagogiques ou les méthodes de travail innovantes : les itinéraires de découverte en collège ou TPE en lycée et PPCP en lycée professionnel.
Ces réflexions et ces pistes, proposées sur le serveur académique (site : "éducation à la citoyenneté /vivre ensemble / égalité filles-garçons"), sont destinées à s’enrichir progressivement car le travail est loin d’être achevé.
Cette contribution s’ajoute ainsi à d’autres actions menées dans les académies dont celles, plus anciennes et remarquables, menées dans les académies de Lille et de Marseille.
L’égalité hommes-femmes / filles-garçons, alliée naturelle de l’égalité des chances, est bien un aspect de l’éducation à la citoyenneté. Il suffit de la rendre plus visible encore : les moyens variés ne manquent pas. C’est une affaire d’opportunité et de volonté.
On pourrait conclure par une phrase prononcée lors de la première des Rencontres de la Durance tenue à Marseille en 2001 sur les femmes dans l’Histoire : "il faut juste déplacer un peu le regard".

