Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
L’archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi, et des milliers de personnes ont marché samedi dans cette ville contre l’avortement médicalisé et l’homosexualité, à l’appel de l’Eglise catholique du Cameroun. La manifestation, encadrée par la police, s’est déroulée sans incidents et a rassemblé quelque 20.000 personnes, selon l’archidiocèse de Douala, à l’origine de la marche.
Les manifestants, partis de différentes paroisses, "se sont retrouvés dans les grands carrefours de la ville avant de converger vers la cathédrale" où s’est tenue une messe, a déclaré l’abbé André Mbem, un responsable de l’archidiocèse de Douala.
La marche était une protestation "contre la ratification par le Cameroun du protocole de Maputo", a ajouté l’abbé Mbem, en référence à un texte sur les droits des femmes ratifié en mai par Yaoundé.
Selon lui, ce texte "ouvrirait la voie à la légalisation de l’avortement et de l’homosexualité" interdits dans le pays.
Après la messe, une délégation conduite par le cardinal Tumi est allée remettre une pétition de "30 000 signatures" au gouverneur de la région, Faï Yengo Francis, "pour transmission au président de la République", a-t-il précisé.
Fin juin, la Conférence épiscopale nationale avait dénoncé un article du protocole de Maputo, qui autorise le recours à "l’avortement médicalisé" dans certaines situations. Elle n’avait pas pris position sur l’homosexualité.
Au Cameroun, l’avortement est autorisé seulement en cas de viol ou lorsque la vie de la femme est en danger. La législation criminalise les pratiques homosexuelles, prévoyant des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison ferme.
Mis en ligne le 13/07/2009
23-06-2009 L’Eglise évangélique, paroisse de Makepe (Douala) pourrait se joindre au cardinal Christian Tumi pour la marche de protestation contre la ratification du traité de Maputo.
Le moins que l’on puisse dire est que la ratification du traité de Maputo ne fait pas l’unanimité au sein de l’église catholique. En revanche, de sources concordantes annoncent des soutiens parallèles venant des autres obédiences religieuses, à savoir l’église évangélique de Makepe.
Le cardinal Christian Tumi vient donc de trouver un nouveau allié face au combat. Si l’assemblée générale des évêques qui se tient en ce moment à Yaoundé ne trouve pas de compromis s’agissant de la marche, il y a fort à parier que le 11 juillet prochain, à travers les artères de Douala, chrétiens catholiques et évangéliques seront main dans la main pour protester contre ce traité dit on, qui légalise l’avortement et ouvre les portes à l’homosexualité.
Arnaud Ndi.
Les trois homosexuels présumés emprisonnés depuis le 30 août à Douala ont été condamnés le 9 janvier dernier à six mois de prison et 50 000 francs CFA d’amende. Le tribunal a abandonné le "flagrant délit d’homosexualité" pour lequel ils était poursuivis pour y substituer l’accusation de "tentative d’homosexualité". Tous ont fait appel du jugement.
Mis en ligne le 14/01/08
Des responsables de l’Ambassade de France au Cameroun ont rencontré les dirigeants de l’association Alternatives Cameroun pour leur assurer un soutien diplomatique.
L’information est révélée par Alain Piriou, sur son blog personnel (http://alain-piriou.net), samedi 17 novembre 2007. Le militant homosexuel, porte-parole de la fédération Inter-LGBT, indique que des responsables de l’Ambassade ont rencontré les dirigeants d’Alternatives Cameroun, "pour leur assurer un soutien dont ils pourront faire état publiquement si nécessaire".
"De façon très officielle, sur un terrain diplomatique, la France vient donc de reconnaître pour la première fois une association de soutien aux personnes homosexuelles dans un pays d’Afrique francophone. C’est un tournant dans les choix diplomatiques de la France, quant aux questions LGBT dans le monde. Il faut s’en réjouir", considère Alain Piriou.
Cette intervention fait suite à la demande de plusieurs associations françaises LGBT et de lutte contre le sida de voir la diplomatie française rappeller au Cameroun ses engagements à respecter plusieurs traités internationaux, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et la Charte africaine des Droits humains et des peuples.
Mis en ligne le 19/11/07
Une organisation de magistrats, l’Amicale des Magistrats Camerounais (AMC) a porté plainte contre l’avocate Alice Nkom qui défend un grand nombre d’homosexuels présumés emprisonnés dans le pays. L’AMC lui reproche des déclarations faites le 21 août dernier sur Radio France Internationale sur l’homophobie de l’appareil judiciaire au Cameroun et demande à l’ordre national des avocats de la sanctionner.
Mis en ligne le 30/10/07
Au Cameroun, à Douala, six jeunes hommes restent détenus en raison de leur homosexualité présumée depuis le 25 juillet dernier. La justice refuse leur libération et tarde à ouvrir leur procès. Les cas d’arrestations pour homosexualité se multiplient dans le pays. Me Alice Nkom, l’avocate engagée par l’association Alternatives-Cameroun, s’est opposée à la comparution des prévenus devant le juge d’instruction du TGI de Daoula en invoquant l’Habeas corpus et en demandant leur libération étant donné les conditions de leur arrestation et de leur détention.
En effet, les officiers de police qui ont procédé aux arrestations, l’ont fait en dehors de leurs limites territoriales, ce qui viole l’article 88 du code de procédure pénale camerounais. En outre, leur détention provisoire devrait être frappée de nullité car le mandat d’arrestation n’a pas été décerné dans un cas de flagrant délit comme l’impose la loi camerounaise. Or, aucun des six détenus n’a été pris en flagrant délit de pratique homosexuelle ni d’outrage à la pudeur.
En bonne logique, le juge aurait dû prononcer la libération immédiate et sans conséquences des six détenus. Pourtant, le 24 septembre dernier, la justice camerounaise s’est prononcée contre leur libération. Selon elle, les arguments de droit développés par leur avocate ne seraient pas suffisants. Me Alice Nkom a décidé de faire appel, et, le cas échéant, se pourvoir en cassation devant la Cour suprême. Elle a également déposé une demande de mise en liberté provisoire.
Les membres de l’association Alternatives-Cameroun sont indignés par cette décision prise au mépris de la loi et en l’absence de leur avocate. Ils en appellent à la solidarité internationale et ce, d’autant plus que ces arrestations sont loin de constituer un cas isolé.
En effet, trois autres pesonnes ont été appréhendées par la Brigade de recherches de la Gendarmerie Nationale de Douala le 30 août 2007 -toujours pour homosexualité- et placés aussitôt en garde-à-vue. L’audience est prévue le 7 novembre prochain. Deux autres hommes ont également été arrêtés à Yaoundé.
En France, le CGL-Paris demande aux organisations de défense des droits humains, aux institutions françaises, européennes, aux Nations Unies, "d’intercéder dans les plus brefs délais auprès des autorités camerounaises afin d’exiger la libération immédiate des personnes arrêtées arbitrairement pour raison d’homosexualité".
Centre Lesbien, Gai, Bi & Trans. de Paris et Ile-de-France - 3 rue Keller - B.P. 255 - 75524 Paris cedex 11 www.cglparis.org
Mis en ligne le 27/09/07
Un tribunal libère un homosexuel après deux ans de prison sans procès
Un homosexuel a purgé deux ans de prison dans une prison camerounaise sans avoir fait l’objet d’un procès.
Alexandre D. a été arrêté à l’âge de 22 ans pour "homosexualité". Son cas a été repéré par un procureur proche des organisations internationales de défense des droits LGBT. qui travaillait sur un autre de cas d’emprisonnement arbitraire en Afrique.
Le cas de ce jeune homme a été relaté auprès de l’International Gay & Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) à New York et de l’Inter-LGBT à Paris qui sont intervenues dans ce dossier pour faire entendre Alexandre D. par la justice camerounaise. C’était la première fois que le jeune homme avait affaire à la justice bien qu’emprisonné depuis deux années. Le juge qui l’a entendu a estimé que les autorités n’avaient aucune charge contre lui et a demandé sa libération immédiate.
"Il aurait pu passer le reste de sa vie en prison", explique Cary Johnson, spécialiste pour l’Afrique de l’IGLHRC. "Il était perdu, oublié dans le système", ajoute-t-il craignant que des dizaines d’autres cas semblables existent ailleurs en Afrique.
Alexandre D. est la dix-septième personne en un an au Cameroun à avoir été poursuivie et emprisonnée pour homosexualité au Cameroun.
Mis en ligne le 02/03/07
Brigitte Girardin, ministre de la Coopération, a assuré aux associations LGBT mobilisées sur la situation des homosexuels et des personnes atteintes du sida au Cameroun, qu’elle avait évoqué ces questions avec le président Biya lors de sa visite en France fin juillet. Selon les informations officielles, le président aurait y prêté une "oreille attentive" et aurait rappelé que lors de l’affaire des listes d’homosexuels présumés publiées dans la presse camerounaise, il avait appelé au "nécessaire respect de la vie privée".
Le cabinet de Brigitte Girardin a confié que cette dernière lui avait même personnellement remis la lettre ouverte des associations LGBT françaises en date du 20 juillet dans laquelle elles rappellent le sort du jeune Alim Mongoche, incarcéré pendant plus d’un an pour homosexualité dans les prisons camerounaises et victime d’un sida non soigné.
An Nou Allé et les autres signataires demandent au président du Cameroun un geste envers sa famille, un processus de dépénalisation de l’homosexualité et un soutien aux associations de lutte contre le sida.
Mort d’Alim : le ministère de la coopération a évoqué le dossier avec le président camerounais
Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie a indiqué aux associations mobilisées sur la situation des homosexuels et des personnes atteintes du sida au Cameroun que la ministre avait évoqué ces questions avec le Président Paul Biya lors de sa visite en France.
Suite au rassemblement du 27 juillet en mémoire d’Alim Mongoche, An Nou Allé et le Comité IDAHO ont été reçus lundi 31 juillet par le chef de cabinet de Brigitte Girardin, ministre déléguée à la coopération, au développement et à la francophonie qui a indiqué à ces associations que la ministre avait évoqué avec Paul Biya leurs demandes.
Selon le cabinet de Brigitte Girardin, le président aurait prêté une "oreille attentive" à ces questions et aurait rappelé qu’au plus fort de l’affaire des listes d’homosexuels présumés publiées dans la presse camerounaise, il avait prononcé un discours appelant au "nécessaire respect de la vie privée". Enfin, le cabinet de Brigitte Girardin a confié qu’elle lui avait personnellement remis la lettre ouverte du 20 juillet.
An Nou Allé et le Comité IDAHO ont profité de cet entretien avec le cabinet de Brigitte Girardin pour exposer des revendications plus larges relatives d’une part aux relations bilatérales de la France avec le Zimbabwe et le Sénégal et, d’autre part, aux relations multilatérales avec l’ONU et la Francophonie. An Nou Allé et le Comité IDAHO ont exhorté le gouvernement à étendre son "combat" international pour les droits humains aux combats contre l’homophobie et le VIH/sida, spécifiquement en Afrique noire.
Mis en ligne le 03/08/06
Jeudi 27 juillet, un rassemblement a eu lieu devant le ministère des Affaires étrangères à Paris alors que le président camerounais Paul Biya y était reçu par Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération.
Plusieurs associations LGBT comme An Nou Allé, l’ARDHIS, le Comité IDAHO ou Act Up-Paris entendaient rappeler le sort du jeune Alim, mort du VIH le 20 juin dernier après avoir été incarcéré pendant plus d’un an pour délit d’homosexualité, violé durant sa détention et privé de soins après la déclaration de son sida en prison.
Les manifestants avaient reçu le soutien de Monseigneur Gaillot, de SOS homophobie, du SNEG et de plusieurs associations LGBT de province.
Dans l’après-midi, An Nou Allé avait reçu du cabinet de Brigitte Girardin l’assurance que ses demandes seraient " évoquées " lors des entretiens avec le chef de l’État camerounais.
Mis en ligne le 28/07/06
La mort d’Alim, un des neuf homosexuels présumés emprisonnés puis libérés le 12 juin, quelques jours après sa sortie de prion, suscite la colère des défenseurs des droits LGBT et des personnes vivant avec le VIH au Cameroun.
Alim était séropositif. Arrêté le 22 mai 2005 lors d’une rafle dans un bar " gay " de Yaoundé, il est tombé malade deux semaines après son arrestation. En dépit de son état de santé alarmant, le procureur de la république, bien que prévenu à plusieurs reprises par l’avocate du jeune homme, a obstinément refusé sa remise en liberté alors qu’il savait que le jeune homme ne bénéficiait pas de soins appropriés à la prison de Yaoundé.
Lors du premier procès du 17 mars 2006, le procureur s’est à nouveau opposé à la demande de mise en liberté des emprisonnés alors que le juge avait ordonné l’acquittement et la remise en liberté faute de témoins et de preuves. Le procureur a privilégié un nouveau procès ce qui a encore allongé la durée de détention d’Alim. Le 22 mai, lors du deuxième procès, Alim est apparu diminué, incapable de se tenir debout. Le juge lui a alors proposé de s’asseoir pendant son audition. Alim aura fait plus d’un an de préventive. Il sera passé de la prison au coma, hospitalisé aux urgences de l’hôpital de Yaoundé, suivi d’un décès rapide dans la nuit du 23 au 24 juin.
" Il faut appeler ce drame par son nom, un meurtre homophobe légal " s’indignent Warning, Alternatives Cameroun et Solidarité Internationale LGBT, les associations qui ont soutenu les neufs homosexuels présumés. " Il ne faut pas que la mort d’Alim ne serve à rien. Il faudra combien de morts, combien de meurtres pour que les démocraties prennent conscience de ce qui est en train de se passer en Afrique ? " s’interrogent les ONG qui ont suivi ce dossier qui invitent les organismes internationaux, les associations humanitaires et de défense des droits de l’homme à signer leur appel contre l’homophobie et à se mobiliser " contre la vague d’homophobie et de séropophobie au Cameroun et dans les autres pays d’Afrique ".
Mis en ligne le 27/06/06
Sociologue, Charles Gueboguo, poursuit depuis plusieurs années des recherches sur l’homosexualité au Cameroun. Sujet dont il a fait la thèse de son doctorat. Ce militant qui est aussi un des co-fondateurs de la toute jeune ONG Alternatives Cameroun revient pour "Illico" sur les événements homophobes récents qui ont marqué son pays ces derniers mois.
Depuis quand travaillez sur l’homosexualité et pourquoi avoir choisi cette question très controversée notamment au Cameroun ?
En tant que sociologue, je travaille sur la question homosexuelle depuis six ans. En sociologie, il est de tradition d’interroger toutes les questions de sociétés qui paraissent "étranges" ou "hors des normes", c’est le cas de l’homosexualité au Cameroun. Je suis parti du constat que malgré l’homophobie ambiante et la législation en vigueur contre l’homosexualité, cette réalité socio-sexuelle se fait de plus en plus visible. Il s’agissait donc de comprendre les mécanismes et les logiques d’action de cette "visibilisation".
Dans votre thèse, vous évoquez des enquêtes de terrain effectuées à Douala et Yaoundé sur "la question homosexuelle". Les exemples que vous citez indique une fréquence forte des actes homophobes notamment en 2005. S’agit-il d’une augmentation par rapport aux années précédentes et comment expliquez-vous ce phénomène ?
L’année 2005 (fin de l’année et début 2006), plus que les années précédentes, s’est caractérisée par une prise de position homophobe des plus virulentes. Tout s’est dégradé à la suite du discours en décembre 2005 de l’archevêque de Yaoundé qui, dans son homélie de Noël, a vivement stigmatisé l’homosexualité, l’amalgamant entre autres à la pédophile. Il s’en est suivi toute une campagne, notamment médiatique [publication de listes de prétendus homosexuels qui auraient couché pour réussir socialement, dont des ministres en exercice dans plusieurs quotidiens], contre l’homosexualité.
Vous faîtes remarquer dans votre thèse que le Code pénal ne condamne pas l’homosexualité "virtuelle" mais en fait toute personne qui passe à l’acte en ayant des rapports sexuels avec une personne de son sexe. L’affaire des neuf personnes arrêtées à Yaoundé qui s’est conclue le 12 juin dernier nous prouve que la répression est beaucoup plus forte. Comment l’expliquez-vous ?
Tout cela ressort de la peur de ce que l’on ne comprend pas, de ce que l’on ne veut pas comprendre, de ce que l’on ne croit pas pouvoir comprendre. La question qu’on est en droit de se poser c’est pourquoi les "9" et pas les autres qui ont aussi été dénoncés dans certains médias ? La réalité, me semble-t-il, est que l’infraction dont parle l’article 347 bis du code pénal camerounais connaît encore quelques insuffisances et qu’il serait intéressant que les juristes en débattent sur la place publique.
Vous évoquez plusieurs raisons à la montée de l’homophobie au Cameroun qui se manifeste par des agressions, des arrestations, des procès. Quelle est selon vous la raison principale qui fait des homosexuels des boucs émissaires ? S’agit-il de détourner l’opinion publique des vrais problèmes ? S’agit d’une critique de l’occident (on parle souvent de l’homosexualité comme une importation de l’occident) ?
Les deux raisons peuvent être évoquées, mais il y a également le manque de culture notoire chez les individus que l’on ne saurait taire, ajouté au fait que plusieurs Camerounais semblent mal vivre l’hétérosexualité officielle qu’ils affichent. Partant de là, je me pose la question de savoir si cette répression n’est pas une manière d’éradiquer symboliquement une image de soi que l’on ne peut pas accepter à cause des stéréotypes sociaux dans lesquels on a été façonné : l’homosexualité sert alors de miroir révélateur s’inscrivant en faux contre un ordre phallocratique dominant institué.
Pensez-vous que le discours des Eglises contribue à développer ou renforcer l’homophobie dans le pays ?
Hélas, c’est certain. Dans une société où les rumeurs et la religion forment le lit des solidarités, de telles prises de positions ne peuvent que radicaliser ceux qui — et ils sont nombreux — sont convaincus que l’enfer, c’est les homosexuels. Ne sont-ils d’ailleurs pas très nombreux à affirmer que l’homosexualité au Cameroun est une source de sous-développement ? Cela peut faire sourire, mais aujourd’hui encore certains le pensent.
Début février des journaux camerounais avaient publié des listes d’homosexuels présumés. Comment cela a-t-il été accueilli par les gays, par la société dans son ensemble ? Est-ce une première ? Et quelle analyse en faites-vous ?
Ce fut le choc généralisé, tant chez les gays que chez ceux qui ont encore, Dieu merci, un tant soit peu une clairvoyance. Il s’agit d’une première. C’est ce qui peut expliquer la forte médiatisation que cette affaire a connue. Je dis, pour ma part, que cela a quand même eu le mérite, quoique maladroitement, de poser la question homosexuelle sur la place publique. Personne ne veut en parler, et ceux qui comme moi l’osent, sont taxés de pédés, d’idéologues et mêmes menacés dans leur carrière professionnelle. On ne peut plus se permettre en Afrique de croire que les démocraties vont se limiter aux débats de politiques politiciennes. Plus que jamais, il est question de poser le problème des libertés individuelles, de la laïcité, de l’avortement et de la place des homosexuels. Malheureusement, la démocratie nous a été imposée sans que l’on ne soit préparé à cette culture du débat de la "res publica" et des choses qui la concerne.
Propos recueillis par Jean-François Laforgerie
Mis en ligne le 14/06/06
En quelques mois, le Cameroun a révélé un visage homophobe inquiétant. La libération, après plusieurs mois de détention arbitraire, de neuf gays présumés est une bonne nouvelle qui dissimule à peine le statut de bouc émissaire de l’homosexualité dans ce pays où les homosexuels tentent de s’organiser. De présumés homosexuels qu’on pourchasse au mépris des règles de droit, des listes de dénonciation de gays publiées dans les quotidiens, des lycéennes lesbiennes qu’on place en détention : le Cameroun a donné, ces derniers mois, un visage effrayant de ce que l’homophobie peut être et provoquer comme dégâts.
Certes la libération de neuf homosexuels présumés le 12 juin est une bonne nouvelle mais elle dissimule mal l’attitude d’une justice sans éthique qui poursuit sans preuve et fait de l’homosexualité un bouc émissaire bien pratique. "Les arrestations dont ont été victimes mes clients ont tout de l’arbitraire et constituent de véritables voies de fait, elles-mêmes constitutives de violations graves des libertés, explique maître Alice Nkom, leur avocate. Elles ont engendré plus de publicité, plus de tapage et plus de manipulation sur la question homosexuelle cette année que les années précédentes. Les médias ont mélangé homosexualité, chômage, pauvreté, sectes, franc-maçonnerie et hommes de pouvoir pour que le sujet prenne cette ampleur. Il a été facile pour le public de se sentir concerné par l’homosexualité ainsi rendue responsable de tout ce dont il souffre actuellement."
"La population camerounaise n’est pas plus homophobe qu’ailleurs, explique Steave, co-fondateur de la récente ONG Alternatives-Cameroun qui entend défendre et aider les homosexuels, mais les événements récents comme l’assassinat d’un jeune collégien gay, la publication de listes d’homosexuels présumés, l’affaire des neuf, l’exclusion de collégiennes lesbiennes ont créé un sentiment homophobe fort, et ce d’autant que le code pénal pénalise toujours les relations homosexuelles, y compris entre adultes consentants." Tolérants envers les travestis, nombreux, les Camerounais ne visent pas spécifiquement les gays. Ce n’est pas le cas de l’Eglise ou de la police qui arrête les homos, leur fait du chantage et cherche à leur extorquer de l’argent.
"Les gays doivent hélas rester discrets s’ils veulent pouvoir vivre sans crainte du rejet, rappelle Steave. Dans la famille, dans le quartier, c’est la discrétion qui prime. Les lieux gay sont peu nombreux et il est difficile de trouver à qui parler. C’est la raison qui nous a poussés à créer Alternatives-Cameroun pour aider les homosexuels qui connaissent des difficultés notamment juridiques et soutenir et rassurer ceux qui ne savent pas comment faire pour s’assumer."
Jean-François Laforgerie
>> En appel
Les neuf homosexuels présumés, détenus depuis plusieurs mois à Yaoundé, ont finalement été libérés le 12 juin. Deux d’entre eux ont été relaxés et les sept autres ont été condamnés à dix mois de prison ferme, une peine couverte par la détention provisoire. Ce verdict surprend alors que ces neuf homme, dont un a été tabassé en prison, avaient été relaxés une première fois faute de preuves et de témoins. Le parquet avait alors fait appel pour le rejuger. Cette fois, c’est leur avocate maître Alice Nkom, qui entend faire appel de cette condamnation.
>> Collégiennes exclues, l’autre affaire
Alors même que les "neuf" étaient toujours en prison sans soin particulier (l’un d’eux est atteint du sida), des collégiennes ont, elles aussi, été victimes d’homophobie. Steave, responsable de l’ONG Alternatives-Cameroun,raconte. "Tout est parti d’une dispute amoureuse entre deux filles dans un collège, le cCollège privé Eyengue Nkongo de Douala. Le principal est intervenu et a traduit les deux filles en conseil de discipline. C’est là qu’il a compris la nature de leur dispute et de leur relation. Elles ont été sommées de donner la liste des autres élèves qui, comme elles, étaient lesbiennes. Elles ont été exclues et certaines, dont les noms figuraient sur la liste, aussi. Au total, treize collégiennes ont été renvoyées. Une a même été rejetée par sa famille. Elle a finalement été hébergée par sa grand-mère qui n’a rien trouvé de mieux à faire que de porter plainte pour "détournement de mineur" contre la petite amie de sa petite fille. Cette plainte a conduit à l’arrestation de trois jeunes filles qui sont toujours en prison. Leur avocat attend beaucoup de l’entrée en vigueur du nouveau code pénal, normalement début août, qui renforce la présomption d’innocence et devrait permettre d’éviter la longue incarcération dont ont été victimes les "neuf"".
Mis en ligne le 14/06/06
La chasse aux homosexuels se propage au Cameroun au sein des écoles et universités. Après la campagne anti-gay menée par les journaux du pays, la campagne anti-gay gagne donc d’autres secteurs de la vie sociale du pays.
Ainsi 30 étudiants ont été expulsés de leur école à Douala. Plusieurs collèges ont transmis à la police des informations sur certains de leurs étudiants. Selon, les médias locaux, la plupart des étudiants concernés sont des femmes. L’homosexualité est illégale au Cameroun et punie de peines de 5 mois à 6 ans de prison.
Mis en ligne le 21/03/06
Des journaux à scandale camerounais ont lancé une chasse aux homosexuels du pays en publiant des listes de personnalités politiques, culturelles et religieuses accusées de "déviances".
Depuis la mi-janvier, plusieurs journaux à sensation –dont les tirages se sont envolés- se sont lancé dans une surenchère, révélant les noms de ministres et hauts responsables, de religieux et d’artistes qui, selon des sources jamais identifiées, auraient eu des rapports avec des personnes du même sexe pour obtenir divers avantages.
Le ministre de la Communication, lui-même cité, a critiqué ces "outing", se contentant de répliquer qu’"il sera difficile d’en apporter la preuve devant les tribunaux".
L’affaire devrait prendre un tour judiciaire, de nombreuses personnes visées ayant porté plainte.
L’homosexualité est interdite par le code pénal camerounais, qui prévoit des peines de six mois à cinq ans de prison et des amendes pour "toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe". Ces peines sont régulièrement appliquées par la justice. Néanmoins, des voix indépendantes se sont élevées pour lancer un débat sur la dépénalisation de l’homosexualité au Cameroun.
Cette chasse aux prétendus homosexuels pourrait cacher des rivalités politiques alors que des changements politiques se profilent dans le pays.
Mis en ligne le 02/02/06

"Il y a continuité et non rupture du plus masculin au plus féminin. Il n’existe pas de critère qui, seul, permette de dire s’il s’agit d’un homme ou d’une femme." Guillaume Carnino