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Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !

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Maroc (4)

Riham, Amira… Elles racontent leur vie de lesbiennes au Maroc

Têtu par Habibou Bangré 13 octobre 2010

ENQUÊTE. Dans ce pays du Maghreb, l’amour lesbien semble tellement inimaginable que celles qui s’y adonnent bénéficient d’une certaine tranquillité. Mais gare à celles qui prennent le risque de vivre leur homosexualité au grand jour…

Riham, Amira et Jacky sont marocaines et lesbiennes, et cela peut leur coûter cher.
Jusqu’à trois ans de prison, sans compter l’exclusion familiale et les attaques physiques et verbales.
Comment vivre son amour dans un tel climat ? Une seule option : la discrétion.

« J’ai toujours senti que j’étais attirée par les filles, raconte Riham*, pétillante adolescente marocaine.
A l’âge de 12 ans, j’ai rencontré une amie qui était lesbienne et qui est tombée amoureuse de moi.
J’ai voulu essayer cette relation et je me suis aperçue que mes sentiments pour elle étaient réels…
C’était ma première expérience. »
Une expérience illégale. Dans le Royaume chérifien, l’homosexualité est passible de trois ans de prison et la société perçoit d’un mauvais œil les relations gays et lesbiennes - les jugeant proscrites par l’islam, la religion d’Etat.
Difficile de se rencontrer
En conséquence, les femmes, comme les hommes, peinent à trouver une moitié.
Et ce même si « dans cette société qui n’autorise pas le contact entre des personnes de genre différent, il est plus facile de trouver une intimité avec une personne de son sexe », relève Jacky*, l’une des administratrices du groupe lesbien Menna w Fena (« De nous et en nous », en arabe).
Un paradoxe qui peut se révéler frustrant. Très frustrant.

« Beaucoup de lesbiennes aiment aller au hammam juste pour voir des femmes nues.
Personnellement, je n’aime pas faire ça et je ne pense pas que le hammam soit un lieu pour rencontrer ou connaître des lesbiennes », explique Amira*, 19 ans.
Lesbiennes invisibles
Où draguer ? Faute de lieu dédié, on se rabat sur les cafés, les night clubs… bondés d’hétéros. Pas simple.
Résultat, « la plupart des filles rencontrent leur copine sur Facebook ou sur d’autres sites.
Il y a aussi le réseau, comme les amies qu’on a en commun », raconte Riham, qui entretient une relation longue-distance sur le Web avec une Egyptienne.

Quant à la sexualité, le Dr Mohamed Maidine, sexologue à Casablanca, estime que les mithliya (« lesbiennes », en arabe) sont mieux loties que les gays.
« Une fille peut se rendre chez une copine sans qu’il y ait de soupçon sur des relations sexuelles », résume-t-il.
Peut-être parce que ces relations sont totalement occultées.
Une sociologue Séquestrations ou mariages forcés
« Très souvent, quand on parle de l’homosexualité, on pense plus aux hommes qu’aux femmes, observe la sociologue Sanaa El Aji.
Ces dernières étant considérées comme objet sexuel désiré, l’imaginaire populaire n’envisage pas qu’elles puissent avoir une sexualité en dehors de l’homme, qu’elles puissent avoir des envies et désirer elles aussi… »

Dans ce contexte de répression et d’invisibilité, certaines refoulent leur sexualité – avec à la clé de graves troubles psychiques.

Riham et Amira, elles, ont choisi de concilier, tant bien que mal, leur religion et leur sexualité.

Mais sans sortir du placard ou confirmer les doutes des leurs.

Car, outre la prison et l’exclusion familiale, celles qui bravent l’ordre établi ou sont outées risquent la discrimination, les brimades, les attaques physiques ou verbales.

Autre violence : « Les proches peuvent enfermer la fille à la maison ou considérer que sa sexualité est un péché et la pousser à se marier pour résoudre le problème », raconte Jacky, 23 ans.

Communauté en ligne

Une situation que la militante a peut-être frôlée.
En couple depuis quatre ans, elle avait un jour confié la nature de son amour à un proche « parce qu’il n’était justement pas marocain, arabe ou musulman, mais européen ». Erreur.

Son confident s’est empressé d’avertir toute sa famille. Réactions : alors que sa grand-mère et ses tantes ont plaidé le droit à la vie privée, son oncle l’a vilipendée à coups de versets du Coran

Menna w Fena, émanation du groupe LGBT Kifkif, s’est précisément formé pour faire comprendre que l’homosexualité « n’est pas une défaillance sexuelle des femmes ».

Son site propose diverses informations, un espace de discussion et une assistance téléphonique le mardi soir – injoignable chaque fois que TÊTUE a composé le numéro.

Partir ou lutter

A terme, Menna w Fena espère surtout obtenir des droits pour les mithliya.

Pessimiste, Jacky pense que « cela prendra plusieurs décennies » avant qu’elles ne soient réellement prises en compte.

Elle envisage donc de quitter son pays, fatiguée de composer avec sa famille et celle de sa partenaire, qui tentent de les séparer sans être explicitement au courant de leur relation.

Quant à Riham, elle se sent plus sereine. Il faut dire que son secret pèse bien moins lourd depuis que ses amis la soutiennent.

« Au départ, ils essayaient de me dire que ce que je ressens n’est pas vrai, que ce n’est pas une bonne route, que c’est une crise d’adolescence.

Aujourd’hui, ils acceptent ma sexualité et me demandent même comment ça se passe avec mes copines ! » *Le prénom a été changé.

Brahim, Mister Gay Octobre : « Je voudrais montrer l’image d’un Maroc qui bouge »

Par TÊTU 12 octobre 2010

Avec Frédéric, Brahim est l’autre vainqueur ex aequo du concours Mister Gay Octobre. Deux gagnants assez atypiques : l’un est papa de jumeaux, et l’autre habite Casablanca, où l’homosexualité reste taboue. Brahim nous en dit plus sur sa vie de gay au Maroc.

Ce mois-ci, Frédéric et Brahim sont les deux gagnants ex aequo au concours Mister Gay Octobre. Qu’à cela ne tienne, il y aura donc deux interviews de vainqueurs ! Après Frédéric (« Mes enfants sont fiers de leur papa ! »), voici Brahim qui en dit un peu plus sur lui et sa vie au Maroc. Il nous offre en outre quelques nouvelles photos de lui, à découvrir en bas de page.

TÊTU : Brahim, peux-tu te présenter en quelques mots ?
J’ai 21 ans, je suis étudiant en coiffure et je prends des cours du soir de français à Casablanca, ma ville.

Tu nous as dit que ton copain était Français. Comment vous vous êtes rencontrés ?

Mon ami vit ici au Maroc. Nous nous somme rencontrés sur un chat, la première fois. Je ne savais pas s’il cherchait juste un plan ou une vraie relation alors je l’ai laissé venir… et après plusieurs échanges de messages et de coups de téléphone, nous avons décidé de nous rencontrer.
C’était un dimanche après-midi, il y a six mois, et depuis nous ne nous sommes plus quittés… dans tous les sens du terme car j’ai du coup emménagé chez lui !

Tu connais la France ? Tu es déjà venu à Paris ?

J’adore Paris à travers les films notamment, mais je n’ai pas encore eu la chance d’y aller. J’espère que cela va bientôt changer !

« Être sur le site de TÊTU peut représenter un risque, mais je l’assume. »
Quelle est la situation des gays au Maroc ? Quelle a été ta propre expérience ?

Il existe toujours un tabou très fort sur l’homosexualité au Maroc : peu de gays s’assument réellement même si l’homosexualité est très présente dans notre société.
Beaucoup de garçons se définissant comme hétérosexuel peuvent avoir des relations avec d’autres garçons avant le mariage.
Et puis un jour, la pression de la société et surtout de la famille les rattrapent, et alors ils se marient et ont des enfants. Pour beaucoup d’entre eux ici, l’homosexualité se définit plus par le comportement actif ou passif dans une relation sexuelle…
Il existe aussi beaucoup de prostitution ou de relations entre garçons motivés par l’argent…
Si vous venez au Maroc, méfiez-vous des garçons trop faciles qui sont souvent intéressés.
Pour ma part, je m’assume en tant que gay avec mon ami et dans notre entourage amical proche, mais ma famille n’est pas au courant.

Mais est-ce que ce n’est pas risqué pour toi d’être affiché sur le site de TÊTU, en tant que Mister Gay ?
Ça peut représenter un risque, mais je l’assume. Je ne revendique pas le fait d’être gay mais si cela peut contribuer à la visibilité gay au Maroc, tant mieux.

Pourquoi as-tu souhaité participer au concours ?

C’est mon ami qui a eu l’idée : il me disait que je pouvais beaucoup plaire aux Français et il adore me prendre en photo.
Visiblement il ne s’est pas trompé et j’ai été très heureux d’être sélectionné puis de gagner le concours !

Est-ce que tu t’attendais à remporter le titre ?
Moi non, mais mon copain oui : il était sur que j’allais gagner dès qu’il a envoyé les photos !

Qu’est-ce qui a joué en ta faveur selon toi ?
Je ne sais pas vraiment, peut être mes yeux… Mais je pense que les photos un peu sexy m’ont beaucoup aidé.

Tu as envie de faire passer un message à ceux qui ont voté pour toi ?
Tout d’abord je tiens à les remercier : Français, Marocains ou autres, j’ai été très touché par vos votes et très heureux de remporter l’élection.
Je voudrais montrer l’image d’un Maroc qui bouge où les mentalités évoluent, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir… Inch Allah comme on dit chez moi !

Des gays et des lesbiennes réclament l’abrogation de l’article 489 du code pénal

http://yagg.com/2010/08/03/maroc-de…

Publié par Judith Silberfeld
Une pétition réclamant l’abrogation de l’article 489 du code pénal marocain a été lancée via Facebook.
L’objectif, selon le magazine homo Mithly, est de recueillir 10000 signatures puis de présenter le texte aux autorités.

Selon l’article 489 du code pénal, « est puni de l’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 200 à 1000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ».

Maroc : « Mithly » aura toujours une version papier

Têtu par Habibou Bangré 26 mai 2010,

INTERVIEW. L’un des fondateurs de ce magazine gay marocain dément une « fausse information » des islamistes selon laquelle il ne serait plus diffusé que sur internet.
Samir Bargachi confie aussi les points forts du prochain numéro.

Mithly est très populaire. Le premier numéro du seul magazine LGBT du monde arabe – tiré en avril à 200 exemplaires, faute d’autorisation officielle – s’est rapidement épuisé. Quant à la version web, elle comptait 500.000 visiteurs marocains au terme du mois de lancement.
Accueil également chaleureux en Algérie, en Tunisie et en Egypte.

Cependant, les détracteurs donnent de la voix. Les autorités saoudiennes ont ainsi bloqué l’accès à mithly.net.
Au Maroc, où l’homosexualité est passible de trois ans de prison, les islamistes stigmatisent le média créé par le groupe LGBT Kifkif.
Mais l’équipe ne veut pas baisser les bras et prépare son prochain numéro (versions papier et web) pour début juin. Les précisions de Samir Bargachi, coordinateur général de Kifkif, installé en Espagne.

TÊTU : Mithly ne plaît pas beaucoup aux islamistes…

Samir Bargachi : Le journal (islamiste) Attajdid a fait circuler une information complètement fausse, disant que Mithly ne sera désormais plus qu’une version internet. En fait, Mithly aura toujours une version papier, mais pas tous les mois.
Par ailleurs, à plusieurs reprises, Attajdid a parlé des membres de Kifkif de façon très négative.
Et il met aussi souvent en danger la vie des membres du groupe – dont certains sont connus – en publiant leur photo, leur nom et leur prénom.

Le deuxième numéro de Mithly, uniquement en ligne et en arabe, consacre un dossier au suicide chez les homos marocains.

Qui sont ceux qui ont tenté de mettre fin à leurs jours ?

Il y a notamment le témoignage d’homosexuels des camps de réfugiés sahraouis à Tindouf (Sud algérien, ndlr).
Ils se sont enfui parce qu’ils avaient beaucoup de difficultés pour vivre leur homosexualité mais, une fois rentrés de façon illégale au Maroc, ils rencontraient des problèmes avec des membres de leur famille, très conservatrice.
Il y a aussi le témoignage de Marocains qui ont quitté leur pays après une tentative de suicide, en espérant qu’à l’étranger ça irait mieux.

A quoi sera consacré le prochain dossier ?

A la gay pride au Maroc, le 27 juin, et à sa célébration dans le reste monde arabe.

Au Maroc, il n’y a pas une gay pride dans la rue mais beaucoup d’activités alternatives et symboliques organisées par les membres de Kifkif.
Pour cette édition, il y aura une pièce de théâtre privée et une cérémonie de chandelles.
L’idée est que chacun se prenne en photo avec une chandelle et qu’ensuite nous mettions la photo sur notre site
.

Nous avons lancé ce concept il y a trois ans parce que le PJD (Parti pour la justice et le développement, islamiste) disait que les homosexuels n’existaient pas au Maroc : nous voulions lui montrer qu’il avait tort.

« Mithly » : la revue gay qui bouscule le Maroc

Par Rue89 lundi 19 avril 2010,

C’est une première en Afrique : un magazine gay mensuel vient de paraître au Maroc, accessible sur internet, mais aussi en version papier, vendue clandestinement dans le pays. Une vraie révolution dans ce pays où l’homosexualité est encore punie de prison.

www.afrik.com/article19508.html

Par Zineb El Rhazoui

Beaucoup ont d’abord cru qu’il s’agissait d’une blague lorsque, le 1er avril, est paru le premier magazine homo du monde arabe.
« Mithly » est un jeu de mots : le titre signifie à la fois « homo » et « comme moi » en arabe.

La publication qui fait figure de véritable révolution dans les milieux des activistes libertaires se passe sous le manteau.
La version papier a été tirée en 200 exemplaires, imprimés à Rabat, en toute clandestinité.

A l’origine, Samir Bargachi, coordinateur général de Kif-Kif, l’association de défense des LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) marocains.
L’éditorialiste de Mithly raconte : « C’était tout simplement impossible d’obtenir un numéro de dépôt légal et une autorisation de publier. »

5 000 homosexuels auraient fait de la prison depuis l’indépendance L’article 489 du Code pénal marocain punit de six mois à trois ans d’emprisonnement et d’une amende « les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe ».
Selon l’association Kif-Kif basée à Madrid, plus de 5 000 homosexuels auraient ainsi purgé des peines de prison depuis l’indépendance du Maroc en 1956.

C’est sur le site Internet de Mithly que les fondateurs du mensuel misent pour toucher un plus grand lectorat.
Le support en langue arabe est financé par l’Union européenne et, à but non lucratif, il a pour objectif d’apporter une note arc-en-ciel dans espace médiatique ultra-stigmatisant.

Selon ses initiateurs, Mithly est avant tout un espace d’expression pour une communauté en souffrance.
Une catharsis salutaire pour une frange de la population persécutée à la fois par l’Etat et par les conservateurs.
Dans la presse arabophone, un homo est communément appelé « Chaddh » (pervers).
Seules quelques voix isolées insistent pour utiliser le terme « Mithly », au risque de passer pour des chantres de la dépravation.

D’ailleurs, l’arrivée de la publication est vécue comme une calamité par les conservateurs, un signe de la fin des temps.
Pourtant, point d’éphèbe qui pose nu, ni d’imagerie homosexuelle explicite, juste du texte et quelques discrètes illustrations.

Être homosexuel au Maroc Par Djamel Belayachi , Afrik.com 2010-05-08

Interview de Samir Bergachi, fondateur du premier magazine homosexuel marocain : "Mithly

Samir Bergachi n’a pas froid aux yeux. Ce jeune marocain, âgé d’à peine 23 ans, ne se contente pas de vivre son homosexualité à visage découvert dans un pays où elle est considérée comme un crime.
Il dirige depuis 6 ans déjà la première association d’homosexuels marocains, Kif-kif.
Et il y a tout juste un mois, le 1er avril, il a jeté un véritable pavé dans la mare : Mithly, le premier mensuel gay du monde arabe. Certains l’exècrent franchement. D’autres restent admiratifs devant tant de courage.

Il est le fondateur du 1er magazine gay du monde arabe, Mithly, qui n’en finit pas de défrayer la chronique depuis sa sortie le 1er avril. Samir Bergachi, coordinateur général de Kif-Kif, une association de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) marocains, créée en 2004, a lancé ce mensuel pour que les homosexuels aient eux aussi le droit de s’exprimer, exposer leur point de vue.
Les milieux conservateurs marocains, hostiles à l’homosexualité, qu’ils considèrent comme une déviance, ne voient pas l’arrivée de cet ovni journalistique d’un très bon œil.
L’Etat considère lui l’homosexualité comme un délit.
Les gays marocains sont ainsi pris entre le marteau de l’appareil judiciaire et l’enclume du courroux islamiste.
C’est pour cette raison que la rédaction de Mithly et le siège de Kif-Kif sont basés à Madrid, en Espagne.
La presse indépendante et les associations ont « globalement bien accueilli » le magazine, tient toutefois à préciser Samir Bergachi. Le premier numéro a été imprimé et distribué clandestinement à Rabat.
Les concepteurs du projet souhaitent concentrer leurs efforts sur la version Internet, pour des raisons de commodité. Le 1er numéro de Mithly consacre plusieurs articles au chanteur britannique Elton John, dont la participation au festival Mawazine, prévu du 21 au 29 mai à rabat, a suscité l’ire des islamistes, en raison de son homosexualité.
Le chanteur devrait rencontrer les militants de Kif-Kif avant de monter sur scène. Samir Bergachi y voit une de reconnaissance implicite par les autorités du mouvement gay au Maroc. « Nous avons remporté une bataille », jubile-t-il.

Afrik.com : Comment avez-vous eu l’idée de créer un magazine homosexuel ?

Samir Bergachi : Il existe, depuis 5 ans, un débat autour de l’homosexualité au Maroc.
Mais les médias traditionnels ont tendance à faire dans le sensationnel quand il s’agit de traiter de ce sujet. Avec Mithly, nous avons la possibilité de donner le point de vue des homosexuels, l‘opportunité de dialoguer directement avec la société.

Afrik.com : Le premier numéro de votre magazine a été distribué sous le manteau au Maroc, selon plusieurs journaux. Comment cela s’est-il passé ?

Samir Bergachi : Nous avons imprimé 200 exemplaires que nous avons distribués à des gens que nous connaissions déjà. Mais nous n’avons fait cela que pour laisser une empreinte dans l’histoire du militantisme gay au Maroc -
nous souhaitons nous concentrer sur la version Internet. Cela s’est passé dans des conditions difficiles, dans la mesure où il est existe des lois très strictes réprimant l’homosexualité (de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement ainsi qu’une amende). Mais, heureusement, nous n’avons pas rencontré de problèmes. Nous prévoyons de faire la même chose avec le prochain numéro.
Nous allons distribuer 200 exemplaires à un public cible. Cette idée n’a toutefois pas d’avenir.

Afrik.com : Avez-vous effectué des démarches officielles pour obtenir l’autorisation de publier ?

Samir Bergachi : Nous n’avons pas officiellement demandé l’autorisation de publier. Par contre, nous avons eu des contacts indirects avec les autorités, qui sont restés sans réponse. Nous en avons donc conclu que nous n’aurions pas d’autorisation. Nous n’avons pas d’existence au plan officiel au Maroc. Nous travaillons avec beaucoup d’associations, mais l’Etat refuse de reconnaitre notre existence.

Afrik.com : Votre parcours en tant que militant pour la cause gay a commencé bien avant Mithly. Avec le mouvement Kif-Kif, dont vous êtes membre fondateur…

Samir Bergachi : L’idée de créer Kif-Kif est née à la suite d’un incident survenu en 2004 à Titouane.
La police avait arrêté 42 homosexuels lors d’une fête d’anniversaire. L’affaire avait fait scandale dans la presse.
Les associations, qui avaient l’habitude d’intervenir sur des questions de droits de l’homme, s’étaient malheureusement tues.
Des étudiants ont été chassés des universités, des jeunes de leurs maisons
.
Nous nous sommes dits, avec des amis qui militaient dans diverses associations, qu’il fallait faire en sorte que cela n’arrive jamais plus. Nous avons tenu notre congrès constitutif à Tanger deux mois après les faits, et mis en place un plan pour essayer de réintégrer ces jeunes dans la société.

Afrik.com : En quoi consistent les activités de Kif-kif ?

Samir Bergachi : Nous menons plus de 90% de nos activités au Maroc. Des activités culturelles, éducatives, des cours d’éducation sexuelle.
Nous travaillons aussi avec des psychologues, des médecins.
Parfois, les homosexuels sont mal accueillis par les médecins.
Alors, nous les orientons vers des médecins qui travaillent avec nous.
Notre travail consiste en outre à aider à faire émerger une culture de l’homosexualité au Grand Maghreb, où elle est inexistante.

Il faut dire que nous démarrons de zéro. Tout est à faire (rire).

Afrik.com : Votre magazine a suscité l’indignation d’une partie de la presse marocaine, et de certaines personnalités politiques. Y a-t-il une compagne médiatique contre Mithly ?

Samir Bergachi : En fait, il y a eu deux campagnes. D’une part, beaucoup ont considéré que notre initiative était naturelle, et n’y ont vu aucun problème.
Les associations et la presse indépendante ont globalement bien accueilli Mithly.
Je pense, entre autres, à l’Association marocaine des droits de l’homme, à l’hebdomadaire Nichan, Tel Quel…
Il y a aussi bien sûr une autre presse, conservatrice, avec des préjugés religieux, opposée à l’homosexualité, et qui ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée de ce magazine.
Mais il s’agit d’une campagne ininterrompue qui dure depuis 2005. Nous y sommes habitués. C’est devenu ordinaire (rire).
Je suis en outre assez mécontent de la façon dont une certaine presse occidentale a couvert la sortie du magazine. A les lire, on croirait qu’au Maroc les gens se déplacent encore à dos d’âne. On m’a parfois posé des questions choquantes.
Du genre : "Est-ce que vous êtes menacés de mort ? Es-ce qu’on cherche à vous tuer ? ". Il est clair qu’il y a beaucoup de gens qui ne m’aiment pas, mais cela n’a jamais atteint le stade de la violence.

Afrik.com : Le Maroc est un pays à majorité musulmane. Or, Beaucoup de musulmans considèrent que leur religion est contradictoire avec le fait d’être gay. Pensez-vous que l’homosexualité soit compatible avec l’Islam ?

Samir Bergachi : Nous n’avons pas de réponse à ce genre de question.
Nous sommes une association moderniste et laïque.
En outre, il n’y a pas que des musulmans qui stigmatisent l’homosexualité.
En Espagne, il y a seulement 30 ans (sous le régime national-catholique de Franco, ndlr), ils étaient condamnés à mort.
A mon avis, il n’y a pas de contradiction entre l’islam et l’homosexualité. _ Il y a dans notre association des lesbiennes qui portent le voile et qui vivent leur vie normalement, sans se sentir en contradiction avec la religion. Je n’ai en tout cas aucune réponse à cette question. Je ne suis pas un homme de religion.

Afrik.com : Quels sujets le prochain numéro de Mithly va-t-il aborder ?

Samir Bergachi : Nous allons consacrer notre une au phénomène du suicide chez les homosexuels.
Nous avons réalisé une enquête sur le sujet et avons découvert que le taux de suicides est de 20% parmi les gays.
Ce qui est vraiment inquiétant. Il faut que l’Etat intervienne.
Nous avons aussi prévu un reportage sur une transexuelle algérienne, qui s’appelle Randa, et qui vient de sortir un livre.
Sans oublier le festival de Mawazine au Maroc où sera présent le chanteur Elton John.

Afrik.com : La participation du chanteur britannique Elton John, qui ne fait mystère de son homosexualité, a provoqué la colère des conservateurs récemment. L’un des responsables du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdellah Baha, a déclaré que sa venue était une forme d’« incitation » à l’homosexualité au Maroc. Où en sont les choses aujourd’hui ?

Samir Bergachi : Elton John sera présent au festival, et il devrait nous recevoir avant son concert. Les autorités marocaines, trop soucieuses de leur image à l’étranger, ne peuvent pas l’en empêcher. Et c’est une forme de reconnaissance pour le mouvement gay au Maroc. Nous avons remporté une bataille (rire). Elton John devrait d’ailleurs prendre la parole pour parler du sujet avant de chanter. Il y aura des surprises !

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Citations

Il n’y a pas de prétendue « nature féminine » préexistant aux conditions sociales qui produisent les femmes en tant que femmes. Guillaume Carnino.

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