Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Skip to content | Skip to the menu | Skip to search
Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
Écrit par Béatrice Toulon, 04 Juillet 2011 www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/parite/1220-maroc-une-nouvelle-constitution-et-legalite-
La nouvelle Constitution a été massivement approuvée par referendum au Maroc. Elle propose une monarchie constitutionnelle et affirme l’égalité hommes femmes. Vraiment ?

C’est peut-être une question d’ambiance, très pacifique au Maroc.
En tous cas, les filles y occupent la rue presqu’autant que les garçons.
En jean-tee-shirt ou foulard sur la tête, on pouvait les voir sur Al Jazeera ces dernières semaines, crier les slogans repris par la foule dans les manifestations.
Généralement membres du Mouvement du 20 février, né dans l’éclosion du printemps arabe, elles appelaient à boycotter le référendum du 1er juillet sur la nouvelle Constitution. Sans se faire d’illusions.
Comme prévu, le texte a été adopté à plus de 95% et 70% de participation, officiellement.
Le Maroc a beau être une monarchie solidement installée depuis 400 ans, Mohammed VI a senti le vent du boulet, comme tous les chefs d’Etat arabes, lors de l’embrasement tunisien de janvier dernier.
Mais après une série de manifestation/discours-du-roi/manifestation/discours-du-roi, il a présenté, à la surprise générale son projet de Constitution le 17 juin en vue d’un référendum le 1er juillet.
Pour un pays où 60% de femmes et 40% des hommes sont analphabètes, treize jours ce n’est pas beaucoup pour comprendre de quoi il retourne.
La nouvelle Constitution met en place une sorte de monarchie constitutionnelle. De quoi faire se retourner dans son mausolée Hassan II, monarque absolutiste auquel Mohammed a succédé en 1999.
Libertés publiques
Mais au Maroc aussi, les temps changent.
Le texte prévoit une plus grande séparation des pouvoirs, avec un premier ministre issu du parti vainqueur aux élections, un pouvoir judiciaire plus indépendant, le respect des libertés publiques, l’abolition de la torture et des tribunaux d’exception, le droit d’expression et l’égalité hommes-femmes.
Mais si la personne du roi n’est plus sacrée, elle demeure « inviolable », il a le droit de dissoudre le parlement, il garde le pouvoir sur les orientations stratégiques, il préside le Conseil suprême judiciaire, sans parler de son pouvoir absolu religieux et militaire.
Enfin, il n’a pas instauré la liberté de croyance demandée par les manifestants, ce qui maintient l’Islam comme religion d’Etat.
L’influence de la Charia dans certains domaines comme la polygamie est rendue plus compliquée mais pas strictement interdite.
« Pour la première fois, la Constitution pose les fondations d’un Etat moderne », s’enthousiasme Marrocans for a change, un site politique.
« Disons que c’est une première étape vers la démocratisation », tempère Mustafa El Kalfi, professeur d’université. « Cosmétique », tranche Nabila Ramdani, journaliste, convaincue que cette réforme ne s’appliquera pas dans les faits, faute de volonté politique et des structures capables de la mettre en œuvre.
Le déroulement du référendum, sans contrôle et très contesté par l’opposition, n’augure pas vraiment d’un changement de mentalité…
Plus qu’à un texte qu’ils n’ont généralement pas lu, les Marocains ont dit « oui » au roi.
Toujours populaire (c’est son entourage qui est accusé de corruption et de rapacité), le roi est le commandeur des croyants, le symbole même de l’identité nationale. Et il leur a quasiment ordonné de voter « oui ».
Mais les Marocains veulent avant tout éviter le bazar des pays voisins.
L’égalité hommes-femmes n’est pas la partie la plus populaire du projet dans une société largement religieuse et conservatrice, à l’exception de milieux urbains, aisés et occidentalisés.
« Pour les Marocains, l’égalité des sexes n’existe pas dans le Coran.
Elle n’a pas été voulue par Dieu, explique un étudiant en histoire de l’université de Rabat, et il faut dire que cette mentalité est partagée par un grand nombre de femmes. »
Le travail des femmes est considéré comme secondaire
Si 23 % des femmes travaillent aujourd’hui (surtout dans le secteur public, enseignement et santé essentiellement), c’est plus par nécessité que par esprit d’ouverture.
« Le travail des femmes en-dehors de la maison est considéré comme secondaire et acceptable uniquement lorsqu’il est nécessaire », explique Siham Ali, sur le site Magharebia à Rabat.
A écouter les femmes raconter leur vie professionnelle, on se croirait en France, en plus difficile. Enfin pas toujours : les salaires féminins ne sont que de 8% inférieurs aux salaires masculins (27% en France).
C’est plutôt la quasi-impossibilité de monter dans l’échelle des responsabilités qui soulève la colère féminine, visible sur les nombreux sites qui ont éclos ces derniers mois.
« On m’a fait comprendre indirectement que la responsabilité est plutôt masculine », témoigne Hakima pleine de rage d’avoir tout sacrifié à une promotion qui n’est jamais venue.
Et au Maroc, comme dans de très nombreux pays pas seulement musulmans, « sacrifier » veut dire beaucoup pour les femmes dont la « réussite » se mesure encore au mariage contracté à la capacité à faire des fils.
De nombreuses organisations de défense des droits des femmes veulent pourtant croire à un changement, même lent.
Elles considèrent comme une victoire les chapitres de la nouvelle Constitution qui consacre l’égalité entre les hommes et les femmes dans les droits civils, politiques, économiques, culturels et environnementaux.
« La Constitution prévoit des mesures, des mécanismes concrets de lutte contre toutes formes de discrimination », souligne l’Association Démocratique des Femmes du Maroc. Ce qui est nouveau.
Très pragmatiques, les organisations féministes marocaines s’étaient regroupées en mars dernier au sein d’une coalition, Le Printemps féministe pour l’Egalité, pour élaborer un mémorandum comprenant les revendications précises comme la suprématie des conventions internationales ratifiées par le Maroc, histoire de pouvoir faire d’éventuels recours.
Ces organisations féministes comptent bien maintenir la vigilance. L’application concrète des droits, c’est cela le problème au Maroc, comme celui de bien d’autres pays, sur les questions d’égalité hommes-femmes.
Un temps d’avance
Car si l’on s’en tient aux textes, même avant la nouvelle Constitution, les femmes marocaines n’étaient pas les moins bien loties du monde musulman. Loin derrière les Tunisiennes certes, mais bien devant les Algériennes qui n’en reviennent toujours pas de s’être fait à ce point avoir après la guerre d’indépendance.
Lors de l’indépendance marocaine, en 1956, la situation de femmes était délicate. Le système colonial, comme toujours, avait instauré sa loi sauf en ce qui concerne les affaires privées, code de la famille et statut personnel (la Moudawana) laissés aux imams.
« La laïcité était associée à la domination française, explique l’étudiant en histoire, la Moudawana, qui était restée sous l’autorité du roi était devenue le symbole de l’identité marocaine très associée à l’Islam. »
On a quand même fini par y toucher. Les femmes ont obtenu le droit de vote en 1963 mais il a fallu attendre les années 90 pour que commence leur émancipation.
Dans les textes. La Constitution de 1996 reconnaissait pour la première fois que « l’homme et la femme jouissent de droits politiques égaux ».
Il réformait l’ancien code de la famille qui faisait de la femme une mineure.
Une nouvelle réforme de ce code (la Moudawana) a même été opérée en 2004, qui faisait de la femme une presque-égale de l’homme.
Elle accordait à la mère une autorité égale à celle du père sur la famille, autorisait le divorce à la demande de l’épouse, limitait la répudiation (en la soumettant à l’accord du juge), la polygamie (en obligeant à l’accord de l’épouse) et améliorait ses droits en matière d’héritage.
Mais on est loin du principe à la pratique.
Beaucoup de ces lois n’ont pas même eu de décrets d’application. D’autres n’ont tout simplement pas été appliquées par les tribunaux.
Dans l’entourage du roi, comme dans les associations féministes, on sait que le problème, désormais, c’est l’application de la loi.
Les procédures judiciaires sont longues, coûteuses et souvent sans grande chance d’aboutir.
Libre exercice du culte, pas de croyance
Le sujet des femmes n’est pas que socialement délicat, il l’est aussi au plan politique. A partir des années 90, en même temps que les revendications des femmes, est montée l’influence des islamistes.
Le parti de la Justice et du développement (PJD), très influent chez les étudiants comme dans les campagnes même s’il n’a que quelques sièges au Parlement, joue le jeu du dialogue démocratique mais il réclame l’application de la Charia (la législation religieuse) qu’il juge la mieux adaptée à l’alliance modernité/identité.
Son leader Abdelilah Benkirane a ferraillé pour que l’Islam demeure la référence absolue de la nouvelle Constitution. « Les laïques veulent répandre le vice parmi ceux qui ont la foi. (…)
Ils veulent que la déviance sexuelle (l’homosexualité, ndlr) qui certes, a toujours existé, devienne répandue et qu’elle se proclame publiquement. (…)
Que celui qui porte en lui de tels immondices se cache, car s’il nous montre sa face, nous lui appliquerons les châtiments de Dieu. »
Et il a gagné, le texte ne prévoit que « le libre exercice du culte » et non de croyance, ce qui, concrètement, exclut la laïcité.
Un autre parti, délibérément hors-système mais très influent aussi, le Parti de la Justice et de la Charité, lutte aussi pour un Maroc strictement islamique en faisant le pari de sa modernité.
Paradoxalement, ces deux partis se sont révélés jusqu’à ce jour les plus ouverts à la participation des femmes. Le PJD compte 25% d’élues contre 12% en moyenne pour les autres.
Le PJC est d’ailleurs dirigé par une femme Nadia Yassine, une sorte de Marine Le Pen islamique : elle est avant tout l’héritière de son père, le fondateur du parti, et conduit sa modernisation sans renier les fondements créés par le papa.
Nadia Yassine n’hésite pas à se dire « féministe islamique », à affirmer que le Maroc est un « pays de machos » et qu’une lecture bien comprise du Coran réclame la participation active des femmes.
Mais pas l’égalité. Ces partis ont créé des sections féminines et cantonnent les femmes à des problématiques de femmes…
Il n’empêche, ils leur permettent d’entrer dans la sphère publique sans renier leur foi. Et cela marche. Beaucoup de femmes se réclament de ces partis religieux…
En fait, les islamistes ont su se positionner vis-à-vis des femmes.
Ce qui n’est pas le cas du reste du monde masculin, politique, économique et sociétal, coincé entre la reconnaissance d’aspirations légitimes et leur résistance à partager le pouvoir.
Et pourtant, il faudra bien, au Maroc aussi, y venir.
« La culture islamique est parfaitement compatible avec la modernité, explique Latifa Babdi, présidente de l’Union de l’Action Féminine (UAF), ancienne militante maoïste, les femmes sont essentielles à la modernisation et la démocratie.
Nous ne pouvons pas imaginer un véritable développement sans les femmes. »
Beaucoup d’entre elles ont découvert le pouvoir de l’action depuis quelques mois. La machine est lancée, difficile d’imaginer qu’elles y renoncent.
Écrit par Arnaud Bihel - 10 Mars 2011
C’est un tournant démocratique largement salué. Mercredi 9 mars, le roi du Maroc Mohammed VI a lancé le chantier d’une vaste réforme constitutionnelle, visant à renforcer l’expression de la démocratie et des droits de l’Homme.
Le rôle politique des femmes devrait être encouragé.
Mais les « difficultés liées aux mentalités » persistent.
Une nouvelle constitution, vers un régime plus démocratique et respectueux des droits de l’Homme.
Si la contestation reste limitée dans le pays, le roi du Maroc évolue dans le sillage des révolutions arabes.
Une commission pour la révision de la Constitution remettra ses conclusions en juin.
Un processus similaire à celui à l’oeuvre en Egypte.
Et, comme en Egypte, la question de l’égalité hommes-femmes ne pourra être passée sous silence.
Mercredi 9 mars, en évoquant les « fondements majeurs » du changement constitutionnel à venir, le roi Mohamed VI n’a pas inclus cette exigence d’égalité.
L’appel de l’Organisation marocaine des droits de l’homme (OMDH), qui avait demandé la veille d’« inscrire dans la constitution le principe d’égalité homme-femme, par rapport à tous les droits », n’a pas été entendu.
Le roi a toutefois, dans une première partie de son discours, promis de renforcer la participation des femmes dans la sphère politique : « il convient de prévoir des dispositions à même d’encourager, par la loi, l’égal accès des hommes et des femmes aux fonctions électives » dans l’ensemble des assemblées élues.
Les textes et les faits
A ce jour, un quota de 12% est attribuée aux femmes dans les conseils communaux marocains.
Insuffisant, concluait un diagnostic établi en 2010 : les femmes élues interrogées réclament l’augmentation de ce quota, et remarquent qu’il ne leur a pas « permis l’accès aux postes de responsabilité directe et à la prise de décision au sein de ces conseils. »
L’OMDH appelle également le Maroc à agir pour rendre effectives les dispositions du code de la famille (communément appelé "Moudawana").
Réformé en 2004, le nouveau code supprime les disposition patriarcales du mariage, et porte notamment à 18 ans au lieu de 15 ans l’âge légal du mariage des femmes.
Mais l’application dans les faits de ces nouvelles règles reste soumise à des « difficultés liées aux mentalités », souligne l’ONG.
Le ministre marocain de la Justice reconnaissait en novembre que les mariages traditionnels concernent toujours des filles de 13 ou 14 ans.
Plus de 30 000 mineures seraient encore contraintes au mariage chaque année dans le pays.
Le sort des mères célibataires a également été mise en avant dernièrement.
Mi-février, Fadoua Laroui, une jeune mère célibataire, s’est immolée en public après s’être vue refuser un logement social.
Première femme à commettre un tel geste depuis que le tunisien Mohamed Bouazizi s’est immolé en décembre - acte déclencheur des révolutions arabes -, Fadoua Laroui aura été le symbole du 8 mars dans la blogosphère marocaine.
Têtu par Rim Mathlouti 18 décembre 2010,
Depuis sa première édition en 2005, le Sidaction revient régulièrement sur les petits écrans du Maroc pour sensibiliser la population à l’épidémie.
Une thématique pas toujours facile à aborder dans le pays.

Une photo du studio Harcourt parisien, Gad Elmaleh en noir et blanc tenant devant son œil un bandeau sur lequel on peut lire « Tu peux donner où fermer les yeux ».
En arabe la formule de politesse n‘existe pas, tout le monde se tutoie mais les séropos continuent de vivre en marge de la société, beaucoup ignorent encore leur maladie.
Le pays musulman parle, entend parler du sida
Au Maroc, l’opération Sidaction a commencé le 6 décembre à travers une campagne d’affichage, des spots à la télévision et à la radio. Mais l’émission de 3 heures 30 diffusée hier, vendredi 17 décembre, en direct sur la chaine marocaine 2M en était le point d’orgue.
Sa première édition en 2005 avait suscité l’émoi des Marocains, grands consommateurs de programmes télévisés qui écoutaient pour la première fois des témoignages de personnes porteuses du virus.
Des femmes, des hommes, racontaient à visage découvert leur souffrance liée à la maladie, à la stigmatisation et au rejet de la société.
Depuis cette date, tout les deux ans, grâce au Sidaction et particulièrement à l’émission, le pays musulman parle, entend parler, écoute des témoignages et obtient des réponses à ses questions concernant le sida.
25 000 séropositifs qui l’ignorent
Le Sidaction Maroc organisé en partenariat avec Sidaction France, a vu le jour grâce à l’ALCS, l’association de lutte contre le sida au Maroc un exemple souvent cité dans les autres pays arabes.
Choumicha, reine des émissions de cuisine marocaine a animé la soirée en arabe tandis qu’Ali Badou plus connu en France a assuré la version française pour cette édition 2010.
Le parrain Gad Elmaleh et d’autres stars internationales et nationales se sont succédés, des reportages, des témoignages ont une fois de plus permis d’aborder le sujet.
Pour Le professeur Hakima Himmich Présidente fondatrice de L’ALCS « Le Sidaction Maroc est très important pour la lutte contre le sida.
L’épidémie continue de progresser. Chiffre inquiétant, on estime qu’au moins 25 000 personnes sont séropositives sans le savoir dans notre pays.
C’est l’occasion de faire entrer dans chaque foyer marocain la réalité du sida.
Des thématiques pas très faciles, comme l’usage de drogues ont été abordés.
Nous voulons promouvoir plus de solidarité et plus de générosité dans notre société ».
En effet, une récente étude montrent une prévalence de 39 % pour le VIH et 90 % pour l’hépatite C chez les usagers de drogues injectables dans certaines régions du pays.
Des donneurs dans l’âme
L’événement a également pour objectif de lever des fonds, l’appel aux dons a commencé depuis plusieurs jours. Ils serviront à financer le travail de l’association sur le terrain, l’accompagnement des malades et l’accès au soin.
« Les Marocains sont des donateurs dans l’âme ; cela fait partie de notre culture. Ceci étant dit, il faut reconnaître que c’est souvent plus dur pour des causes jugées difficiles ; évidemment, le VIH continue à susciter des représentations ou des préjugés.
D’où l’importance d’une mobilisation comme la nôtre, sans ça nous n’aurions que peu de dons spontanés. » ajoute Hakima Himmich.
Reste à savoir si les marocains répondront concrètement aux appels cette année encore.
Vous pouvez faire un don sur : www.alcsmaroc.ma
Quoi qu’on pense d’eux, ils existent. Et ils se cachent. Alors autant entendre ce qu’ils ont à dire… Dossier réalisé par Laetitia Grotti et Maria Daïf
L’homosexualité au Maroc est frappée d’un double H : Hchouma (honte) et Haram (péché).
Il y a encore un an, Mohamed Asseban, membre du conseil des ouléma de Rabat-Salé déclarait à la presse : "Le bûcher pour les homos".
À l’instar de sa religion et de sa loi, la société marocaine est incontestablement homophobe.
Difficile dans ces conditions de changer le regard porté sur ceux que l’on préfère qualifier de "déviants sexuels", pour ne pas dire "anormaux".
En effet, pour beaucoup, l’homosexualité est "contre-nature", puisqu’elle ne mène pas à la procréation, seul objectif assigné aux relations sexuelles.
Or, le fait est que, de tout temps, l’homosexualité a perduré et s’est maintenue, y compris dans les pays arabo-musulmans.
Non sans difficulté dès lors qu’il s’agit de vivre sa sexualité sereinement et d’affirmer son identité. Car il ne saurait être question ni de s’afficher, encore moins de revendiquer des "droits homosexuels".
En terre chérifienne, être homosexuel c’est avant tout vivre caché.
Pour ne pas être la risée de tous, pour ne pas être en prise aux qu’en dira-t-on, voire pour échapper aux casseurs de "pédés".
Qu’est-ce qui dérange fondamentalement ? L’acte sexuel en lui-même ?
Pas si sûr, quand on observe la distinction, culturellement très forte, qui s’opère entre "actif" et "passif".
Il semble que ce qui dérange vraiment, ce sont les sentiments d’amour entre deux hommes.
S’il est possible - sous réserve d’être très discrets - d’avoir des relations sexuelles, il est en revanche beaucoup plus rare de construire une histoire d’amour ou de se projeter dans l’avenir. À moins de faire le choix de partir.
"Vivons heureux, vivons cachés". Tel pourrait être l’adage des homosexuels marocains.
À la nuance près que se cacher n’est pas un choix mais une obligation et qu’ils sont loin d’être heureux. Par Laetitia Grotti
"J’ai trois visages : un pour mes parents, un pour mes amis et celui que me renvoie le miroir", raconte Hassan, jeune Casablancais de 20 ans.
S’il reconnaît sans ambages devoir mener une double vie pour "être tranquille", Hassan a pourtant fait le choix d’assumer son homosexualité.
L’assumer d’abord vis-à-vis de lui-même. Ce qui signifie passer outre la honte ou la culpabilité que renvoient sans cesse la famille et par extension la société.
Or, ces sentiments sont profondément ancrés en chacun pour les avoir intériorisés tout au long des années d’enfance et d’adolescence.
Pour Jamal, un trentenaire marrakchi, ce vécu est assurément le plus difficile, "Il faut avoir un caractère assez fort pour s’assumer en tant qu’homosexuel dans notre pays. Avoir des références.
Malheureusement, aujourd’hui au Maroc, quand on a 15 ans et qu’on commence à se sentir plutôt attiré par les hommes, on est perdu.
Il n’existe aucune référence, aucun modèle. Il n’y a pas de visibilité gay. On se sent isolé. Il y en a qui croient être les seuls. Dans ces conditions, il est difficile de s’accepter comme tel.
On se dit alors qu’on est peut être bisexuel ou que c’est passager…".
Hassan a eu sa première relation sexuelle à 14 ans, avec un copain : "Je n’avais pas le sentiment de transgresser quoi que ce soit. Je le vivais plus comme une découverte du sexe, un jeu entre garçons.
Sauf que ma mère nous a surpris. C’est la première à m’avoir dit ce que c’était, avant d’ajouter que c’était très mal et qu’il ne fallait plus jamais le refaire". Élevé dans une famille plutôt aisée, franchement homophobe, "surtout mon grand frère", son adolescence a été très dure, psychologiquement.
Émaillée de mille tiraillements, questionnements entre sa nature profonde - aimer les hommes -, les pressions familiales et les normes imposées par la société.
Quand il arrive à se procurer certains romans, interdits de circulation au Maroc, c’est en cachette qu’il les lit. Il ira même jusqu’à être plus homophobe que les autres au lycée pour "paraître" ce qu’il n’est pas.
Pour "être" ce que paraissent tous les autres, à savoir "des gens normaux". Mais il n’est pas facile de tromper les autres sans se perdre un peu soi-même.
Alors, parce qu’il ne supporte plus cette duperie permanente et qu’il a des amis sur lesquels compter, Hassan va oser franchir le pas et se confier.
Entamant ainsi un long travail pédagogique sur lui-même et sur son homosexualité. Répéter, encore et toujours, qu’il n’est pas un déviant, qu’il est comme tout le monde, qu’il aspire aux mêmes rêves d’une vie de couple, d’un avenir serein. Certes, il trouvera bien quelques oreilles attentives, compréhensives et suffisamment ouvertes pour ne pas le juger et le rejeter.
Mais c’est en France, à Paris, où il poursuit ses études que le déclic se produit : "J’ai découvert d’autres horizons. D’abord, il n’y a pas ce sentiment de peur que l’on vit ici, tout simplement parce que ce n’est pas illégal. J’ai pu sortir, vivre ma vie comme je l’entendais, lire les livres que je voulais sans avoir à les cacher…
Mais l’élément déclencheur a été mon colocataire. C’était un Marocain, issu du système public. Le dialogue s’est instauré naturellement, nous avons parlé de mon homosexualité et, à ma grande surprise, il l’a acceptée sans problème.
C’est alors que je me suis rendu compte que je pourrais la vivre au Maroc". Bel optimisme qui, porté par tous les espoirs de la jeunesse, le poussera à aller encore plus loin en faisant son coming out auprès de sa mère.
Au début, il entendra les leitmotiv d’usage : "Tu es jeune, c’est passager", puis les menaces d’inspiration divine : "C’est péché, c’est contre-nature…".
Ce n’est que lorsqu’il prononcera le mot "amour" que la sentence tombera sans appel : "Si tu t’assumes ici, c’est la rupture !".
Depuis, désemparée par ce fils "déviant", cette pauvre femme cherche désespérément à le marier. Pour elle, une certitude : seule l’institution peut le ramener sur le droit chemin.
Et de fait, Hassan dit ne pas se sentir prêt à renoncer à son statut social, du moins pas encore. Lié par une promesse faite à sa mère, il a rompu avec son petit ami, brûlé tous ses livres, bref, vécu une véritable "déchirure".
Comme l’immense majorité des homosexuels de ce pays qui, sans avoir le courage de Hassan, préfèrent vivre cachés, à l’abri des apparences.
Ceux rencontrés sont unanimes. Pour vivre son homosexualité au Maroc, LA condition sine qua non reste la discrétion, "sauf si on n’a pas peur d’être la risée de tout le monde, dans le quartier, à la fac ou au boulot", précise Jamal avant d’ajouter : "On fait ce qu’on veut, mais il ne faut pas donner de certitude aux gens car, malgré tout, dans leur esprit le doute persiste. Beaucoup de gays entretiennent ce doute pour avoir la paix".
Combien d’entre eux mènent une double vie ? Le jour, les plus jeunes s’inventent des petites amies, des rendez-vous avec des filles, les plus âgés, eux, se marient, ont des enfants, mais la nuit leur appartient.
Ils en font ce qu’ils veulent. Car, soyons clairs, avouer à sa famille, voire à ses amis, son homosexualité est quasiment impossible. Trop de peur, d’incompréhension, de condamnation a priori, voire de culpabilité personnelle.
Alors au mieux, les sœurs, les cousines, parfois la mère, seront dans la confidence. Au pire et dans la grande majorité des cas, la personne restera seule face à elle-même, à ses dilemmes, à ses mensonges et à ses souffrances.
Ceux qui s’assument le mieux, à l’instar de ce quarantenaire, Tangérois d’origine, parlent aujourd’hui de travail à faire pour "améliorer les conditions de vie et faire en sorte que les jeunes homos apprennent à ne pas se mépriser et aient l’estime de soi".
D’autant que, comme le rappelle Jamal, "aujourd’hui, personne ne prend la parole en public pour défendre les homosexuels. Pas même les associations de droits de l’homme. Ni les féministes d’ailleurs. Ces dernières sont tellement accusées à tort et à travers d’être manipulées par l’étranger pour détruire nos valeurs qu’elles lâchent les lesbiennes. Pourtant, en Occident, le mouvement de libération homosexuel doit beaucoup aux mouvements féministes". En attendant de voir un jour ces revendications portées sur la place publique, il serait bon de réfléchir à ces vies brisées…

"Comment pénaliser le discours de ceux qui refusent l’égalité des droits, dans la mesure où c’est l’inégalité qui est aujourd’hui la norme, la loi, et pour certains ce "bon sens" homophobe, qu’il ne va pas être facile de criminaliser" Didier Eribon