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Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !

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Algérie (2)

Les blogs d’homosexuels algériens font fureur sur le net

Dalila Soltani - Sur la toile, gays et lesbiennes algériens, des communautés mises sur la marge de notre société conservatrice, se libèrent du poids du tabou à travers leurs blogs, des liens web sur lesquels ils parlent de leur expérience en toute ouverture, font part de leur peur et évoquent leur vécu d’homosexuel dans un contexte qui les réprime sévèrement.

L’homosexualité est l’un des tabous majeurs dans la société algérienne conservatrice, régie par une religion, une morale et un ordre social qui interdit, à toute personne, de transgresser les lois pré instaurées par les instances supérieures.

Seulement, aujourd’hui, les jeunes Algériens homosexuels, confrontés à un jugement des plus sévères, la stigmatisation et la marginalisation, ont trouvé un palliatif à leur manque de communication et sont donc en train de créer des communautés virtuelles qui ont pour caractéristique commune l’identité sexuelle gay ou lesbienne.

Ces communautés existent bel et bien, mais sur Internet.
Grâce à la toile, ces catégories réprimées, frustrées, ont le droit de clamer tout haut leur différence, de faire état de leur liberté sexuelle, d’échanger des expériences, de parler de leur craintes, de leur vécu d’homosexuels ainsi que de leur ras-le-bol de mener une double vie à cause de l’interdit social, moral et religieux.

Internet révolutionne aujourd’hui le monde, effectue des changements considérables même dans les sociétés les plus conservatrices. A travers les blogs, les Algériens sont aujourd’hui nombreux à se confier via la toile.

Des communautés d’homosexuels, hommes et femmes, voient le jour sur la toile. Dans chaque blog, une expérience nouvelle, un contexte différent, un parcours à part, mais une caractéristique commune : la damnation sociale sévère de l’homosexualité qui condamne à vivre en silence sa sexualité qualifiée de perversion.

Les blogs d’homosexuels algériens hébergés dans les différentes plate-formes sont légions. A titre d’exemple : le Skyrok, un site dédié aux jeunes, accueille les blogueurs homosexuels algériens.

angelino88, mehdibxl, fatygothica, Adam 72, Dj robinson, et autres blogueurs ont un trait commun : ils sont tous homosexuels algériens et ont marre de la politique de répression et de tabou à lesquelles ils sont confrontés.

Chacun d’eux se décrit différemment, mais personne n’omet d’évoquer le poids de l’interdit social et religieux dès qu’il s’agit d’homosexualité.
Adam72 se décrit sur son blog comme étant un jeune algérien homosexuel qui a ras-le-bol de vivre ses penchants en cachette. Il adresse cette phrase à tous ceux qui partage son identité : « Je suis un gay algérien et ce Blog est un point d’échange d’idée ; d’information et surtout de sentiment. Pour quoi ?

Ce n’est pas pour prouver notre existence, car on existe déjà, mais tout simplement pour mieux exister en communauté et se comprendre mutuellement. » Mehdi, quant à lui, ouvre son blog, hébergé par over blog, à tous les homosexuels d’Algérie qui seraient en mal d’expression. A travers le blog, nous lisons les témoignages publiés par un homosexuel chinois résidant à Alger et qui n’hésite pas à dévoiler ses aventures homosexuelles au grand jour.

Le jeune, âgé à peine de 25 ans, s’exprime, en utilisant des termes crus voire hard, sur son expérience homosexuelle, décrit ses amants algériens d’une nuit dont un joueur de volley-ball, originaire de Constantine, au corps bien bâti, élancé et viril.
Ce blogueur affirme, via son blog être tenté d’imiter les homosexuels algériens qui prennent en vidéos leurs ébats amoureux et les publient sur youtube, un site de renon sur lequel de nombreuses vidéos d’homosexuels circulent.

Sur le blog de Réda, des témoignages d’homosexuels figurent. Hommes et femmes confient leur sexualité sans aucune retenue. Réda écrit à tous les homosexuels de visiter son blog pour savoir qu’être homosexuel n’est jamais une fatalité.

Homophilia, eloyoh2008, hardgothika, XxchyantexX, kennyprice et bien d’autres sont ces amis homosexuels algériens.

En faisant le tour de ces pages web sur le net, nous constatons que la parole n’est pas interdite sur les blogs d’homosexuels algériens, rien n’est censuré, les tabous sont franchis, l’interdit social est levé d’un trait et la honte n’y est plus au rendez-vous.

« Aujourd’hui, le net opère une vraie révolution dans les mœurs.
La communauté virtuelle compte de plus en plus d’homosexuels dont l’unique objectif est de briser le poids de l’interdit sur un sujet tabou.
Internet n’effectue aucune censure, c’est en cela qu’il constitue la destination propice des catégories sur la marge de la société. », déclare un sociologue.

Le silence pèse lourd aux homosexuels algériens, la toile est là pour leur offrir l’opportunité de se créer un monde nouveau, où ils sont compris par des individus qui partagent leur différence.

Aujourd’hui, les blogs d’homosexuels algériens font fureur sur le net. C’est dire que ce moyen révolutionnaire leur permet de vivre librement, mais virtuellement leur différence. Ainsi, contre l’interdit social, le jugement sévère, la condamnation ferme de ces communautés, Internet ouvre grand la porte aux marginaux pour se créer un monde virtuel, un monde où les normes, les repères et les valeurs changent.

Les homos algériens dans l’impasse

Avant d’aller plus en avant, je voudrais relater le rêve qu’un ami algérien a fait durant toute son enfance, rêve mêlé d’espoir et de foi : la France ! la liberté, la richesse, le bonheur, le paradis pour tous.

La télé amplifiait sans cesse son rêve : Quand il voyait les émissions de Drucker ou de Foucault à grands coups de luxe, de strass et de lumière, ça cognait dans sa tête et ses yeux s’emplissaient de larmes de bonheur et d’envie.

Un jour il est arrivé à Paris. Son rêve s’est déjà doucement apaisé avec la pluie et la pollution, puis le racisme de certains, l’indifférence d’autres, le "chacun pour soi" typiquement parisien. Les lumières du show ont commencé à s’éteindre.

Quand il a fini par se prostituer comme tant d’autres rêveurs, à Dauphine, pour manger et pour payer l’hôtel et les taxis afin d’éviter les métros, nids à flics (contrôles au faciès, fouilles…), le cauchemar a commencé, avec pour seules protections, le mensonge, la tricherie et le charme. (je ne parle pas de tous les homos algériens arrivés en France, je parle juste d’un ami que j’ai connu durant quelques temps en 92-93 qui m’a beaucoup aidé à une époque ou j’avais plus un rond et donc évidemment, plus d’amis)

En Algérie, l’homosexualité a toujours été un mot interdit.
Comme ailleurs, parler de sexualité au grand jour est un sujet tabou. Les homos sont contraints depuis toujours a la clandestinité, au mépris, à se taire, à la honte de soi-même.

Les hétéros baisent des homos car ils ne peuvent aller avec les femmes conformément aux règles religieuses et morales, les jeunes fiancés, par exemple.
La société et la religion exigent que la jeune fille préserve sa virginité jusqu’au mariage.
Alors, en attendant, ils se rabattent sur les homos.
Pareil pour les types sans le sou. L’homosexuel joue gratuitement le role de " prostituée " du pauvre.

Les homos n’ont que très rarement des relations homosexuelles entre eux. L’amour et le sexe forment deux planètes distinctes.

Les hommes, en général, baisent comme des animaux, sans paroles, sans caresses, et sans préservatifs. Parkings, forets, plages, porte cochère. L’homosexualité est perçue comme une maladie honteuse. En Algérie, on ne peut pas aimer un homme même s’il est possible de baiser avec.

Les mariages, « pour faire comme tout le monde », ont-ils une chance de réussir ? Les plus malheureux sont ceux qui ne passent jamais à l’acte parce qu’ils ne s’assument pas par peur de la loi ou de la condamnation sociale.

Ils finissent par se détester et détester leur entourage. Mais même lorsqu’ils assument, leur vie n’en est pas moins une longue histoire de solitude, avec toujours cette épée de Damoclès que constitue la loi désuète. La société algérienne

Evidemment, si l’on s’en tient aux actus médias, on aura tendance à mettre en cause les islamistes d’être responsables de tous les maux des homos. C’est toujours plus facile de montrer du doigt une communauté que de responsabiliser l’ensemble.

Il y a eu un sentiment de liberté au moment de l’ouverture démocratique, l’Algérie était en pleine ébullition. Partout, on créait des partis, on lançait des journaux, et des associations. Tout le monde se mobilisait, pour défendre ses droits.
Les homos aussi ont participés à cet élan : des réunions, des articles, des textes, des revendications pour l’abolition des lois anti-homosexuels, l’arrêt du fichage policier et de la répression, le droit de vivre au grand jour.

Faire passer le message à travers les partis politiques, soutien de personnalités du monde universitaire, culturel et artistique. Mais aucun engagement public. Arrivée du Sida, création d’association…
Montée au créneau des islamistes, l’angoisse a repris avec endoctrinement, propagande, présence physique et active auprès des jeunes en les culpabilisant, jouant la police de moeurs, uniformisés à l’afghane, barbus, bien visibles, occupant les terrain. Violence, tabassages, assassinats.
Angoisse et peur. Retour à la clandestinité.

Et le gouvernement que fait-il ? Défense et protection des minorités ?

Et la société, elle en pense quoi ?
Soutien et solidarité à l’égard des victimes et des homos harcelés ?
Non, non… "C’est très bien, les islamistes font le ménage pour nous",
approbation semi-officieuse avec même l’aide des militaires (descentes dans les lieux à tendance homo avec tabassage, menaces et fermeture des établissements. Grâce aux gays algériens, militaires et islamistes vont main dans la main, mais pas pour la paix malheureusement.

Une tribune dans "El Watan"

Voila ce que je pourrais qualifier d’évènement et de première en Algérie pour la communauté homosexuelle, elle trouve pour la première fois une tribune pour simplement s’exprimer et montrer la détresse dans la quelle elle vit.

L’édition d’hier du quotidien El Watan consacre la page centrale aux homosexuel-le-s en Algérie, communauté bannie ou plus tôt interdite dans notre société. je vous invite à aller visiter le blog de Aladin pour mieux comprendre la situation des gays en Algérie.

Communauté des homosexuels en Algérie : « Nous sommes tous des passagers clandestins »

Si l’homosexualité reste aujourd’hui un tabou important, les homosexuels sont sortis de leur isolement, grâce à Internet, et une communauté discrète émerge dans les grandes villes du pays

Nous sommes devenus des experts en mensonges, des schizophrènes à l’image de la société algérienne tout entière. »

C’est sur cette phrase, ou presque, que Karim débute le récit de sa vie, ému et volubile dans le décor pastel d’un salon de thé.

Trentenaire, aide-soignant à Constantine, marié depuis 4 ans et père d’une petite fille, il a pu nommer, à l’âge de 12 ans, au hasard d’un livre médical sur La psychologie de l’anormal, ce désir naissant et cette étrange sensation d’être unique qui le taraudait depuis longtemps : l’homosexualité.

Dès lors, un long et chaotique parcours de culpabilité commence : de fugues en visites chez des psys, de confidences évasives à une mère qui le met sous surveillance à une pratique soudaine et excessive des commandements religieux, d’espoirs en dépressions, Karim tente, plusieurs fois, de mettre fin à sa vie, une vie où il a pourtant connu neuf années d’un amour intense avec un homme qui a fini par épouser… sa sœur.

Pressé par ses parents, il se résigne à se marier avec une femme dont il ne partage plus la chambre.

« Ce mariage, je l’ai vécu comme un viol. Ma femme, je ne peux pas la rendre heureuse. Je ne peux pas. »

Pour exister derrière le masque et trouver une issue identitaire à la négation sociale, il écrit, crée des réseaux, milite clandestinement, notamment à travers la création d’un blog et l’ouverture d’un cybercafé qui serait, comme beaucoup d’autres et en toute discrétion, « un refuge, un repos  ».

« Internet a été un vrai soulagement pour nous, explique-t-il. ça nous a sortis d’un isolement mortel. »

Il a d’ailleurs trouvé son homme du moment, sur un site de rencontres très prisé.

Quelques heures plus tard, adossé à la banquette moelleuse d’un bar de nuit enfumé, Redwane, jeune écrivain truculent et raffiné, s’égosille malicieusement sur : « Je suis un homo, comme ils disent », la célèbre chanson de Charles Aznavour.

L’univers amical et festif, ce soir, essentiellement hétérosexuel et féminin, où il évolue en toute liberté, c’est la part officieuse de sa vie : « Si mes parents savaient, ils me tueraient carrément. »

Exemples de doubles vies déclinables à l’envie.

Ce phénomène souterrain mais réel et inscrit dans le champ des pratiques sociales invisibles s’estompe au fur et à mesure que l’on monte dans les sphères de la société.

Kamel, la trentaine, élégant, travaille dans une importante société étrangère.

Il connaît Paris et son quartier célèbre du Marais, mais l’évoque dans une moue indolente : « Alger est infiniment plus drôle. » Son plaisir à lui, c’est la finition haute couture, l’originalité et l’allure. « Il faut oser. Ces vêtements, c’est comme une armure. Je peux arriver au boulot avec un costume rose, personne n’osera me poser de questions. ». « Et la famille ? » « Les choses sont claires, on ne s’étale pas. » Autant d’éléments qui, de son point de vue, le distinguent des « cas sociaux », comme il les nomme négligemment. Déni légal, déni social
Si en Algérie comme ailleurs l’homosexualité est plurielle, la réponse est la même pour tous : articles 333 et 338 du code pénal.

Lorsque l’outrage public à la pudeur, puni de deux mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 à 2000 DA, consiste « en un acte contre nature avec un individu du même sexe », la peine passe de six mois à trois années de prison et d’une amende de 1000 à 10 000 DA. Et l’article 338 punit tout acte d’homosexualité de 2 mois à 2 ans de prison et de 500 à 2000 DA d’amende.

« En criminalisant notre sexualité, on criminalise notre identité toute entière, notre quotidien, notre vie.

On nous réduit à un acte sexuel. Du coup, on a du mal à se voir autrement, à s’accepter », souligne Momo, jeune et fragile étudiant en droit à Alger, croisé dans un café.

Impossible avec cette loi de créer une association ou d’ouvrir un lieu ouvertement destiné à cette population.

En conséquence, par exemple, nombre d’associations de prévention et de lutte contre le VIH n’osent pas s’aventurer, sous peine d’amalgames compromettants, dans une démarche de travail officiel vers la communauté homosexuelle.

« J’ai contacté une association féminine pour l’épanouissement de la personne et l’exercice de la citoyenneté. Elles n’ont pas souhaité me répondre », raconte Fatima, jeune étudiante de Tébessa, spontanée, combative et qui aime les femmes.

Dans les grandes villes, cependant, divers lieux sont confidentiellement destinés à la population homosexuelle et, de fait, discrétion oblige, la clientèle est mixte, ce qui permet un brassage permanent des identités.

Mais, plus grave, cette relégation de l’homosexualité au rang des comportements illégaux se double d’une impossibilité d’accès aux droits les plus évidents : « Il y a quelques années, j’ai subi une tentative de viol par un ancien camarade d’école marié.

Comme je me suis défendu, il a paniqué, il a essayé de m’écraser avec sa voiture. Je ne peux pas porter plainte. Tu imagines un flic remplir gentiment son procès-verbal ? Laisse tomber.

On a toujours été à la fois la cible des intégristes et les victimes de la police  », explique Karim dans un sourire amer.

« Cette loi est une épée au-dessus de nos têtes et elle donne raison à tous de nous maltraiter  », conclut-il.

Pourtant, l’existence des articles 333 et 338 est assez méconnue, même par les premiers concernés.

C’est qu’ils sont, dans les faits, peu appliqués.
Ils ne font que couronner un climat de peur, de honte ou de malaise qui est, en fait, entretenu par une censure sociale, familiale et religieuse concernant la sexualité en général et les comportements sexuels dits « déviants » en particulier, considérés globalement comme un danger pour l’ordre social et la préservation de la culture musulmane.

« Franchement, en soi, l’homosexualité me dégoûte carrément, explique Amin, jeune marié moderne. J’ai pourtant eu un voisin homo d’un certain âge qui était quelqu’un de très bien.

Il n’en faisait pas étalage, il rendait tout le temps service, normal.

En fait, si on n’accepte pas cette sexualité, c’est qu’on a peur qu’ensuite ça prenne de l’ampleur et qu’il y ait un oubli progressif des valeurs musulmanes qui sont notre force identitaire et culturelle. »

Cette peur se traduit par l’existence d’un cadre législatif clair, qui s’appuie sur la charia islamique et n’envisage la sexualité que sous l’angle de la procréation dans le cadre du mariage. Le conseiller du ministre des affaires étrangères, estime ainsi que sur tout le territoire algérien, ils ne sont pas plus de 2000, un chiffre qui, sur une population d’environ 35 millions de personnes, en fait implicitement une minorité négligeable, logiquement marginalisée.

De visu, ce chiffre est largement contestable et contesté par de nombreuses associations étrangères qui estiment de façon générale que la population homosexuelle représente au moins 6 à 8% de la population globale de chaque pays du monde. Mais dans ce contexte où l’identité homosexuelle ne peut être ouvertement déclarée, une étude chiffrée fiable n’a jamais pu être effectuée.

« Dans un pays où on chasse les amoureux des parcs, quand il y a une visite d’un chef d’Etat, comment veux-tu qu’on tolère ouvertement les ‘’nekoucha’’ ? », s’esclaffe Redwane.

Rejet religieux et maladie morale
« L’Algérie est un pays musulman. La religion accompagne la vie quotidienne. Si tu rajoutes les traditions, le tout mélangé à l’hypocrisie… Ils connaissent notre existence mais ouvrir le débat, c’est inenvisageable pour eux, c’est contre nature, point à la ligne, débrouillez-vous ! », tempête Fatima.
Néanmoins, nombreux sont ceux et celles qui souhaitent rester clandestins. « Pour vivre heureux, vivons cachés » est une expression qui revient souvent.
« Ils ont peur d’être amalgamés avec les “folles” ou les “transgenres”, qui s’assument d’ailleurs radicalement, et les prostitués, qui le sont souvent devenus après s’être fait jeter de leur famille.
Ils pensent que la clandestinité est la seule liberté à laquelle ils peuvent aspirer.
Mais la liberté, ce n’est pas ça ! On ne veut pas une gay-pride ou le droit de s’embrasser en pleine rue.
Nous sommes aussi des musulmans, même si, du coup, notre orientation peut rendre notre rapport à Dieu très compliqué.
On désire juste avoir le droit à la différence et à la dépénalisation de notre identité. ça prendra un temps fou », précise calmement Karim.

Cette revendication semble bien outrancière à l’imam Youssef El Qaradhawi, idéologue des Frères musulmans et auteur du livre Le licite et l’Illicite où l’on peut lire que, si les opinions des juristes de l’Islam divergèrent concernant « les punitions de cette abominable pratique », le meurtre des homosexuels « n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité  ». Cette lecture fondamentaliste du texte sacré, que tous les musulmans ne partagent certes pas, nous a été confirmée par le mufti Yahia, au ministère des Affaires religieuses : « L’homosexualité est une inversion contraire à la nature qu’il faut soigner et, littéralement, dans le texte, punie de mort. Comment, dès lors, ne pas percevoir cette pratique comme une aberration ? » « On en est tous imprégnés, raconte Karim.

Pour ma première TS, j’ai voulu me jeter du haut d’un ravin avec la voiture de mon père.

J’avais 18 ans. Depuis, j’ai appris que l’Islam punit l’homosexuel en le jetant du haut d’une falaise. C’est marrant, non ? » Ce refoulement de l’homosexualité en tant que pratique non conforme à la loi de Dieu aboutit parfois à la théorie d’une homosexualité importée d’Occident, « tare de la race blanche  », amalgamée avec la maladie mentale, voire la maladie morale, comme incapacité de résistance à une pulsion ou à la pédophilie.

Au mieux, comme on peut le lire sur les nombreux forums de discussion de sites religieux, où le sujet est d’ailleurs régulièrement examiné avec une docte bienveillance, l’homosexualité est une maladie ou une déviation du droit chemin qu’il faut accompagner et guérir, notamment par le « sabar ». « Je ne suis pas malade. Ma sexualité n’est pas un choix ni une malédiction. Je suis comme ça. Point », martèle Momo qui, paradoxalement, dit comprendre la lapidation des homosexuels et souhaite se marier un jour, afin d’être en accord avec sa religion.

Pour la majorité d’entre eux, la clandestinité est donc la seule voie : « Je m’assume mais m’afficher, c’est impossible », explique Fatima.

« L’homosexualité est essentiellement envisagée sous l’angle masculin. Elle est vécue dans les sociétés arabo-musulmanes comme une dépravation, c’est vrai, mais aussi comme une maladie de la virilité.

Alors que chez nous, l’homme doit être un conquérant, un pilier. C’est aussi ça qui dérange. C’est la honte.

Du coup, beaucoup d’homos se déguisent en machos avec leurs potes de quartier.

C’est de l’hypocrisie : du fait de la séparation hommes/femmes de notre société, nombreux sont les hétéros qui ont eu leur première expérience sexuelle avec un partenaire du même sexe.

La frontière est plus ténue qu’ailleurs. L’homosexuel ou la prostitution masculine, en Algérie, c’est aussi la sexualité du pauvre ou de l’hétéro en manque.

Au mieux, comme on peut le lire sur les nombreux forums de discussion de sites religieux, où le sujet est d’ailleurs régulièrement examiné avec une docte bienveillance, l’homosexualité est une maladie ou une déviation du droit chemin qu’il faut accompagner et guérir, notamment par le « sabar ». « Je ne suis pas malade. Ma sexualité n’est pas un choix ni une malédiction. Je suis comme ça. Point », martèle Momo qui, paradoxalement, dit comprendre la lapidation des homosexuels et souhaite se marier un jour, afin d’être en accord avec sa religion.

Pour la majorité d’entre eux, la clandestinité est donc la seule voie : « Je m’assume mais m’afficher, c’est impossible », explique Fatima.

« L’homosexualité est essentiellement envisagée sous l’angle masculin. Elle est vécue dans les sociétés arabo-musulmanes comme une dépravation, c’est vrai, mais aussi comme une maladie de la virilité.

Alors que chez nous, l’homme doit être un conquérant, un pilier. C’est aussi ça qui dérange. C’est la honte.

Du coup, beaucoup d’homos se déguisent en machos avec leurs potes de quartier.

C’est de l’hypocrisie : du fait de la séparation hommes/femmes de notre société, nombreux sont les hétéros qui ont eu leur première expérience sexuelle avec un partenaire du même sexe.

La frontière est plus ténue qu’ailleurs. L’homosexuel ou la prostitution masculine, en Algérie, c’est aussi la sexualité du pauvre ou de l’hétéro en manque.

On se fait souvent draguer par des hétéros mariés, faut pas croire », affirme Abdelkader, discret militant de la cause.

Entre le rêve et l’affirmation de soi
« On rêve de cette vie, quitter le bled pour vivre là où l’identité gay est acceptée et le droit protégé, un vrai paradis gay sur terre !

Mais je suis prête à mener le combat ici même si je sais qu’un jour, ça me tombera sur la tête… », écrit Fatima.

La « harba » ou la lutte est un dilemme pour cette jeune femme, qui affirme son homosexualité par petites touches, de ses tenues gothiques customisées au pin’s arc-en-ciel, symbole international des homosexuels, sur le sac de cours.

Elle a fait son coming-out à trois de ses amis, qui n’ont pas changé d’attitude envers elle depuis.

« Ils m’ont acceptée comme je suis. En Algérie, ceux qui ont une certaine ouverture d’esprit et ceux qui se sont ouverts aux autres cultures nous acceptent mieux.

Pour ce pays fermé sur lui-même, c’est rassurant », raconte-t-elle. Effectivement, à Alger, comme dans de nombreuses grandes villes, la visibilité des homosexuels grandit : dans cette capitale où l’anonymat contribue à l’aisance, certaines places bien connues sont devenues des lieux de rencontres diurnes. Il suffira d’un sourire pour créer le lien et entrer rapidement dans le « vif du sujet ».

La clandestinité ne permettant pas de longues tergiversations, les propositions sont étonnamment directes.

Une communauté embryonnaire émerge donc, à travers Internet, on se rencontre dans les cafés ou les salons de thé, on fréquente des boîtes de nuit à population mixte connues pour leur « accueil » indifférencié, les restaurants nocturnes à l’atmosphère cossue ou les concerts de certaines icones du raï.

La révélation de son homosexualité se fait entre amis, dans le cercle intime, auprès d’une tante moins traditionnaliste ou d’un cousin compréhensif.

Si la prudence reste de mise dans son quartier et est souvent vitale au sein du noyau familial, un espace de liberté privée, vital lui aussi, s’ouvre, mêlant homosexuels et hétérosexuels.

« Il y a vingt ans, un homo, dans mon quartier, on lui lançait des pierres. Aujourd’hui, on lui parle normal. Je ne sais pas si c’est bien mais c’est comme ça », constate Azzedine, perplexe. « Redwane est comme il est, c’est mon ami, je ne fais pas abstraction de son homosexualité, je n’en fais pas un plat non plus.

Ça lui appartient, c’est tout. Quand on aime les gens, on ne fait pas le tri », confie pudiquement Mus’, qui esquive cependant discrètement un geste amical un peu appuyé de son camarade.

Mais si l’acceptation et la mixité sociale sont en marche, les difficultés, notamment au sein de la famille, restent énormes.

« Mon frère a trouvé une lettre d’amour d’un ex. Il ne m’a plus jamais adressé la parole.

Je ne comprenais pas pourquoi, jusqu’à ce qu’il me croise avec un ami pas très loin de mon quartier.

En pleine rue, il m’a frappé et m’a menacé de tout révéler à mes parents.

C’était intenable, je suis parti. Et j’ai pas mal galéré », raconte pudiquement Momo, les larmes aux yeux.

« Je suis algérien, musulman et homo, autant dire un extraterrestre sous antidépresseurs », conclut-il cyniquement. Et pour nombre d’entre eux, leur planète est ailleurs, de l’autre côté des frontières, de l’autre côté de l’exil.

Mais s’expatrier n’est pas si simple : « Pour faire une demande d’asile en tant qu’homosexuel en France, il faut apporter des preuves de persécutions personnelles et prouver que l’on court des risques sur l’ensemble du territoire algérien, c’est-à-dire qu’on a déménagé plusieurs fois et qu’on a subi partout des harcèlements », explique Hugues, membre d’une association française qui travaille à la reconnaissance du droit à l’immigration et au séjour des personnes homosexuelles.

Les cas qui aboutissent sont rares, mais nombreuses sont les associations européennes qui œuvrent discrètement et parfois illégalement à l’accueil des étrangers homosexuels.

« Notre enfermement est multiple, territorial, familial, religieux, intime. Le pire est de réaliser que dans ce pays où je suis né, mon homosexualité est un crime mais l’homophobie, même la plus violente, non.

Même les ligues de droits de l’homme se désintéressent de notre cas. J’aimerais partir mais j’ai une fille à élever, elle n’a rien demandé. Et si je dévoile ma sexualité, j’ai peur qu’on l’élève dans la haine de son père. Je ne sais pas quoi faire. Alors, j’essaye de me battre, d’agir, de rassembler. On me dit que je suis fou mais tout ça prend vraiment forme.
Ma religion veut des hommes conquérants ?
A ma façon, j’en suis un », sourit Karim. Et, l’œil rieur, il cite une phrase de Tahar Ben Jelloun : « La nature crée des différences, la société en fait des inégalités. » Delphine Gourlay

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Citations

« Les féministes peuvent se disputer, ce sont des hommes comme les autres ! » Florence Montreynaud

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