Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
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Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !
L’affaire du Créteil Bébel
Le 4 octobre 2009, une équipe de football a refusé de jouer contre le Paris Foot Gay, au nom de ses convictions.
L’affaire a été rapportée jusque sur le site du quotidien l’Equipe, pourtant peu intéressé par les réalités sportives ordinaires. Par Philippe Liotard le mardi 6 octobre 2009. (auteur du livre sport et homosexualités)
Puis réaction de Vikhash Dhorassoo
Le sport est paré de vertus.
Les commentaires qui déplorent le refus de jouer le font au nom de ce que « devrait » être le sport.
Cet idéal intériorisé d’une pratique respectueuse de soi et d’autrui, d’une pratique « rapprochant » les individus, etc.
Le week-end dernier (4 octobre 2009), une équipe de football a refusé de jouer contre le Paris Foot Gay, au nom de ses convictions.
L’affaire a été rapportée jusque sur le site du quotidien l’Equipe, pourtant peu intéressé par les réalités sportives ordinaires.
(Ce refus de jouer s’est produit trois semaines après un débat sur l’homophobie dans le sport organisé le 13 septembre à Paris à l’initiative de la Fédération Sportive Gaie et Lesbienne).
Les faits relèvent d’une réalité sportive ordinaire.
Il ne s’agit pas de sport de haut niveau, de football spectacle où les propos et les banderoles homophobes ne paraissent choquer personne et, au contraire, participer à une sorte de culture de l’humiliation.
Il est ainsi possible de tendre dans les tribunes d’un club professionnel une bannière sur laquelle peut se lire : "K., on n’est pas raciste, la preuve on t’encule" exhibée lors d’un match de Ligue 2 de football.
Il s’agit d’une homophobie banale qui se traduit par le simple refus de jouer avec… Mais avec qui au fait ? Avec des joueurs présumés homosexuels.
Tout cela en raison du nom du club, Paris Foot Gay…
Peut-on pourtant seulement imaginer une telle attitude vis-à-vis d’un club appelé USJO des Arméniens de Valence, ou AS Algérienne ? Peut-on projeter les conséquences d’une telle décision si les Musulmans Bosniaques de Mostar refusaient de jouer contre l’Union Sportive Serbe de la ville ? A n’en pas douter cela indiquerait de graves tensions résultant de la guerre encore proche en ex-Yougoslavie. Mais là, à Paris, lors d’une rencontre entre clubs amateurs, sans enjeu sportif, que signifie ce refus de jouer avec ?
Plus particulièrement, que signifie jouer « avec des pédés » ? ou plutôt « contre des pédés » ?
Parce que le « jouer avec », à vrai dire, personne ne peut jurer que ça ne lui est jamais arrivé… tant l’homosexualité reste secrète dans les sports collectifs pratiqués par des hommes.
Que signifie ce refus de jouer avec des personnes dont il est imaginé – par ceux qui ont produit ce refus – qu’elles ne sont pas comme « nous » ?
Car cette affaire est bien une affaire de « nous », une affaire d’identité et non pas une affaire d’intimité.
A l’évidence, aucun autre refus n’aurait pu être ne serait-ce qu’imaginable.
Refuser de jouer contre une équipe lyonnaise quand on est stéphanois ? contre une équipe d’une cité HLM quand on vient d’un village résidentiel ? contre le Gazelec quand on est des PTT ? Cela ne tient pas. Et c’est précisément parce que cela ne tient pas que cette affaire est exemplaire.
Refuser de jouer contre une équipe parce qu’on suppose qu’elle est composée d’homosexuels et essentiellement d’homosexuels (ce qui n’est pas le cas), et argumenter ce refus au nom de convictions religieuses, voilà un véritable analyseur des réalités sociales. C’est à cette analyse que participent les réflexions qui suivent.
Que révèle ce refus de jouer un match de football amateur ?
Pour y répondre, j’ai parcouru les commentaires laissés en ligne après les articles de Libération, du Monde, du Figaro, de L’équipe.
Il est déjà aisé de constater que cette information de peu d’importance a priori (il s’agit d’un match de football amateur, de ce football amateur dont on ne parle jamais) est la plus commentée de la semaine.
Au matin du 8 octobre 2009, on compte dans Libération, 741 commentaires (le second article le plus commenté en compte 360) ; dans le Figaro, 176 commentaires (le second en compte 117) ; dans le Monde 84 commentaires, dans l’Equipe 202 commentaires (troisième article le plus commenté).
En l’absence d’une analyse approfondie, je m’en tiendrai à trois réflexions :
- Ces réactions expriment d’abord la capacité à réagir sans savoir de quoi il est question. La méconnaissance est au fondement de la plupart d’entre elles. Ceci est très intéressant car il est alors possible de comprendre comment se posent les questions et sur quoi s’établissent les jugements de valeurs spontanés.
- La seconde chose que l’on peut lire de ces réactions spontanées, c’est le rapport à la norme qu’elles expriment. La notion de communautarisme fonctionne alors comme révélateur d’un ordre social par rapport auquel se situent de nombreuses contributions.
- Enfin, de nombreuses réactions expriment une aversion ordinaire à l’égard de groupes sociaux discriminés. Racisme et homophobie se rejoignent ainsi dans des commentaires qui hiérarchisent les haines et les peurs de l’autre. Du refus de jouer contre une équipe dont l’appellation évoque une orientation sexuelle non conforme, les commentaires glissent vers un affrontement communautaire résumé par les titres « Musulmans contre Gays ».
1- De la méconnaissance
Le premier élément de méconnaissance se traduit par la surprise d’apprendre qu’il existe un club appelé Paris Foot GAY.
Cette surprise se prolonge autour de l’idée qu’il existe un club composé de Musulmans pratiquants.
De celui-ci je ne parlerai pas n’ayant pas d’informations précises.
Il arrive parfois que suive une litanie d’imbécillités demandant « pourquoi pas une équipe de blondes, de moustachus,… »
Oui, il existe un club appelé Paris-Foot Gay, créé en 2003 dans un but militant qui consiste précisément à lutter contre l’homophobie dans le football, à dénoncer les discriminations (d’autant plus efficaces qu’elles sont souvent discrètes, voire secrètes contrairement à ce qui vient d’être rapporté).
Je n’en dirai pas plus, ce club possède un site expliquant son projet.
Mais il existe aussi une Fédération Sportive Gaie et Lesbienne (FSGL), il existe des Gay Games réunissant tous les quatre ans plusieurs milliers d’athlètes…
Ah bon ? mais pourquoi ? Pourquoi, alors qu’« ils » revendiquent le respect, qu’« ils » combattent la discrimination se marginalisent-« ils » « eux »-mêmes (« ils » et « eux » étant à comprendre comme « les gays ») ? Voilà une des questions qui se retrouve dans les commentaires.
Et s’« ils » se marginalisent, « ils » ne récoltent que ce qu’« ils » ont semé.
En voici une conclusion simpliste. Simpliste mais logique… Logique simplifiée par la méconnaissance.
Encore une fois, il suffit de prendre le temps de consulter les sites de la FSGL ou de la Fédération des Gay Games pour saisir le projet et comprendre qu’il ne s’agit pas de repli sur soi, que les clubs comme les manifestations sont ouverts à toutes et à tous.
Il suffit de se renseigner pour s’apercevoir que les valeurs défendues sont l’inclusion, la participation et le fait de donner le meilleur de soi, que finalement, ce qui compte dans ces structures, c’est le désir de jouer ensemble, c’est le respect des autres et de leurs différences.
Il suffit aussi de lire Sport et homosexualités, le petit bouquin que j’ai dirigé pour en savoir plus sur le mouvement sportif homosexuel et l’homophobie et dont vous pouvez lire l’introduction.
Quoiqu’il en soit, la méconnaissance est révélatrice de ce qui fait réagir : la question identitaire, la question de l’ordre social, la question aussi du vivre ensemble.
2 Communautarisme
Après le refus de jouer, l’affaire pourrait en rester là.
Là, c’est-à-dire à une plainte devant la HALDE pour discrimination, c’est-à-dire pour un traitement différencié en raison d’une caractéristique tombant sous le coup de la loi, ici, en l’occurrence, l’orientation sexuelle.
Mais les choses se compliquent car l’équipe qui a refusé de jouer contre le Paris-Foot Gay est une équipe qualifiée (par la presse et ses commentateurs) de « communautaire », composée de joueurs musulmans se déclarant pratiquants.
L’acte homophobe caractérisé (il n’est pas question ici de le nier, au contraire) est-il plus grave s’il est produit par une équipe de Musulmans ? S’il est justifié par des convictions religieuses ?
L’aversion pour les homosexuels est-elle plus profonde en ce cas ? La démonstration d’une homophobie ordinaire dans le sport se transforme en stigmatisation des Musulmans et des équipes qualifiées de « communautaires » et paraît soulever une peur (l’islamophobie) bien plus forte que l’homophobie.
Les commentaires indiquent comment s’est produit un glissement, depuis la dénonciation légitime de l’homophobie vers le racisme à l’égard des Musulmans.
Le titre des articles construit une opposition entre groupes « Musulmans, ils refusent de jouer contre une équipe gay » (le Figaro), « Un club musulman refuse de jouer contre le Paris Foot Gay » (Le Monde)…
Ce qui reste de l’information première est celle-ci : des musulmans refusent de jouer contre des homosexuels. D’où le glissement vers les dangers de l’Islam, vers la stigmatisation (souvent haineuse) des Musulmans.
Le racisme prend le pas sur l’homophobie.
Certes, sur la quantité de commentaires, il y en a de nombreux qui déplorent tout rejet de l’autre, qui dénoncent les discriminations dont sont victimes les musulmans comme les homosexuels.
Mais l’impression qui s’en dégage se situe du côté d’une hiérarchisation des rejets.
Et surtout d’une incantation lancinante au « repli communautaire », ce repli qui semble tellement inquiéter celles et ceux qui n’ont pas besoin de se replier, tant ils occupent la scène de la domination sociale, politique, économique, voire culturelle.
Cette vision « communautariste » du monde, cette incantation qui revient, de façon lancinante, à chaque fois qu’un groupe social dominé s’organise en propre, atteste de l’aveuglement devant les conditions qui rendent nécessaire (parfois même pour des raisons de sécurité) cette organisation.
Jouer entre soi, c’est aussi se protéger des autres. Cacher son homosexualité au sein d’une équipe de football, c’est se préserver. D’où la création du Paris Foot Gay.
3 Aversion ordinaire
Cette information vouée à l’invisibilité (un match de football, ne relevant même pas de la Fédération Française de Football, n’a pas eu lieu) se transforme ainsi en un indicateur des seuils sociaux de tolérance à l’égard de l’expression de la haine.
Les insultes à caractère communautaire n’ont pas toutes le même poids. « Sale arabe », « sale juif », « sale nègre » constituent des propos aujourd’hui indéfendables, contrairement à « sale pédé », « sale gouine » ou « salope » (qui pourrait se traduire par « sale femme »)…
Elle atteste aussi de la manière dont la rencontre avec l’autre, même sur un terrain de jeu, est difficile. C’est une aversion ordinaire qui est à l’origine de tout ça.
En tant que telle, il importait de la relever. Il ne s’agit pas d’un appel au meurtre. Il s’agit juste de l’impossibilité de rencontrer l’autre, simplement parce qu’il est autre.
Cette aversion ordinaire se charge de toutes les angoisses, de toutes les peurs, de toutes les incompréhensions, mais aussi de toutes les certitudes sur ce que doit être un homme, un vrai.
La religion prescrit, bien sûr, mais dans les commentaires homophobes qui ont accompagné l’information, bien peu argumentent à partir de références religieuses.
Ce qui précède rappelle la valeur du sport pour analyser le social. Et ceci, précisément parce que le sport est paré de vertus.
Les commentaires qui déplorent le refus de jouer le font au nom de ce que « devrait » être le sport. Cet idéal intériorisé d’une pratique respectueuse de soi et d’autrui, d’une pratique « rapprochant » les individus, etc.
Or, ce qui s’est produit dans cette histoire, c’est que l’on a aussi eu affaire à une des conséquences du sport : l’opposition entre groupes. Dès lors que s’institue un match : deux camps se délimitent.
Il est alors possible que les croyances, les stratégies identitaires, les sentiments d’appartenance se fassent plus fort que le jeu, ou plutôt soient exacerbés par le jeu qui impose de jouer contre.
Et si, au lieu de s’affronter, les deux équipes n’en formaient plus qu’une, répartissant leurs joueurs de façon aléatoire et jouaient véritablement ensemble ? Philippe Liotard
http://blog.anthropo-body.com/
Les joueurs de Créteil Bébel sont prêts à jouer contre le Paris Football Gay en se désolidarisant de leurs dirigeants (ils ne le seront pas longtemps)_
Le Paris Foot Gay, qui se dit non communautariste, est en lutte contre l’homophobie./Paris Foot Gay
Les Homosexuels d’Allah, par V.Dhorasoo

L’affaire fait un peu de bruit depuis dimanche, depuis que l’équipe de Créteil Bebel a refusé d’affronter le Paris Foot Gay en ligue de Football Loisir au motif que le nom de l’équipe allait à l’encontre de leurs convictions de musulmans pratiquants.

"Nous, citoyen-ne-s Lesbiennes Gays Bi et Trans, n’aspirons qu’à être des citoyen-ne-s à part entière, nous refusons d’être les seuls citoyen-ne-s entièrement à part". Heterhomo.