Quand la littérature enfantine tend le balai aux filles.
Les albums illustrés bombardent les enfants de stéréotypes.
En France, 60% des pédiatres sont des femmes.
Pourtant, sur 21 livres d’enfants présentant des médecins, 20 ne montrent que des hommes. 75% des mères travaillent, mais, dans ces mêmes livres, leur activité professionnelle n’est évoquée que dans 5% des cas.
Voilà quelques chiffres de l’enquête réalisée par l’association Du côté des filles.
Pour s’assurer que le sexisme dans la littérature enfantine n’était pas une vue de leur esprit féministe, Adela Turin et Sylvie Cromer ont passé au crible 537 albums illustrés édités en 1994 par 46 éditeurs différents.
Le résultat est sans appel : les personnages masculins dominent en raflant plus des trois quart des titres.
Les personnages féminins sont toujours accompagnés d’enfants ou de symboles ménagers. 28,5% seulement des hommes sont papas. Et c’est un beau rôle : intelligents, ils instruisent leurs enfants. Pendant ce temps, maman marne. Disponible, elle est à la maison, occupée aux soins des enfants et au ménage.
La deuxième partie de l’étude prouve que les enfants intériorisent ce qu’ils lisent.
Du côté des filles on leur a soumis des images d’ours dans différentes situations. Pour elles et eux, l’ours affalé dans un fauteuil ou assis sur une chaise en train de lire un journal est un papa. « On a beau lui mettre un bébé sur les genoux ou un collier de perles autour du cou, certains enfants n’en démordent pas ! », remarque A. Turin.
En revanche, l’ours portant un tablier simple, sans fanfreluches, même affublé de traits masculins, est forcément une maman !
Autre symbole : l’attaché-case. Au bras d’un homme, c’est celui d’un homme d’affaires ou d’un PDG.
Lorsqu’une femme le porte, elle est institutrice ou secrétaire.
Si elle est accompagnée de ses enfants, le cartable devient sac à main ou cabas.
Que font l’homme et la femme après avoir posé leur attaché-case ?
« Lui, il regarde la télé. Elle fait le ménage. Parce que les femmes ont horreur de rentrer dans une maison sale », dit Emilie. « Et si la maman est fatiguée ? », tente l’enquêtrice. « Il faut bien qu’elle fasse la cuisine ; sans ça, elle, son mari et ses enfants resteraient sans manger », objecte Marisa.
Seule différence entre ces deux ours lisant le journal : le collier que porte celui de droite. 15% des enfants interrogés continuent à voir dans l’ours au collier un personnage masculin car ce sont les papas qui lisent les journaux.
Le fauteuil est identifié comme un attribut masculin :
"Le fauteuil est toujours le fauteuil de papa" (Gianluca, 9 ans).
En revanche, malgré le geste menaçant qu’il esquisse, le grand ours revêtu du tablier est reconnu, surtout par les garçons, comme une "maman".
Les poupées aux filles, les jeux vidéo aux garçons, le tablier à maman, le journal à papa…
Tant que la pub et les médias gaveront les enfants de stéréotypes machos le combat pour l’égalité des sexes ne sera pas gagné. Extrait de MARIANNE n°77-17janvier1999
Pour le respect, contre le sexisme
Les relations entre filles et garçons se dégradent-elles ?
Banalisation du harcèlement, multiplication des comportements sexistes, augmentation du nombre des agressions sexuelles…
A l’âge de la découverte du désir et du jeu amoureux, flirt et marivaudage font place aux rapports de force et à la violence.
Témoin de ce durcissement, la LMDE a lancé en janvier une campagne de sensibilisation. Des affiches invitent les étudiant-e-s à entrer en résistance contre « l’idée », propagée par la publicité, que « tous les corps seraient à prendre ou à vendre ».
Les délits sexistes et l’homophobie sont également visés.
Des forums locaux ont été montés sur les campus pour permettre aux un-e-s et aux autres de s’exprimer et de débattre.
La LMDE a aussi recruté plus de soixante-quinze étudiant-e-s bénévoles qui, après une formation dispensée par l’Adosen, iront en avril et mai à la rencontre des lycéenne-s.
Enfin, le 22 mars dernier, la mutuelle a tenu des Assises nationales en vue de la rédaction d’un livre blanc sur les questions d’égalité et de respect homme/femme chez les jeunes.
Un temps fort qui a réuni experts, sociologues et psychanalystes, autour de thèmes phares : assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau sexisme ? L’école est-elle un monde d’égalité ?
Un nouveau sexisme
Les années 1960 et 70 ont amorcé une ouverture pour les femmes, avec l’accès à la mixité scolaire, à l’égalité professionnelle, à l’autonomie financière. Nul ne le conteste.
Pourtant, la montée de l’incivilité et de la violence ces dernières années menace cette égalité en droits. La régression est particulièrement
visible dans les quartiers populaires.
Pour Fadela Amara, présidente de la Fédération nationale des Maisons des potes, la marche « Ni putes ni soumises », dont elle est l’instigatrice, « a permis de recueillir de nombreux témoignages de femmes disant qu’il était difficile d’y vivre.
Dans les cités se sont instaurées des Lois qui n’ont rien à voir avec celles de La République, et qui permettent aux garçons de devenir des instruments d’oppression vis-à-vis des filles ».
De son côté, Daniel Welzer-Lang, sociologue, dénonce « Le regard ethnicisé porté sur les populations de ces quartiers.
On est d’accord pour Lutter contre Le sexisme, mais on accepte que, dans les cités, l’égalité ne soit pas la même qu’ailleurs ».
Pour Serge Tisseron, psychanalyste spécialiste des images, « Les quartiers sont les miroirs grossissants de la société ».
L’égalité formelle cacherait mal les mécanismes à l’œuvre dans l’ensemble de la société où règne le pouvoir des images, « inventées par l’homme pour faciliter la représentation des images intimes personnelles, et qui aujourd’hui nous empêchent de construire nos propres représentations », et l’idéologie « du tout-désirant, qui fait du désir La valeur suprême ».
_ La libération sexuelle est avant tout marchande, et les stéréotypes demeurent.
« Nous vivons dans un monde de domination masculine, rappelle Daniel Welzer-Lang, où on nous apprend à être de vrais hommes.
Dans Les cités, des jeunes sont partis faire des études, d’autres sont restés.
Pour ces garçons en échec, que reste-t-il de leur identité masculine ? Ils se replient alors sur La définition La plus violente et machiste de La virilité. »
Le psychanalyste Gérard Miller évoque quant à lui un nouveau sexisme, « qui gomme les différences hommes femmes. Les femmes sont entrées dans le monde masculin en en acceptant les règles. Peut-être que le nouveau féminisme sera-t-il émancipé de ce modèle ? »
L’école, un monde d’égalité ? :
L’école, comme la société, est imprégnée de ces valeurs masculines.
Ainsi, pour lutter contre une orientation trop « sexuée »*, le ministère de l’Education nationale incite les filles à intégrer des formations scientifiques et techniques.
A l’inverse, quand invitera-t-on les garçons à s’orienter vers une filière littéraire, qu’ils ne sont que 10 à 15 % à choisir ?
Pour autant, « l’école doit-elle mieux faire que la société dans laquelle elle est insérée ? », s’interroge la sociologue de l’éducation, Marie Duru-Bellat.
Agir sur l’orientation, introduire dans les manuels scolaires des éléments sur le rôle des femmes dans la société, c’est bien.
Mais, selon elle, « il manque quelque chose de plus difficile… faire réfléchir garçons et filles sur les rôles des sexes dans la société.
L’école est trop centrée sur l’instruction et pas assez sur l’éducation.
Faut-il, pour permettre aux jeunes de s’épanouir dans un enseignement dénué de stéréotypes, remettre en cause la mixité ?
Les intervenant-e-s à ces Assises y sont opposé-e-s. « Pour tendre vers l’égalité, l’école doit refuser tout développement séparé, sur le plan de la mixité sexuelle comme sociale, souligne Nicole Belloubet-Frier, rectrice de l’Académie de Toulouse.
Quand on est conduit à constituer des classes non-mixtes, ce n’est pas du
fait de la mixité, mais parce qu’on n’a pas mis en place les conditions de son fonctionnement. »
Katia Vilarasau Article extrait de Valeurs Mutualistes de la MGEN mai 2003 *Seulement 22 % des filles se dirigent vers une filière scientifique contre 32% de garçons.
Textes et documents pour la classe : Hommes, femmes, Quelle égalité des sexes ?
La revue pédagogique du Scéren-CNDP a consacré un numéro à l’égalité homme-femme et à la prévention du sexisme.
Pour réfléchir à la notion de genre, à la citoyenneté, ainsi qu’aux stéréotypes véhiculés dans la publicité et la littérature de jeunesse.
www.cndp.fr/produits/ (rubrique « Publications pédagogiques », revue Textes et Documents pour la Classe n°848 du 15 au 31 janvier 2003)
Longtemps exclues des responsabilités politiques et économiques, les femmes sont désormais présentes à tous les niveaux de la société française. Pourtant, le chemin vers une égalité réelle entre les hommes et les femmes, en France, en Europe et dans le monde semble bien long.

