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"Vie de meuf", un défouloir contre le sexisme ordinaire

Têtu par Cécile Strouk jeudi 19 mai 2011, à 13h38 | 1093 vues Plus de : Osez le féminisme, Vie de meuf, féminisme

En juillet dernier, l’asso Osez le féminisme lançait le blog « Vie de meuf », où chacune peut poster sa petite anecdote, témoin du sexisme rencontré dans la vie de tous les jours.
Un livre tiré du site sort aujourd’hui. Une manière ludique de militer
.

Lancé en 2010 par le réseau militant Osez le féminisme, le blog Vie de meuf est un pastiche, version féministe, du site Vie de merde.
Chacune et chacun peut y partager son expériences du sexisme, et le dénoncer.
Le succès est tel qu’aujourd’hui sort un livre, inspiré des meilleurs commentaires du blog.
Caroline de Haas (photo), créatrice et animatrice d’Osez le féminisme, nous explique la démarche.

Depuis sa création en juillet dernier, le blog Vie de meuf attire un public toujours plus nombreux. Comment l’expliquez-vous ?

Caroline de Haas : Vie de meuf marche car c’est un des seuls espaces où l’on peut parler librement de sexisme sans se faire insulter : c’est « un défouloir » qui montre que le sexisme est un problème collectif. Depuis sa création, 400 000 personnes ont vu le site !

Comment est venue l’idée d’adapter le blog en livre ?

En fait, c’est Hugo&Compagnie, la maison d’édition, qui a eu l’idée.
Nous, on a tout écrit, en choisissant les posts les plus percutants.
On voulait un livre engagé qui va plus loin que le blog, avec des analyses et des pistes de réflexion.
C’est un moyen aussi de toucher un public différent.

L’ouvrage liste tous les domaines où agit le sexisme : monde professionnel, maternité, etc. On réalise alors qu’il est partout…

On baigne depuis 30 ans dans une illusion d’égalité : on considère que ça va alors que ça ne va pas.
Du coup, on n’en parle pas : c’est intériorisé, voire invisibilisé.
Alors que le sexisme devrait être une priorité politique car c’est quand même un énorme boulet au pied du progrès social !


Vous consacrez un chapitre à l’homophobie. Quelle place donnez-vous aux lesbiennes au sein d’Osez le féminisme ?

Quelques adhérentes sont lesbiennes.
Être lesbienne, c’est quelque chose d’ultra-subversif.
Se revendiquer comme telle, c’est lutter contre les mécanismes de domination.
Mais, vu qu’on rassemble beaucoup de personnes, l’asso reste dans l’ensemble hétéro, bourge, blanche et donc hétéronormée.
On en a pris conscience et on travaille dessus.
On a, entre autres, ajouté un atelier LGBT, et organisé une formation sur l’hétéronormativité.

HETERHOMO : la lesbienne c’est l’esclave qui fuit

Dans quel contexte avez-vous créé Osez le féminisme ?

Il y a deux ans, dans l’urgence. Ça faisait suite à la décision du gouvernement de couper les vivres au Planning Familial.
Une pétition a été lancée et 150 000 personnes l’ont signée !
C’est bien le signe que les gens se sentent concernés par l’égalité femme-homme.
J’ai réalisé que quelque chose, au fond d’eux, dormait et qu’il fallait le réveiller.
Et ça tombait bien puisqu’à ce moment-là, je venais de quitter le syndicat étudiant UNEF et j’avais envie de créer une asso féministe.

Quelles sont les actions et quel est le but d’Osez le féminisme ?

Lutter pour l’indifférenciation du sexe et combattre l’oppression des femmes.
Ça passe par le journal qu’on édite (disponible gratuitement en ligne), par des formations, par la création de groupes et de pages facebook, par un recrutement militant à grande échelle et par le lancement de campagnes de sensibilisation sur le viol, la prostitution, le clito.
Toutes ces infos sont relayées via le web, et les réseaux sociaux qu’on utilise beaucoup car ça permet de toucher les masses.
En l’espace de deux ans, on a séduit 10 000 fans et installé 15 antennes en France métropolitaine. Et ce n’est que le début
.


Vie de meuf, quelques extraits :

« Dans mon ancienne boîte, le responsable commercial appelait systématiquement les filles par leur prénom et les garçons par leur nom de famille précédé de monsieur. »

« Lors d’un entretien d’embauche, le recruteur a été étonné que je ne sois pas maquillée, je lui ai répondu que je ne me maquillais jamais.
• Pourquoi, c’est parce que t’es lesbienne ?
• Ça ne vous regarde pas !
• Ah ! non, c’était pas une remarque homophobe ! C’est juste que les gars aiment les filles maquillées. Du coup, les filles normales se maquillent pour plaire aux hommes, c’est pour ça que je me suis demandé si t’étais lesbienne. CQFD. »

« -On m’a dit que vous étiez lesbienne, ce n’est pas possible, vous êtes bien trop jolie !
• Tiens, c’est marrant, on m’a dit que vous étiez un bon coup, et j’ai pensé aussi que ce n’était pas possible ! »

« Entendu ce matin sur France Inter : "Le foot féminin, c’est fantastique. Les joueuses de foot sont de plus en plus belles, ce qui n’était pas le cas avant, et en plus elles sont féminines." Merci beaucoup à France Inter pour votre journalisme sportif très professionnel. »

« En raison de la crise, nos salaires en ont pris un coup : primes supprimées, coefficients baissés, c’est pas la joie. J’ai osé protester… ce à quoi on m’a répondu d’arrêter mes caprices, car moi au moins, j’ai un mari - sous-entendu, avec un salaire conséquent - ce qui n’est pas le cas de tout le monde. »

« J’étais responsable de ventes export depuis 3 ans et avais de super résultats commerciaux. Une semaine après son arrivée, je rentre dans le bureau de mon nouveau responsable alors qu’il discutait avec d’autres directeurs :
• Ah ! tiens, on était en train de parler de toi justement !
• Ah ! bon et vous disiez quoi ?
• On parlait de tes résultats… Et là, il rajoute :
• Non, je rigole, on parlait de tes seins en fait ! »

« Dans mon couple, la répartition des tâches domestiques s’établit naturellement et souvent de manière improvisée en fonction des horaires de présence au domicile ou bien des aptitudes et des goûts des partenaires pour faire qui les courses ou la cuisine, qui le ménage, le repassage, qui l’entretien de la bagnole ou la réparation du vélo… Un détail : je suis une femme qui vit avec une femme. »

Vie de meuf,

éditions Hugo & Compagnie

12,50 euros

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Citations

"On s’autorise à se justifier de hiérarchiser les sexualités en plaidant que personnellement, on aime beaucoup les homosexuels ; cela permet de répondre politiquement à une demande de reconnaissance en tenant le langage de la compassion, de la tolérance, voire de l’affection." Eric Fassin

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