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Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

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Homosexualité en Afrique Noire Mythe ou réalité ? (1)

Tous les témoignages concordent, on peut donc rétablir la vérité historique : tous les peuples "indigènes" toléraient ou mieux acceptaient les pratiques homosexuelles sous des formes diverses avec même souvent des rites, des exceptions à l’hétérosexualité.

Ce sont les esclavagistes puis les colons chrétiens et musulmans qui y ont importé l’homophobie avec leurs religions.

Pendant 5 siècles, ils ont fait honte aux autochtones pour les rapports entre individus de même sexe, les ont menacés des foudres de l’enfer…

Peu à peu, ils ont fait courir le bruit que l’homosexualité n’existe pas, au fur et à mesure qu’elle était moins pratiquée.

Elle restait pratiquée par certains colons, d’où l’idée est venue que c’etait "une maladie de blancs".

L’athéisme, la laïcité, les droits de l’Homme ont fait changer les mentalités en Occident avec les idées d’égalité.

Ce changement a renforcé certains peuples du Tiers-Monde dans l’idée que c’est une perverson amenée par les occidentaux et que l’indépendance d’un pays se mesure à l’augmentation de l’homophobie qui y règne !

Ce faisant, ils se coupent de la communauté internationale, où en général, à peu près partout l’homophobie diminue, en particulier chez les jeunes.

Attention cet article en 4 parties ne défend pas moralement les pratiques hétéro ou homosexuelles, car elles étaient souvent imposées, et même à des jeunes, en clair : aujourd’hui les pratiques pédérastiques ou pédophiliques sont condamnées et c’est normal.

Homosexualité en Afrique Noire Mythe ou réalité ?

1 En Afrique, les études relatives à la construction sociale de la sexualité menées par les Africains eux-mêmes ne sont pas très nombreuses, comparées à celles dont il est possible de disposer en Occident.
L’une des raisons est que l’univers de la sexualité en Afrique depuis l’ère du christianisme est entouré de tabous, à l’instar de plusieurs autres régions du monde.
En Afrique le plus souvent le sexe se pratique davantage qu’il ne se dit  ; même à travers les contes lorsqu’il est abordé, c’est par le biais de métaphores, d’analogies, d’ellipses ou encore de métonymies.

A ce niveau, le langage qui entoure le sexe surtout quand il veut véhiculer un savoir ne peut que se deviner, ou se visualiser par le biais d’œillères pour ne jamais en préciser la pensée.

Bien que le sexe ne se prête pas toujours avec aisance au jeu de l’interprétation, son sens n’est pas systématiquement caché pour les natifs.
Il ne nécessite pas d’être toujours décrypté.
C’est pourquoi au sein des groupes, les acteurs sociaux ne s’interrogeront pas nécessairement sur ses significations, même quand pour un observateur étranger, il peut apparaître contre nature ou obscène.

2 Ce sont donc ces facteurs pris dans leur ensemble qui peuvent expliquer le peu d’engouement des chercheurs Africains sur les questions de sexualité, manifesté par le nombre réduit de publications scientifiques.
Cependant, si les Africains, d’hier et d’aujourd’hui se sont très peu interrogés sur les questions liées à leur sexualité, ce ne fut pas le cas pour les explorateurs missionnaires et pour les premiers anthropologues occidentaux, qui voyaient en ces nouveaux horizons primitifs, « une évasion romantique hors de (leur) culture trop standardisée ».
En d’autres termes, l’univers africain en général et les pratiques socio-sexuelles en particulier apparaissaient pour ces premiers anthropologues à la fois comme une trouvaille exotique, et une occasion de sortir de l’insatisfaction que leur avait donné leur société occidentale.
Ils se feront de ce fait, une vision alternative, des « primitifs » qu’ils observent, oscillant entre une représentation des indigènes comme êtres naïfs (les "Bons Sauvages" de Rousseau) ou comme des êtres aux mœurs perverses.

3 Pour le dernier élément, la terminologie décrivant la perversité sexuelle des africains est très significative.
Ainsi certains de ces auteurs, au rang desquels figuraient de nombreux missionnaires, décrivaient certaines pratiques sexuelles comme : insolentes ; obscènes ; extrêmement vilaines ; "des crimes fous sans impunité" ; indécentes ; des vices détestables ; des copulations contre nature ; érotisme morbide etc.
Cette vision des indigènes par ces anthropologues, soutenue par un discours sociocentriste et moralisateur, a largement influencé leurs travaux « passant de commentaires moralisateurs à des descriptions croustillantes de coutumes sexuelles bizarres, et frôlant parfois même les limites de l’éthnopornographie  ».
Il faudrait ajouter à cela le fait que ces chercheurs étaient tous « andro-phallo et ethnocentriques ».
Rien d’étonnant que lesdits travaux dans leur majorité, exception faite de quelques rares cas comme cela sera démontré par la suite, ne se soient pas intéressés aux pratiques socio-sexuelles des « primitifs » ne s’inscrivant pas dans une logique moralisante ou religieusement acceptable.
L’homosexualité dans toute l’Afrique sera ainsi, dès le XVIIIe siècle, considérée comme inconnue.
D’autres auteurs de cette époque iront jusqu’à situer l’Afrique Subsaharienne hors de la zone sotadique (sotadic zone), qui semble être la zone présumée indigène où se vivait l’homosexualité loin du Sud du Sahara en Afrique (l’Afrique maghrébine laquelle aurait influencé entre autres, la côte est africaine, car dans cette zone précisément, l’origine de l’homosexualité est attribuée par les natifs à l’influence arabo-musulmane). .

4 A l’époque de la colonisation, certains autres auteurs soutenaient que les quelques rares cas de « vices sexuels » observés en Afrique étaient dus à l’influence coloniale, comme le démontre ces propos : « deux vices très répandus dans les sociétés civilisées : onanisme et sodomie, étaient entièrement inconnus (en Afrique chez les Bantous) avant l’arrivée de la « civilisation ! ».
Il n’en n’est plus malheureusement ainsi ». C’est dire que pour ces auteurs, l’homosexualité apparaissait comme le « propre des cultures très civilisées et très policées des peuples blancs ! », ayant trouvé pendant et après la colonisation « des natures très propices sur les terrains nègres  ».

5 Fort de tout cela, qu’un chercheur ose parler d’homosexualité en Afrique, surtout à travers l’histoire pour en faire une construction théorique, apparaît comme inimaginable ou une initiative d’emblée vouée à l’échec : où trouvera-t-il en effet la documentation historique sur l’homosexualité en Afrique, perçue par les premiers anthropologues comme un mythe, c’est-à-dire comme un système de représentations comprenant les images, les légendes ou les récits construits et manipulés à un moment donné par la conscience individuelle ou collective sans qu’elle ne perçoive l’ensemble des implications qui y sont soustendues ?
Une telle tentative défendue par le chercheur peut également apparaître comme l’expression d’une idéologie pro-occidentale qui voudrait à tout prix que l’homosexualité soit généralisée à toutes les organisations sociétales.

6 Cependant, loin de toute polémique, poursuivons l’objectif de cet article, en démontrant que l’homosexualité a toujours été connue et pratiquée en Afrique.
Nous le faisons dans le but de lever le mythe occidental savamment élaboré d’une Afrique qui n’aurait jamais connu l’homosexualité.
Ce qui pose encore en filigrane la préoccupation d’une définition plus élaborée de l’homosexualité concept occidental développé en Occident pour désigner une des pratiques socio-sexuelles qui semblait n’y apparaître qu’exclusivement.
L’un des moyens de vérifier l’existence de cette réalité consiste à voir si le concept et les termes existent dans les langues africaines.
Nous verrons que sur cette question, contrairement aux idées tout aussi occidentales reçues, les langues africaines vont jusqu’à désigner les genres qui vont avec ce type de pratique, et des spécificités que la seule conception occidentale « homosexualité » n’aurait pas pu toujours cerner.
Un tel recours au passé permet de restituer l’historicité socio-sexuelle des populations africaines longtemps mythifiée par l’Occident, et largement ignorée par les africains eux-mêmes.
Pour ce faire, il convient de procéder à une présentation descriptive de certaines réalités (homo) sexuelles d’abord, ensuite, parce que la sociologie n’est pas seulement une socio-graphie mais aussi une socio-analyse, il est aussi utile de mettre en exergue les non-dits des réalités socio-sexuelles qui seront présentées.
Après ce recours à l’histoire, il sera en outre souligné que depuis les années 90, année entre autres de l’ « émancipation » de plusieurs Etats Africains au jeu démocratique dont l’un des principaux fondements est la liberté (social de l’individu dans l’expression ; les choix politiques et idéologiques ; la religion ; la sexualité etc.), l’homosexualité comme orientation sexuelle et les homosexualités comme praxis dynamiques dans l’univers des sexualités se font plus visibles en Afrique.
La description de cette réalité dans plusieurs sociétés africaines et l’examen des facteurs sous-jacents de cette propension à l’homosexualité en Afrique seront rapportés.
Tous ces mouvements, qui constituent les principales articulations de cet article, n’auront pour autre visée que de souligner que l’homosexualité en Afrique, qu’elle soit identitaire ou juste une pratique, est une réalité en terre africaine.
Il apparaît en fin de compte que la préoccupation principale dans ce travail est de lever le mythe occidental d’une absence d’homosexualité en Afrique, et par la même occasion de remettre à jour la thèse selon laquelle l’homosexualité est de tous les temps et de toutes les cultures, à des degrés et à des significations différents.
Autrement dit, c’est l’occasion de mettre en exergue le fait que le vécu sexuel dans plusieurs sociétés africaines comme partout ailleurs, s’inscrivait dans une dynamique particulière, et ayant une logique rationnelle et relationnelle qui leur étaient souvent propres.
Le lecteur pourra aussi se rendre compte que les pratiques de l’homosexualité de nos jours, ne s’inscrivent pas dans le continuum des pratiques d’homosexuels dans l’histoire des sociétés africaines, trouvant plutôt leur essence ontologique dans des facteurs non pas biopsychologiques, mais socio-anthropologiques, facteurs par ailleurs à l’origine de cette visibilisation accrue dans lesdites sociétés.

« (Homo) sexualité » dans l’histoire africaine : socio-graphie et socio-analyse d’une activité « jouissive ».

7 Présenter l’homosexualité dans l’histoire africaine comme une activité « jouissive » peut apparaître de prime abord provocateur.
Cependant, c’est souligner que contrairement à ce qui est toujours paru comme impensable toute l’activité sexuelle en Afrique, même à travers l’histoire, a toujours eu cette dimension relative au plaisir.
Il ne peut en être autrement, sauf en cas de frigidité ou d’excision chez les femmes.
Etant donné que plusieurs sociétés africaines d’antan et même actuelles ont eu à pratiquer l’excision chez les jeunes filles, il sera plutôt dit que le plaisir se percevait surtout chez les hommes, et socialement l’on ne s’attendait pas à ce que la femme le manifestât.
C’est dire qu’à côté de l’objectif premier qui était la reproduction dans l’activité sexuelle des individus dans ces sociétés, peut être placé comme second objectif, le plaisir, entendu comme satisfaction ou surexcitation des terminaisons nerveuses.
Dans ce cas, l’homosexualité pratiquée occasionnellement ou non dans ces sociétés, peut tout aussi être envisagée comme une activité jouissive pour les parties prenantes.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, qu’il soit permis d’apporter quelques éclaircis sémantiques sur les concepts « d’homosexualité » et des « homosexualités » qui seront attribués au vécu socio-sexuel historique des Africains.

Homosexualité ou homosexualités en Afrique : de quelques contours sémantiques dans les langues africaines.

8 Il s’agit de voir à partir du vocabulaire de certaines langues africaines s’il est possible de ressortir les thèmes relatifs à l’homosexualité ou aux homosexualités.
Avant d’y parvenir, il est avant tout utile de préciser ce qu’une conception occidentale entendrait par homosexualité.

9 L’homosexualité est un concept qui trouve son origine dans la Grèce antique, et où il était courant que le maître et l’élève entretiennent les relations étroites pouvant aboutir aux relations sexuelles, dans le but que l’élève atteigne la connaissance.
Il s’agissait alors d’une forme de pédérastie officielle instituée qui avait ses règles, lesquelles devaient être observées par les parties prenantes.
De manière plus précise, il faut dire que la pédérastie à ce niveau associée à l’homosexualité faisait partie de la pédagogie (pédos = enfants ; agogein = accompagner ; pédos agogein serait le fait d’accompagner les enfants vers le savoir philosophique où la relation amoureuse avait une place centrale).
Une telle relation n’était pas concevable entre adultes libres, mais parfois pouvait se percevoir entre un maître et son esclave adulte ou non adulte.
Bref, cette forme de pédérastie pédagogique avait ses lois visant à protéger l’éphèbe (l’adolescent) libre de toute relation impure condamnée en Grèce, c’est-à-dire « toute relation réduite à l’appétit sexuel et privée de toute dimension affectueuse et aimante ».
C’est la raison pour laquelle il est pensé que : « la pédérastie institutionnelle a toutes les chances d’avoir sa source dans une pratique initiatique qui, dans la civilisation grecque classique, débouche, au terme de son évolution, sur une relation pédagogique. »
La pédérastie institutionnelle grecque pouvait être apparentée à un rite initiatique dépourvu de toute essence libidinale et jouissive ; ce qui n’était pas le cas dans la Rome antique où l’homosexualité était acceptée dans le seul but du plaisir de l’homme libre : manifestation de la sexualité active virile.
Il s’agissait là d’une forme d’homosexualité impliquée dans les rapports de classes sociales où le détenteur du pouvoir, le dominant pouvait disposer sexuellement du plus faible, le dominé (esclaves de guerre, enfants…), ce dernier se comportant de façon passive.
La sodomie à ce niveau des relations de position et de pouvoir était de rigueur, toute autre forme de sexualité comme par exemple le coït inter fémoral ou le coït pénibuccal était regardée comme « contre nature ».

10 C’est la forme romaine d’homosexualité, construite et déconstruite au fil des temps depuis la décadence de l’empire romain, qui a servi de modèle conceptuel en Occident.
En effet le déclin de l’empire romain dans l’histoire a établi, entre autres, la suprématie de la doctrine judéo-chrétienne qui a contribué à stigmatiser l’homosexualité, considérée comme une inversion et une perversion sexuelle.
C’est au XIXe siècle, que Karoly Maria BENKERT va créer le néologisme « homosexualité », qui s’imposera seulement à partir du XXe siècle.

11 L’homosexualité a de nos jours plusieurs acceptions : on parle d’homosexualité identitaire ; de pseudo-homosexualité ou encore d’homosexualité situationnelle. L’homosexualité identitaire désigne l’orientation sexuelle chez un individu ayant une attirance explicite ou non pour les personnes de son sexe, et qui, après une série d’étapes psychosociologiques, parvient à la reconnaissance et l’acceptation de son identité en tant que homosexuel. Cette reconnaissance se traduira chez de nombreux individus, par l’intégration progressive active ou non à une communauté homosexuelle, quand elle existe.
Cependant cette intégration n’est pas systématique.
La pseudo-homosexualité, quant à elle, désigne une forme d’homosexualité basée sur l’activité sexuelle exclusivement, et qui imite le plus souvent les rapports hétérosexuels.
A ce niveau le type de sexualité passe du rang de fin à celui de moyen.
L’homosexualité situationnelle peut également être liée à cette forme de sexualité.
Une telle orientation sexuelle est abandonnée quand l’individu change de milieu. Cette forme d’homosexualité circonstancielle se rencontre le plus souvent au sein des prisons, dans les internats ou au cours de certaines cérémonies initiatiques.
Au fur et à mesure que le travail avancera si le besoin se fait ressentir, l’homosexualité dont il est question sera à chaque fois précisée.
Par homosexualités, il faut entendre l’ensemble des pratiques s’inscrivant en dehors de toute relation pénivaginale orthodoxe, qu’il est possible de rencontrer à la fois chez les individus ayant une orientation hétérosexuelle et chez les individus ayant une orientation homosexuelle (identitaire ou non).
Ce concept « homosexualités » est une partie de l’approche du concept espagnol connu sous le nom d’ « entendido ».
L’ « entendido » ne saurait être confondu avec la pseudo-homosexualité, car il y a le facteur libre arbitre qui intervient, ce qui ne se rencontre pas toujours dans les prisons par exemple où il est surtout question de viols homosexuels que d’ « entienden ». L’« entendido » espagnol constitue un élément du concept « homosexualités » d’après cette analyse.
En effet, les homosexualités intègrent aussi les pratiques des individus hétérosexuels qui, dans le champ de la sexualité, ne s’inscrivent pas dans l’orthodoxie d’une relation sexuelle strictement pénivaginale, mais dans une dynamique de pratiques sexuelles jadis considérée comme hors norme.
C’est la raison pour laquelle la compréhension de ce concept dans cette étude se focalise exclusivement dans le domaine de la praxis sexuelle différenciée de ce que la norme envisage, praxis entreprise comme alternative à cette norme.
A partir de cette précision sémantique il sera donc nécessaire de ressortir les thèmes relatifs à l’homosexualité, la pseudo-homosexualité ou aux homosexualités dans certaines langues africaines.
Il faudra avant tout préciser que ce ne sont pas toutes les langues africaines qui ont des notions relatives aux réalités conceptualisées ci-dessus.
Cependant, certaines sociétés en Afrique communiquent à l’aide de langues où il est possible d’observer que ce vide conceptuel et linguistique est comblé.

12 C’est ainsi par exemple qu’en Angola dans le groupe ethnique dénommé Quimbandas, la sodomie était fréquente parmi les hommes, et les hommes ayant ces rapports sexuels avec les individus du même sexe étaient aussi désignés sous ce vocable : quimbandas.
La spécificité de ce groupe ethnique était qu’ils avaient de tels rapports sexuels tout en étant habillés en femme.
D’ailleurs l’une des figures la plus marquante parmi eux était le Ganga-ya-Chibanda, ou le grand prêtre, le superintendant des sacrifices rituels qui s’habillait comme une femme, même en dehors des offices religieux.
Il marquait un point d’honneur à ce qu’on l’appelle : « la grand-mère ».

Vu sa position sociale, tout ce qui pouvait être considéré comme un écart de conduite venant de lui était toléré par le groupe.

13Chez les Wawihé, constructeurs du haut plateau du Bangalla (toujours en Angola), l’homosexualité se confondait à la bisexualité et était désignée omututa qui signifie précisément l’activité ou la passivité dans la pratique du sexe anal (paedicatio).
La masturbation mutuelle très répandue chez ceux qui avaient des rapports sexuels, avec des personnes de l’autre sexe, aussi bien que chez ceux qui en avaient avec les individus du même sexe étaient désignée et continue de l’être par le terme okulikoweka, littéralement terme qui renvoie aux rapports sexuels male-male ou femelle-femelle.
Le coït interfemoral y était aussi fréquent et connu sous le terme de otjizenja. Ce terme fait également référence au coït interfemoral dans un rapport hétérosexuel.
La masturbation solitaire ou okukoweka était regardée socialement avec beaucoup de dédain.
Dans une relation homosexuelle suivie entre deux partenaires, les deux amoureux étaient connus sous le nom eponji (aponji en est le singulier, donc l’amoureux d’un homme parce qu’il est différent du mot mukuetu, qui désigne plutôt la camaraderie ou un ami avec lequel il n’ y a pas de relation sexuelle).

14 Dans la région Est des Wawihé, les eponji sont désignés parmi les Ovigangellas (ou Gangellas ou encore Ovagandjera) : m’uzonj’ame.
L’expression Katumua k’ame traduit également la même réalité et signifie mot à mot « ma fille », et par extension « mon amoureuse ». Le coït interfemoral était traduit par m’ahanda et l’est encore jusqu’à nos jours chez les Wawihé.
La digitatio ou kuzunda est un type particulier de masturbation mutuelle où les glands des pénis sont frottés les uns aux autres.

15 Au niveau du kirundi, qui est la langue parlée au Burundi, certains auteurs ont trouvé cinq mots pour désigner l’homosexualité. Il s’agit de : kuswerana nk’imbwa (faire l’amour comme des chiens) ; kwitomba (se faire l’amour) ; kunonoka (littéralement, être souple) ; kuranana inyuma (mot swahili d’origine et mal écrit en kirundi.
En principe il s’écrit : kuralana nyuma et veut dire, faire l’amour de façon anale) ; ku’nyo36.

16 A Zanzibar dans la zone tanzanienne, la pénétration anale passive est appelée kufira.
Kufirwa traduit le fait d’être pénétré de façon anale. Les pratiques lesbiennes à Zanzibar sont traduites soit par kulambana qui vient de kulamba qui veut dire lécher, c’est se lécher mutuellement et désignerait par déduction le cunnilingus  ; soit encore par l’expression : kujitia mboo wa mpingo s’introduire un pénis en bois d’ébène.
Cette pratique lesbienne était répandue dans presque toutes les sociétés africaines où les relations sexuelles entre les femmes pouvaient être rencontrées, comme chez les femmes Haoussa du Nord du Nigeria.
Quand elles se frottent les parties sexuelles au Zanzibar, on parle alors de kusagana.

17 En kiswahili, les homosexuels des deux sexes sont appelés : mke-si mume c’est-à-dire littéralement la femme n’est pas l’homme.
Il s’agit plus précisément des homosexuels adoptant le comportement passif dans les pratiques sexuelles. Il existe aussi un autre terme mzebe dérivé de l’arabe khanith ou hanisi qui littéralement qualifie une personne impotente ou impuissante sexuellement, mais qui traduit toujours l’homosexualité.

18 Chez les Haoussa du Nord du Nigeria, l’homosexualité masculine est désignée par dan kashili.
Cependant il existe une institution beaucoup plus connue appelée dan daudu (pluriel Yan daudu) c’est–à-dire littéralement le fils de Daudu.
Le daudu se réfère à la pratique des hommes qui agissent comme des femmes et qui couchent avec les hommes.
Ils servent également d’agents de prostituées : kawalai, sorte de proxénètes ou d’agents intermédiaires.
Culturellement cette pratique est comprise en terme de genre, plutôt qu’en terme de sexualité, puisque les hommes qui ont les relations sexuelles avec les hommes sont dits masu harka c’est-à-dire « ceux qui font la chose ou l’affaire  ».
Son abréviation est masu yi, « ceux qui le font ! (la chose) ».
Quand les Yan daudu se rencontrent ils s’appellent k’awaye (copines).
Quand ils ont des rapports sexuels dans le même groupe, ils appellent cela kifi, c’est-à-dire lesbianisme, quand bien même les parties prenantes sont les hommes phénotypiquement parlant.
Cette expression se réfère surtout aux hommes socialement égaux qui ont des rapports sexuels entre eux.
Il s’agit donc de la désignation d’un modèle de rapport sexuel intragénérationnel, à cause du même statut social des acteurs impliqués, même si à partir d’une première observation, en fonction de la différence d’âge des acteurs, on serait tenté de parler du modèle transgénérationnel.
K’wazo désigne le pédicon ou le partenaire insertif et baja le pédiqué où le partenaire réceptif dans ce genre de rapport sexuel.

19 Dans la Côte Est africaine, c’est le kiswahili qui est parlé de manière générale, avec de légères variantes.
Ainsi, les termes relatifs à l’homosexualité seront shoga ( littéralement, ami garçon-garçon) dans la variante kiswahili de Monbassa et désigne le pédiqué de manière plus précise ; kanith ou hanisi dans celle parlée à Zanzibar ; m (i) senge dans le dialecte swahili de la Tanzanie.
Tous ces termes au pluriel prennent le préfixe « ma » : on dira alors : mashoga, makhanith, mahanisi. Le partenaire actif du shoga est le basha (mabasha) ou haji (mahaji). Plus précisément, le basha est le « mwanaume anamwingila mwenzake », l’homme qui entre dans ses partenaires/ses amis  ; tandis que le haji est le « mwanaume rasmi rijali » c’est-à-dire le vrai homme, l’homme puissant.

20 Au Cameroun chez les Bafia (Fia), le fait que les adolescents pénétraient analement les plus jeunes, ou étaient engagés dans une relation anale réciproque était traduit par l’expression ji’gele ketön .
Il a été découvert chez les Luba, un groupe du Congo (ancien Zaïre) dans la province du Kasaï oriental, qu’il existait un autre rôle de genre en dehors du rôle masculin et féminin connu sous le nom kitesha41 (bitesha pluriel).
Ceux-ci n’aimaient pas travailler, ils n’aimaient pas rester avec les autres hommes, ils se comportaient comme les femmes, s’habillaient en vêtements de femmes.

21 Dans la zone Sud Africaine l’homosexualité n’était pas une chose inhabituelle.
C’est ainsi que l’homosexualité des Ovambos, un groupe parmi les Hottentots, était proverbiale.
Les hommes efféminés qui subissaient les relations sexuelles anales passives étaient les ovashengi (singulier eshengi).
Chez les Hereros ou Ovahereros, l’amoureux (homosexuel/le) était désigné par le terme epanga et une amitié érotique est appelée oupanga (avec pratiques homosexuelles ou lesbiennes).
La pédérastie masculine avec pénétration anale était traduite par l’expression okutunduka vanena, littéralement « monter les garçons », comme l’on monte les taureaux.
La masturbation solitaire est appelée okurikuatisa, okuripikapikisa et okutirahî.
L’onanisme mutuel se traduit par okutjanda omuzu, okukara omuzu, okurareka ‘mukuao, que ce soit dans des rapports sexuels entre mâles aussi bien que les rapports sexuels femmes.
Quand un Hottentot voulait avoir des relations homosexuelles avec un autre individu, il lui présentait un gobelet plein d’eau en lui disant « Sore – gamsa are ! », c’est-à-dire : « bois encore de l’eau de la douleur ou de l’irritation » ; ou « sore-gamsa ure ! », « prends encore de l’eau de la douleur ». Si l’autre prenait le verre d’eau, c’était le signe de son approbation pour l’acte sexuel à venir.

Chez les Kaffirs, membres du groupe Ngoni encore appelé Xhosa, l’onanisme solitaire est appelé gûi-gûisen, c’est-à-dire littéralement rendre son corps (pénis) raide. La masturbation mutuelle est appelée ôa-/huru ou /huru. La tribadie est désignée par le terme /goe-ugu.

22 A l’issue de cette présentation, il apparaît que dans certaines langues en Afrique les termes ou expressions relatifs aux rapports sexuels entre les individus du même sexe sont connus. Ils désignent le plus souvent les comportements sexuels avec précision  : kufira (kiswahili), shoga (kiswahili), ji’gele ketön (langue bafia du Cameroun), eshengi (ovambos), hanisi (kiswahili de Zanzibar), okutunduka vanena (hereros), désigneront la pénétration anale dans le sens réceptif ou alors les individus qui acceptent une telle relation ; tandis que basha, haji ( variante kiswahili de Monbassa) par exemple traduiront la pénétration anale insertive ou les individus qui ont ce rôle dans les relations (homo) sexuelles.
A ce niveau, il ne peut déjà pas être question d’une quelconque affirmation de l’homosexualité identitaire, avec précision de rôles (actif/passif), puisque les langues n’ont pas désigné les classes sociales et les classes d’âge des parties prenantes.
S’agit-il des individus de même sexe et de même classe sociale : le rapport sexuel apparaîtra alors intergénérationnel ?
S’agit-il plutôt de rapports sexuels entre jeunes et vieux socialement parlant : les rapports sexuels sont présentés comme transgénérationnels ?
S’agit-il au contraire d’initiation ?
Rien de tout cela n’est spécifié dans les langues qui ont été présentées, et une conclusion hâtive amènerait un risque élevé d’interpréter les actes pédérastiques comme étant des rapports homosexuels identitaires, ce qui est loin d’être le cas.


23 Les masturbations solitaires sont désignées, okukoweka (wawihé en Angola), gûi-gûisen (xhosa), okurikuatisa (hereros), okuripikapikisa, okutirahî, tantôt appréciées tantôt socialement méprisées.
Cependant, les termes relatifs à la masturbation mutuelle sont plus descriptifs : c’est le cas par exemple de kuzunda (wawihé) qui précise le fait que dans cet attouchement sexuel, ce sont les glands qui sont frottés les uns contre les autres ; ou encore le terme kusagana (kiswahili de Zanzibar) qui traduit le fait pour les femmes de se frotter les parties génitales l’une contre l’autre. Les pratiques comme la tribadie ou le cunnilingus sont également connues /goe-ugu (xhosa), kulambana.

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Citations

A Tardieu éminent professeur en 1857 : "le pédéraste a une dilatation extrême de l’orifice anal, l’incontinence des matières, les ulcérations, les rhagades, les hémorroïdes, les fistules, la blennorragie rectale, la syphilis, les corps étrangers introduits dans l’anus, la forme et la dimension excessive du pénis, une verge tordue sur elle-même, signent l’appartenance à l’espèce nouvelle, stigmates physiques, témoins matériels d’une dépravation profonde inscrite dans l’esprit des invertis". Suite demain…

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