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Heterhomo

Égalité des Genres et des Sexualités dans le Monde de l'Éducation

Concert pour tous mardi 21 mai à la Bastille !

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Homosexualité en Afrique Noire (3)

53 Des cas similaires ont aussi été notés chez les Mossi du Burkina-Faso, à la cour royale, dès le début du XXe siècle.
De jeunes garçons appelés Soronés ou pages étaient choisis parmi les plus beaux, entre l’âge de sept ans et quinze ans.
Revêtus en vêtements de femmes, des rôles féminins leur étaient attribués, incluant aussi des rapports sexuels avec les chefs.
Cela se faisait (les rapports sexuels) le vendredi, car ce jour tout rapport hétérosexuel était socialement prohibé.
Une fois que les Soronés avaient atteint la majorité, le chef leur donnait des femmes.
Un tel couple appartenait au chef, de même que sa progéniture.
Ainsi, un garçon issu du couple suivait la voie de son père, tandis que la fille était tout aussi promise à un Soroné adulte, tout comme l’avait été sa mère.
Il apparaît ainsi que le système social de reproduction était bien manœuvré et faisait penser au système de caste, où l’on est Soroné de père en fils.
A ce niveau, l’homosexualité est vue comme un acquis, une prédisposition sociale, car le Soroné ne l’est pas par goût, mais parce qu’il a été choisi, à travers des critères subjectifs, mais socialement forts et signifiants de beauté, dans la société Mossi.
Leur choix et leur rôle étaient associés à l’interdit social d’avoir des rapports hétérosexuels le vendredi.
Une fois de plus est mis en exergue la suprématie de la masculinité, car tout se passe comme si le vendredi, les femmes devaient s’abstenir sexuellement, tandis que les hommes pouvaient continuer de jouir de leur plaisir en substituant les objets sexuels.
Il faut préciser que ce n’était pas tous les hommes qui avaient ce privilège, mais seulement les chefs et, partant, les détenteurs du pouvoir qui ont par ce fait même la plena potentia agendi (le plein pouvoir d’agir) sur leur sujet.

54 Les Ashanti, chez les Akan de Côte-d’Ivoire, avaient créé au XVIIIe siècle un puissant empire guerrier où les esclaves de sexe masculin étaient utilisés comme des concubines ou des amoureuses.
Une fois leur maître mort, ils étaient aussi mis à mort.
Ce type de relation dans la société Ashanti était accepté et allait même jusqu’à se répandre chez les jeunes libres, qui se rendaient plus efféminés.
Cette situation trouve son explication dans le fait que les Ashanti étaient une société matrilinéaire.
De ce fait, il était avantageux d’être des « femmes », des « concubines », à cause du statut très élevé qui était attribué aux femmes et des avantages sociaux qui l’accompagnaient : respect, dignité, héritage
Il apparaît ainsi qu’être efféminé pour certains hommes libres, pouvait servir comme tactique de positionnement et d’autorité, capitalisée par l’acceptation, le consentement d’une relation homosexuelle.
C’est dire que ces hommes-femmes n’étaient pas seulement symboliquement et socialement reconnus comme des femmes, mais à travers cette relation (homo) sexuelle socialement tolérée, ils devenaient de facto des femmes.

55 Les relations homosexuelles de type intergénérationnel entre les Bangalla d’Angola étaient très courantes, surtout au cours des voyages, quand ils n’étaient pas en la compagnie des femmes, leurs épouses.
C’est l’une des raisons pour laquelle la masturbation mutuelle Okulikoweta et la sodomie Omututa étaient répandues et regardées avec peu ou pas de honte.
C’est par contre la masturbation solitaire, onanisme, Okukoweka qui était considérée avec mépris.
Cela fait penser au côté communautaire des sociétés africaines, communauté qui ne connaît aucune limite.
Le sexe n’est pas alors perçu comme une activité solitaire, mais nécessairement duale ou groupale : son plaisir ne pouvant avoir un sens que dans la communauté, lequel doit être partagé.
Cependant, c’est l’exercice du rapport sexuel entre hommes ou entre femmes auquel il est possible d’attribuer ce communautarisme, puisque celui-ci avait lieu quand les hommes visitaient les villes étrangères, ou pendant les périodes de pêches en groupe, loin des femmes.

56 A ce niveau, l’homosexualité identitaire peut être aperçue.
En effet, chez les Ashanti, l’homosexualité socialement acquise par les esclaves ou quelques hommes libres pouvait être considérée comme identitaire, à cause du statut social que cela conférait.
Le fait pour les jeunes Azande d’accepter les présents de leur prétendant et de vivre avec eux en couple, montre bien que durant cette période jusqu’à la majorité des jeunes, l’identité homosexuelle était acceptée, comprise et intégrée.
C’est pourquoi ces garçons pouvaient faire des travaux attribués socialement aux femmes, accepter des relations sexuelles avec les hommes, mais surtout parvenaient à appeler leurs amoureux badiare.
Pour ce qui est des femmes, dans la plupart des cas, il s’agissait de pseudo-homosexualité, qui compensait soit l’absence des hommes, soit leur incapacité à satisfaire leurs jeunes épouses.
Cependant, des cas d’homosexualité identitaire couverts par les expressions d’aponji ou eponji, peuvent être mis en exergue.
C’est dire que dans ces amitiés amoureuses entre femmes ou entre hommes qui pourraient être établies, il ressort une forte prise de conscience de l’investissement sexuel qui entourait les amitiés.
Le but des actes sexuels était peut-être de renforcer l’amitié, de la sceller, toujours est-il que tout cela passait par la prise de conscience de ce caractère d’amitié hors du commun.
C’est pourquoi les langues ou les sociétés à travers les langues ont su qualifier de telles amitiés, les distinguant de celles sans investissement érotique entre ami (es) de même sexe, mukuetu.
L’ensemble de tout ce qui vient d’être présenté s’inscrit alors dans ce qu’il est convenu de nommer les homosexualités, car on y voit un éventail large des relations sexuelles que ce soient hétérosexuelles ou encore homosexuelles (pseudo ou identitaire).
Dans ce sens, les termes pour désigner la sexualité et les rôles joués par chacun dans l’acte sexuel s’appliquaient à la fois aux couples hétérosexuels et aux couples homosexuels (voir supra).
Cependant, il reste les cas spécifiques de comportement des individus à mi-chemin entre le genre féminin et le genre masculin.
Certaines sociétés africaines reconnaissaient cette particularité au point de les identifier, de les nommer avec peu ou prou de dédain.

« Gender-defined homosexuality »

57 Ce type de comportement est désigné sous le terme du genre défini en fonction du rôle qu’acceptent jouer les individus, en dépit de leur caractère phénotypique et du comportement social qui l’accompagne.
Le monde occidental pouvait alors parler de travestisme, mais nous nous parlons d’homosexualité définie à travers le genre.
En effet la plupart de ces individus préféraient avoir des relations avec les personnes de leur sexe, ou alors c’est la société qui leur en donnait l’autorisation tacite.

58 Chez les Massai du Kenya par exemple, certains initiés, appelés Sipolio, aimaient sortir vêtus et maquillés en femmes et avaient des relations sexuelles avec les hommes.
Il en était de même de certains prêtres comme le ganga-ya-chimbanda qui disait ne pas aimer les femmes et la société acceptait cela comme étant la volonté de Dieu
.
C’est le cas aussi pour les religieux en chef des Meru, agriculteurs du Kenya qui portaient le nom de Mugawe, s’habillaient en femmes et parfois épousaient des hommes.
Chez les Zanzibars certains esclaves étaient destinés à jouer ce rôle.
Ils étaient ainsi exclus des durs labeurs, bien habillés systématiquement, rendus plus efféminés, ku/ainishwa.
Chez les Zanzibar toujours, il existait même des rites d’inversion à travers la possession des esprits, où les hommes étaient habillés en femmes : ce sont les mashoga (pluriel de shoga voir supra).
De tels rituels semblent alors « marquer la centralité du genre vers l’organisation sociale et les hiérarchies sociales, aussi bien que les limites du croisement de genre deviennent des parts significatives des défis, des expressions et de et de la réinvention de l’ordre social ».
Au Sénégal, de tels individus sont désignés en Wolof gor-digen ou des hommes-femmes, lesquels fournissent de grands efforts pour mériter cette appellation, à grand renfort de maniérismes, tout cela rappelant les femmes au souvenir de tout observateur.
Ils avaient aussi des relations sexuelles avec les hommes, c’est la raison pour laquelle, le Wolof, utilise le même terme pour désigner l’homosexualité : gor-digen et le partenaire insertif homosexuel ou hétérosexuel est désigné par yauss, le partenaire réceptif par oubi c’est-à-dire « ouvert ».
Dans la province du Kasaï oriental, ce rôle alternatif était appelé kitesha désignant les femmes ou les hommes se retrouvant dans lesdits rôles et ayant des relations sexuelles avec les individus de leur sexe.
Dans le Sud de la Zambie, de tels individus étaient désignés mwaami dans la langue Ila.
Ils s’habillaient comme des femmes, faisaient des travaux attribués aux femmes, dormaient avec les femmes sans coucher avec elles.
Ils étaient considérés comme des prophètes, c’est d’ailleurs la signification de leur nom.
La pédérastie n’y était pas rare, cependant elle était considérée comme dangereuse, car ils craignaient (les membres de la société) que les jeunes garçons reçoivent des grosseses.

59 Il existait aussi des cas de passage à travers les genres observés dans certains mariages de femmes, veuves et âgées, qui épousaient des jeunes filles pour qu’elles leur procurent une descendance.
Le choix du partenaire de l’autre sexe était fait par le « mari », c’est-à-dire la femme plus âgée qui avait payé la dot de la jeune femme.
Les enfants issus du couple lui appartenaient alors et constituaient sa descendance. Cela se passait lorsque le mari de la veuve était mort sans lui laisser des enfants.
Ce fut par exemple le cas chez les Nuer en Ethiopie ; chez les Yoruba au Nigeria ; chez les femmes Zulu, surtout les plus riches ; chez les Nandi du Kenya ou le mari-femme est appelé manong’otiot ; chez les Kikuyu, les Venda d’Afrique du Sud où une telle dot est désignée par Lobola.
Le mariage des femmes était aussi une pratique courante dans la cour du Bénin, et dans le Transvaal en Afrique du Sud.
Il apparaît alors que les femmes plus âgées, ne pouvaient avoir ce droit que parce qu’elles étaient parvenues à traverser le genre social qui leur était attribué. C’est comme une forme de promotion, puisque dans certaines sociétés comme chez les Nandi du Kenya, ont dit : Katogotogosta Komostab murenik, c’est-à-dire qu’elles sont parvenues à atteindre le même niveau que les hommes.
C’est l’interprétation socio-anthropologique qui peut être apportée ici, pour traduire ces mariages lesbiens où le sexe, faut-il le préciser n’intervenait que par personne interposée, dans le seul but de la procréation, la descendance appartenant alors à la femme plus âgée, de même que la jeune fille, qui était appelée à lui vouer respect et dévouement sans aucune faille.

60 Les hommes qui traversaient les genres, contrairement aux femmes, avaient des relations sexuelles avec les individus de leur sexe.
Cela était parfois accepté comme chez les Ashanti et dans la plupart des tribus où ces comportements étaient observés, mais parfois aussi, la sodomie était redoutée par crainte d’une grossesse ou à cause de la douleur physique que sa pratique entraînait comme chez les Hottentot par exemple ou encore en Zambie.

61A travers tout cela, il ressort que l’Afrique dans son histoire a connu divers type d’homosexualité : tantôt occasionnelle, tantôt identitaire, tantôt une sexualité s’inscrivant en dehors de l’orthodoxie judéo-chrétienne hétérosexuelle, avec pour particularité que chaque acte sexuel bien défini, dans plusieurs sociétés, était linguistiquement qualifié, donc dans une certaines mesure conceptualisée.
Somme toute, cette partie historique et analytique de la réalité homosexuelle en Afrique, montre que l’homosexualité n’était pas une réalité conceptualisée dans toutes les sociétés africaines.
Quand bien même c’était le cas, les significations n’étaient pas toujours en accord parfaits avec la conception Occidentale.
Ainsi, tandis que l’homosexualité en Occident connote la symétrie relationnelle entre homme-homme et femme-femme, en Afrique dans l’histoire elle dénotait une orientation exclusive et temporaire en fonction des classes sociales.
Les sexes n’y étaient pas conçus de manière symétrique.
S’il est donc vrai que l’homosexualité est et a toujours été de toutes les cultures, sa perception sociale, sa désignation, son interprétation bref sa conceptualisation par contre, n’est pas la même dans tous les horizons sociaux.
Autrement dit, désigner l’homosexualité dans l’histoire africaine ne peut se faire qu’à partir d’un compromis théorique quant à l’évaluation et la désignation des contenus relatifs à l’objet même de l’homosexualité.
C’est ce compromis qui a été tenté d’être réalisé ici, l’homosexualité étant d’abord identifiée à la lumière de la perception occidentale pour enfin s’en détacher à travers la notion du « Gender-defined role » ; ou encore à travers la notion d’homosexualité chez les Azande et les Mossi où il ne s’agit en réalité que d’une étape homosexuelle pour les individus, pleinement assumée, vers une autre étape : l’hétérosexualité avec au passage la reproduction des schèmes socio-sexuels envers les cadets sociaux et les cadets d’âge.

Comment se présente l’homosexualité de nos jours en Afrique ?

Manifestations et facteurs explicatifs de l’homosexualité dans les villes d’Afrique contemporaine

62 Après avoir exploré et essayé de sortir la réalité homosexuelle à travers l’histoire en Afrique de son mythe, il s’agit maintenant de voir comment se manifeste l’homosexualité de nos jours en Afrique, mais aussi de ressortir quelques facteurs sociologiques explicatifs de cette visibilité notoire.

63 Durant la période coloniale jusqu’à la période post-coloniale, les rites, mœurs, et coutumes qui ont été présentés dans la partie historique de ce travail et relatifs aux diverses formes de pratiques, homosexuelles, ont été longtemps combattus et déniés en Afrique.
C’est ainsi que plusieurs pays africains, après les indépendances, et copiant les législations des anciennes puissances coloniales d’alors, interdirent l’homosexualité en la considérant comme un crime passible d’un emprisonnement et d’une forte amende
.
L’homosexualité a alors pris en Afrique, « la clé des champs », à tel point que plusieurs esprits ont pensé en toute bonne foi que l’homosexualité n’avait jamais existé en Afrique.
Ils arguaient pour bon nombre d’entre eux, du vide linguistique et conceptuel pour désigner la réalité homosexuelle ; oubliant que vide conceptuel ne veut pas dire absence de pratique, mais tout au plus, peut signaler que la société ne modèle pas culturellement une telle pratique.
De plus, comme cela vient d’être démontré, ce ne sont pas toutes les sociétés africaines qui faisaient montre de ce vide conceptuel en matière d’homosexualité, plusieurs s’en démarquaient et continuent de le faire, avec une précision telle que le seul concept d’homosexualité tel que perçu à l’occidentale, pris dans toute sa complexité n’aurait pas suffi à cerner ou à englober les réalités homosexuelles africaines décrites
.

64 La genèse des manifestations ou de la visibilité croissante du fait homosexuel en Afrique est différente, selon que l’on se trouve en Afrique au Sud du Sahara ou en Afrique du Nord.
Le constat qui se dégage cependant et pouvant être généralisé, est que c’est à partir des années quatre vingt que l’homosexualité a commencé à devenir visible en Afrique, notamment dans la partie Sud.
En effet à Cape Town dès 1980, une discothèque pour homosexuels/les voyait le jour et organisait des compétitions de « dragues » ou « drag queen ».
Au Zimbabwe, l’association des « Gays and Lesbians of Zimbabwe » (GALZ) fut mise sur pied dès 1990 avec deux principaux objectifs : promouvoir les services sociaux aux gais et lesbiennes dans le pays, et établir un programme de counselling sur le VIH/SIDA90.
La première « gay pride » (sorte de festival homosexuel) organisée en Afrique eu lieu en Afrique du Sud en octobre 1990, en dépit de l’apartheid dans lequel vivait le pays et en dépit aussi du fait que la sodomie et par extension l’homosexualité était punie et condamnée
.

65 En Afrique francophone, c’est avec l’avènement du processus de démocratisation, marquant, entre autres, les libertés individuelles d’expression, de religion et pour certains de choix sexuels, que l’homosexualité a été de plus en plus visible.
Exception faite de la Côte-d’ivoire où dès les années quatre vingt aussi, l’homosexualité était déjà visible, notamment avec le passage à la télévision d’Oscar, un jeune homme qui s’était investi et imitait à la perfection la star Ivoirienne Aïcha Koné.
Les journaux « Ivoire Dimanche » et ensuite « Fraternité Matin » emboîtèrent le pas à la télévision à travers des reportages sur ledit Oscar. Nous sommes exactement en 1982, et tout cela semble-t-il avait reçu un écho favorable du public
.

66 Au Cameroun, les lieux de rencontre se sont multipliés, surtout dans les grandes villes : il s’agit le plus souvent de bars, restaurants, de boîtes de nuit…La première boîte gay fut ouverte en 2002 à Douala (capitale économique du Cameroun), « le Pacific » et fermée parce que le bailleur des lieux voulait y faire un autre investissement.
Une seconde boîte de nuit fut ensuite ouverte dans la ville de Douala toujours, par ailleurs capitale économique. La boîte de nuit fut également fermée parce que son propriétaire, un Occidental, devait retourner chez lui, laissant au Cameroun son « époux ».
D’après nos enquêtes, une autre boîte de nuit, le « folofolo », est toujours opérationnelle.
L’homosexualité dans le milieu gay au Cameroun est appelée « nkouandengué », néologisme désignant à la fois le concept et l’activité
.
A Soweto le terme qui désigne les gays est Sitabane et traduit littéralement un individu ayant deux organes : un hermaphrodite.
Cela s’explique par la dominance de la perception sociale selon laquelle les homosexuels auraient deux organes sexuels.
En Côte-d’Ivoire le réseau de sociabilité est désigné par les homosexuels eux-mêmes par « le milieu ».
Bien que « dispersé dans la ville, le milieu ne s’est pas organisé en ghetto, il ne revendique pas non plus une culture gay.
La clandestinité n’est pas pour autant une nécessité.
Pas de répression policière spécifique, pas de stigmatisation par l’opinion publique : le fait homosexuel suscite principalement la curiosité ».


67 Cette réalité n’est pas similaire dans les autres villes africaines, où l’homosexualité est réduite à la clandestinité.
Au Kenya le lieu de rencontre principal des homosexuels en ville est dans les toilettes publiques ou encore les « cottages » ou au bord des plages, dans les zones estuaires.
Au Cameroun, les homosexuels sont contraints de vivre cachés et de se constituer en réseaux fermés, restreints et pratiquement inaccessibles.
Les lieux de rencontres obéissent à des lois internes en fonction des villes, avec une moindre insistance sur le type de quartier.
Ils se réunissent pour se divertir comme ils peuvent et où ils peuvent. C’est pourquoi nous appelons leur lieu de rencontre des small g, « g miniature », c’est-à-dire des endroits où l’on rencontre des gays, mais pas exclusivement, certains jours de la semaine et à certaines heures.
C’est ainsi par exemple qu’à Yaoundé, le dimanche à 22 heures, dans un quartier de la ville, la probabilité de rencontrer un grand nombre d’homosexuels est élevée.
Ils s’y réunissent dans un bar et utilisent l’expression codée « la messe de 22 h » pour y faire allusion.
Aller à la messe le dimanche à Yaoundé dans un certain bar à 22 heures, signifie en d’autres termes faire une sortie pour se rendre dans le milieu gay et établir éventuellement des contacts.
A Bastos au Carrefour, dans un autre quartier de la ville de Yaoundé, les rencontres se font souvent le samedi, à partir de 20 heures
.

68 Les boîtes de nuits et devantures des hôtels sont aussi des lieux privilégiés de grande visibilité de l’homosexualité en action en Afrique.
Il faudrait préciser que la plupart du temps, il s’agit d’homosexualité identitaire exprimée juste parce qu’ « on se sent comme ça ! » ou parce qu’ « on est là dedans ! ».


69 Tout cela montre que dans bien des cas, le « marché homosexuel » africain qui est encore en devenir à cause des contraintes sociales, tend de plus en plus à s’affirmer, à s’ériger en une sorte de communauté, de sous-cultures, car :

70 « Il suffit qu’un groupe quelconque d’individus ait un minimum de vie commune, qu’il soit un tant soit peu séparé d’autres groupes, qu’il occupe en petit coin de l’espace social, qu’il se pose les mêmes problèmes et peut-être qu’il ait quelques ennemis en commun pour qu’une culture se développe ».
71 Internet en Afrique est également un autre lieu de manifestation du fait homosexuel à travers les sites de rencontres gais, lesbiens ou bisexuels.
Au Cameroun, le plus populaire et le plus fréquenté c’est le site « www. cybermen. com ».
Le but avoué des acteurs sociaux s’y rendant est le désir de trouver un partenaire occidental de préférence, qui pourra jouer le rôle de sponsor économique et enfin qui pourra faire voyager en Europe le correspondant.
Ainsi, l’usage d’Internet par les homosexuels en Afrique, en plus de se divertir ou de faire des recherches autres, apparaît aussi comme une tactique de positionnement favorisant l’accès à un mieux-être supposé se retrouver exclusivement en Occident
.

72 Les prisons sont aussi les endroits privilégiés de l’homosexualité en Afrique. Il s’agit dans la majeure partie des cas d’homosexualité situationnelle due, semble-t-il, à la promiscuité dans laquelle vivent les prisonniers, à l’absence de partenaires de l’autre sexe et enfin au mauvais traitement.
Pour le dernier aspect, il ressort que les prisonniers qui sont souvent mal nourris, s’engagent dans une lutte à la survie où les plus faibles sont rançonnés et obligés de se soumettre sexuellement en échange de quelque argent.
On assiste à des démonstrations d’autorités où certains caïds, pour établir leur suprématie dans la cellule, soumettent les nouveaux ou les rebelles (prisonniers) à des relations sexuelles anales.
D’où la multiplicité des viols à caractère homosexuel sous le regard complice des « gardes-chiourmes » qui est souvent rapporté.

73 Il apparaît ainsi que l’homosexualité en Afrique, bien qu’étant de plus en plus visible, n’est pas encore affranchie des contraintes « non sexuelles ».
Cette situation par rapport au sida, traîne l’homosexualité en Afrique nécessairement vers la clandestinité, où les risques d’infection sont minimisés tandis que sont optimisées l’efficacité et la réussite des « sorties » dans le « milieu ».
Cette réussite est matérialisée par la possibilité de rencontrer un partenaire, car dans ces marchés sexuels, « on traque orgasme contre orgasme », le temps étant littéralement compté.
Toute cette situation voue plusieurs homosexuels en Afrique à « une gestion complexe de (leur) vie, (les) contraignant souvent à une double vie, voire à des vies multiples ».

Certains auteurs pour désigner cette double vie, ont alors parlé de « stratégie de discrétion » de la part de ces individus qui optent alors pour « le « choix » d’une visibilité hétérosexuelle pouvant induire des rapports clandestins avec les hommes ».
A ce stade, l’ensemble des normes sociales et personnelles inatteignables est transformé, à travers des tactiques symboliques basées sur la rationalité mises en œuvre, pour créer une autre forme de normativité, laquelle possède une cohérence pour les individus qui procèdent par de tels bricolages et autres arrangements identitaires successifs.
Cela va servir de paravent, pour ne plus se heurter de front à des sanctions ou à des tensions sociales qui s’érigent contre l’activité homosexuelle dans la société.
C’est dire à ce niveau que ces normes idéelles instituées par la société et inculquées à travers la socialisation de l’individu se trouvent être supplantées par la norme du désir et de l’attirance liée à l’orientation sexuelle : la norme pratiquée et pas nécessairement pratique en cas de rapport sexuel non protégé.
Malgré l’hostilité généralisée contre l’homosexualité en Afrique - en dehors de l’Afrique du Sud et de la Côte-d’Ivoire-, qu’est-ce qui peut expliquer une telle visibilité ?

De quelques facteurs sociologiques explicatifs de la visibilité homosexuelle en Afrique.

74 Les facteurs sociologiques explicatifs de la propension croissante et visible à l’homosexualité en Afrique sont nombreux.
Pour les besoins de ce travail, il ne sera retenu que trois facteurs qui apparaissent capitaux.

75 Le premier facteur explicatif de cette visibilité de la manifestation homosexuelle en Afrique est celui de l’influence des productions des médias, surtout les médias étrangers qui sont reçus en terre africaine.
Ceux-ci irriguent d’images fortes et brutales, alimentent le subconscient et l’imaginaire des africains.
Loin d’être neutres, ils amplifient ou valorisent certaines représentations au détriment d’autres. Les individus les plus exposés à l’impact des médias, sont ceux qui sont en mesure de se procurer des journaux, un appareil récepteur de radio ou de télévision, parfois couplé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication
.
Ceux-ci en s’y exposant, finissent par avoir un large champ de perception des réalités et schèmes de pensées présentés, qui ne sont pas toujours en harmonie avec les modèles de leur groupe d’appartenance.
Ils sont ainsi considérés comme exutoire chez certaines populations, pour combler leurs insatisfactions. C’est ainsi que,

76« Par un mécanisme de « catharsis » ou d’identification-projection, les gens en viennent à ne plus « penser » et agir qu’à partir des schémas, des images et des symboles élaborés à l’extérieur et qui, faute de trouver localement des contrepoids crédibles, sont susceptibles de modifier considérablement le comportement ».

77 Ils s’entourent alors de l’illusion selon laquelle dans le fond, les médias pensent comme eux. Autrement dit, les médias expriment tout haut, ce qu’ils auraient ou qu’ils ont toujours pensé tout bas.
Toujours est-il que ces modèles nouveaux que proposent les médias, dans une époque idéologique de mondialisation des cultures, sont susceptibles d’influencer d’une certaine manière les représentations.
Pour les individus, faire comme ils ont vu dans les médias apparaît comme la manifestation d’un alibi discursif, permettant de sortir de la double tactique dans laquelle sont entrés de nombreux africains pour masquer leur vie homosexuelle réelle.
Ils sont par là même encouragés par ce qu’ils observent dans les médias, et par ce qu’ils croient à tort ou à raison être la réalité homosexuelle occidentale.
Cette visibilisation de l’homosexualité qu’ont incité les médias en Afrique, est aussi l’expression d’une reconnaissance sociale qui ne veut toujours pas dire son nom.

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Citations

"Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; mais elle doit se tenir dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit : c’est la femme qui, séduite, est tombée dans la transgression. Néanmoins, elle sera sauvée en devenant mère…" St Paul, Épître aux Éphésiens-V, 22-24 1ère Épître à Timothée-II 11-14

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